Inside Llewyn Davis de Joel & Ethan Cohen

Cela commence, donc, par une ballade parce que, c’est bien connu, tout commence par des chansons.

Hang me. Oh hang me.
I’ll be dead and g
one…

Une photographie impeccable, dans un quasi-noir et blanc au grain parfait, une voix de velours et, bien sûr, la complainte si caractéristique du chanteur de folk.

Le décor est donc posé. Les personnages n’ont plus qu’à entrer en scène. Et nous, spectateurs, de suivre notre héros, Llewyn Davis (c’est gallois, expliquera-t-il à un John Goodman jazzman vodooman cocaïnoman déjanté, flippant et pitoyable à la fois) dans ces tribulations de looser (« mais vois-tu c’est exactement cette manière de voir qui fait la différence entre nous »), de petit concert en figuration musicale pour un album (pour lequel il refuse les droits pour pouvoir être payé illico alors que ce sera un futur hit, ce qui fait tellement légende urbaine du monde musical que cela sonne vrai), de squat chez des amis pour dormir ou manger en emmerdes qui s’accumulent…

Ce film est bourré de références : l’histoire du hit raté déjà évoquée, le suicide de l’ancien partenaire de Llewyn (qui évoque Jeff Buckley, je ne sais pas vraiment pourquoi), le jazzman ésotérique fait penser à cette histoire de musicien qui a vendu son âme au Diable déjà évoquée dans O’Brother… et, d’ailleurs, le chat de ses amis après lequel court Llewyn n’a d’autre nom que celui d’Ulysses…

Mais la plus grande force de ce film réside sans doute dans la manière dont il nous fait vivre la vie de patachon. La vie d’artiste, donc. Llewyn Davis est un artiste, une sorte de Bob Dylan qui ne percera jamais car le mauvais oeil s’acharne sur lui. Ses proches également sont hauts en couleurs : son ex revancharde (une Carey Mulligan brune et vulgaire comme on l’avait jamais vue jusque là), son agent un peu escroc, sa soeur bien-pensante et navrée face à ce frère bon-à-rien, ses amis yuppies new-yorkais gentils mais pénibles qu’il accepte pour pouvoir manger et dormir (au) chaud…

Vivre comme un artiste, être un artiste, c’est ne pas savoir de quoi demain sera fait, et le film nous fait totalement vivre, nous donne à voir ce temps cyclique, éternel recommencement. Il y a même un aspect quasi-irréel, qui flirte avec le surnaturel à certains moments (sans toutefois jamais vraiment y basculer… peut-être à mon grand regret) dans cette vie sans lendemain fait d’un présent continu.

Et, pour boucler la boucle, pour terminer en beauté, les frère Coen savent s’y prendre et nous (sur)prendre lorsqu’ils terminent leur film, évidemment, en chanson, car ces histoires finissent toujours par une ballade, également.

Hang me. Oh hang me.
I’ll be dead and g
one…

Autant le dire, j’ai aimé tous les films des frères Coen. Celui-là ne fait pas exception tant on y retrouve les qualités habituelles à leurs films : sens de la narration, personnages hauts en couleurs, humour décalé et absurde, montage redoutablement efficace… Il n’est pas mon préféré (la palme revient à mon avis à A Serious Man qui est d’une puissance hallucinante car totalement décalée et subtile), mais sa petite musique reste longtemps en esprit et c’est un film qu’on aime de plus en plus à mesure qu’on y (re)pense. Et ça aussi c’est la marque des frères Coen.

Inside Llewyn Davis de Joel & Ethan Cohen

 

 

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