Prisoners de Denis Villeneuve

Deux familles se rejoignent pour célébrer Thanksgiving. Deux couples avec des enfants d’âges proches qui vivent dans le même quartier et se connaissent suffisamment pour partager ce moment de fête nationale. Les adultes discutent pendant que les enfants jouent ou sortent à l’extérieur. Mais dans l’après-midi alors que les adolescents sont tranquillement en train de regarder la télé, les deux plus jeunes filles des deux couples, Joy et Anna, sont introuvables. Très vite, les adultes apprennent qu’Anna voulait rentrer chez elle pour montrer sa chambre à Joy. Mais elles ne sont pas dans l’autre maison. Le frère d’Anna évoque alors la présence d’un camping-car devant la maison au moment où ils sont sortis faire un tour. La panique s’installe et les parents prennent contact avec la police.

Quelques heures plus tard, alors qu’il mange tranquillement dans un restaurant chinois, l’inspecteur Loki (Jake Gyllenhaal) est contacté par la centrale. Le camping-car vient d’être localisé sur un parking, près de la forêt…

Un bon polar, extrêmement classique dans la première partie du film, et qui se perd un peu dans des intrigues à rebondissement dans la seconde partie. Le début du film est à la fois peu original et formidablement prenant : le propriétaire du camping-car, Alex, est arrêté, mais aucune preuve n’est trouvée dans le véhicule. Il apparaît en plus que ce dernier est attardé et que les flics (et notamment Loki) ne croient pas qu’il soit capable d’organiser un kidnapping en plein jour sans se faire repérer. Keller (Hugh Jackman), le père d’Anna, stéréotype de l’Américain « moyen » qui ne croit qu’en lui et en sa capacité à régler seul les problèmes (c’est un « survivalist » pour qui éduquer son fils signifie lui apprendre à chasser), est persuadé qu’Alex cache un complice et sait où sont les filles.

S’ensuit toute une partie du film où Loki continue l’enquête (et s’oriente vers un autre suspect) pendant que le père poursuit Alex et finit par l’enlever pour mieux le faire parler. Le film aurait pu se limiter à ces deux intrigues, en se focalisant sur la monstruosité du père, persuadé d’avoir à régler seul le cas Alex face à l’incapacité notoire de la police et en suivant le travail de Loki. A ce moment du film, certaines scènes, comme l’arrestation d’Alex par Loki, ou la séance d’identification de vêtements par les parents, sont redoutables et saisissent littéralement le spectateur. J’ai adoré toute cette partie, le film avait alors à ce moment une sobriété et une force visuelle digne d’un grand polar.

Sauf qu’une intrigue secondaire jusque là ignorée (le prêtre pédophile) refait surface et de rebondissements en rebondissements, ce n’est plus une « simple » affaire d’enlèvement qui est évoquée, mais un vaste faisceau de criminalité qui mène à un troisième coupable, assez peu crédible à mes yeux. Dès lors, le film perd en efficacité, s’alourdit de liens entre individus qui finissent par me faire tiquer (tous ces criminels et leurs victimes vivent dans la même ville, Boston, voire dans la même zone urbaine). D’autant qu’au final, ce réseau d’intrigues finit par accréditer en partie l’initiative du père, ou en tous cas elle en atténue la violence.

En rentrant, on se disait avec M. que le réalisateur aurait dû soit simplifier son intrigue pour ne garder que les deux intrigues du début, soit au contraire la complexifier mais en la développant dans deux films, avec en bonus deux temporalités et deux enquêteurs (un peu à la Red Riding).

Reste que le réalisateur fait quelques très belles scènes, que le film est haletant du début jusqu’à la fin (même si j’ai trouvé qu’il avait quelques longueurs à la fin) et que le réalisateur mène avec un certain talent son polar. Un metteur en scène à suivre donc.

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