Alabama Monroe de Felix Van Groeningen

Un couple rassure son enfant de six ans, pendant que cette dernière doit subir une prise de sang. Alors qu’ils attendent le résultat des analyses, une infirmière les envoie dans le bureau du médecin et se propose de garder l’enfant pendant ce temps. Les parents entrent, la porte se referme… et à la mine du docteur, le spectateur sait déjà que les nouvelles ne sont pas bonnes.

Sept ans auparavant, Elise (Veerle Baetens) rencontre Didier (Johan Heldenbergh), un chanteur et musicien de folk. Ils s’aiment, s’installent très vite ensemble, puis Elise tombe enceinte. Elise entre dans le groupe de Didier, les deux amants vivent alors sur scène et dans leur vie privée, une union parfaite.Tout parait aller de soi, jusqu’au jour où Maybelle, leur fille, devient fatiguée, saigne des dents et a des bleus sur le corps.

Dès la première scène du film, on comprend que, contrairement à ce que laissait entendre la bande d’annonce, ce film n’est pas l’histoire d’un amour perdu, mais bien l’histoire de l’impossible deuil pour un couple, celui de leur unique enfant. Le film est comme découpé en deux, une première partie jusqu’à la mort de Maybelle où il fait des va-et-vient entre le présent et le passé, entre les scènes de joie avant la maladie et les scènes d’espoir pendant, comme si tout alors était encore possible, qu’un retour à une vie normale pouvait être envisagé.

Puis Maybelle meurt et le film perd le passé pour se figer dans un présent invivable. Chacun va à sa manière chercher une explication à la mort de leur fille. Dans un premier temps viennent les scènes de culpabilisation réciproque. Puis viennent les scènes d’incompréhension, quand Elise se réfugie dans une croyance symbolique (mais y croit-elle vraiment ?) alors que Didier refuse de voir dans la mort autre chose qu’un néant infini. La musique semble pendant un temps réunir les deux amants, elle vient remplacer un dialogue impossible, et les permet d’être à l’unisson. Mais dès que la musique s’arrête, il faut alors parler et la communication (la communion) n’est plus possible.

Didier parvient, un peu tard, à accepter la vision d’Elise. Une dernière scène très belle, qui clôt un film dramatique, lucide et digne.

— LN

Le titre du film, la musique folk, le rêve américain ne sont absolument pas des gadgets dans le film (comme on pourrait le croire). Au contraire, la bande-son du film, non seulement est significative par rapport à l’histoire, mais représentent même ce que signifie le rêve face à la mort (d’où le titre original : « The Broken Circle Breakdown », référence à une célèbre chanson des Appalaches).

Il y a une grâce très touchante dans la réalisation qui fait que l’on est happé instantanément et bringuebalé au rythme des flashbacks puis dans ce présent insoutenable sans être lâché à aucun moment. Ce film prend aux tripes, non seulement par son sujet, mais aussi par la puissance d’évocation qu’est la musique et le rêve américain pour ce couple.

Une fois que le film s’arrête, on se demande toujours si on a aimé ou non, car difficile de ne pas sombrer dans l’empathie la plus douloureuse. Mais au final, par la qualité de la réalisation, par l’absence de chantage à l’émotion (il n’y a pas de surprise et le film ne nous ment jamais), ce n’est pas tant l’histoire de l’enfant qui fait qu’on est tétanisé mais bien celle des parents. Le rapprochement avec La Guerre est déclarée est évident. Pourtant, ce n’est pas le même film ; il n’a pas la même texture, pas la même tonalité du fait, justement du bluegrass, de ce cowboy belge et de cette tatooed girl improbables (surtout lui) et pourtant tellement vrais. Et puis évidemment, le deuil n’était pas présent dans le film de Valérie Donzelli… Un deuil impossible, donc, qui tue tout. Le film est très pessimiste sans être désespérant. C’est donc très humain. Et difficile.

— Mathieu

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