The Immigrant de James Gray

The Immigrant de James Gray

Au début des années 1920, Ewa Cybulski (Marion Cotillard) et sa sœur Madga débarquent aux États-Unis après un long et pénible périple en bateau depuis leur Pologne natale. Mais avant de fouler le sol américain, il leur faut passer par le tri sur Ellis Island. Ewa tente de rassurer au mieux sa sœur qui est malade depuis son voyage en bateau. Elle sait que si les autorités soupçonnent sa sœur d’être porteuse de maladie contagieuse (comme la tuberculose), elle sera renvoyée en Europe. Dans la file qui se forme devant les bureaux d’Ellis Island, Madga est repérée par un gardien et envoyée malgré les protestations de sa sœur dans l’hôpital de l’ile. Ewa, quant à elle, se voit refuser son entrée aux États-Unis suite à des rapports faits sur le bateau la qualifiant de « femme de peu de mœurs ». Elle est donc renvoyée vers une autre file, celle des prochains expulsés.

Un homme suit Ewa depuis qu’elle s’est vue signifier son expulsion. Il lui propose d’intervenir en sa faveur pour qu’elle puisse quitter Ellis Island. Ewa accepte, part avec cet homme et finit par travailler pour lui dans l’espoir qu’il fasse sortir sa sœur de l’hôpital d’Ellis Island. Bruno (Joaquin Phoenix) travaille dans un cabaret où il monte des spectacles avec des filles dénudées. Il accepte aussi, moyennant finance, que ses filles se prostituent pour des clients. La beauté d’Ewa est bientôt remarquée par ces derniers. Toujours dans l’espoir de faire libérer sa sœur, Ewa devient une prostituée…

Pour moi, le film ne tient pas par une préjudiciable erreur de casting. Le film est plus mélodramatique qu’historique et se focalise presque exclusivement sur le personnage d’Ewa. Ewa qui, bien que croyante, doit se résoudre à vivre dans le péché pour sauver sa sœur. Cela donne un personnage ambivalent, profondément meurtri par la vie (et par ce qui s’est passé lors de la traversée), capable de tout pour le bien de sa sœur. Personnage complexe, stéréotype du personnage de mélo, que n’arrive pas à jouer Marion Cotillard.

Marion Cotillard sait jouer les personnages forts comme Edith Piaf, les personnalités à la gouaille un peu vulgaire comme son personnage dans De rouille et d’os (et la fameuse réplique « je suis quoi pour toi, une copine de baise »). Elle est profondément moderne et les personnages qui lui conviennent biens sont ceux qui offrent au monde un mine déterminée, presque crâne.

Par contre, elle ne sait pas jouer la spiritualité. Or Ewa est croyante, elle est à la fois fragile dans sa relation à Dieu et déterminée dans ses rapports avec les autres. Elle est capable de cruauté envers les autres et se montre extrêmement dévouée à sa seule famille. Marion Cotillard n’arrive pas à jouer cette femme complexe, d’un autre temps. La scène où elle se confesse à un prêtre est complètement mal interprétée, alors qu’il s’agit de la clé (ou d’une des clés du film).

L’autre erreur du film est de s’être trop concentré sur le personnage d’Ewa et d’avoir joué à fond la carte du mélodrame. Du coup, Ellis Island est presque absente du tableau, de même que la question des immigrés. Dommage car il y a avait là de biens intéressants thèmes à aborder, plus intéressant que la chute et la rédemption d’une jeune femme, mal jouée par Cotillard.

The Immigrant de James Gray

Outre l’erreur de casting, je pense pour ma part que le film ne tient pas car, et c’est là sans doute un problème plus profond dans le cinéma de James Gray, il hésite entre deux genres et, au final, l’un finit par manger l’autre.

En effet, mi-mélodrame à tendance social, mi drame psychologique, le film est un peu les deux à la fois. Or, James Gray nous a montrés précédemment que, s’il excelle dans le drame psychologique (fabuleux, fabuleux Two Lovers qui à travers l’évocation d’une passion contrariée d’un trentenaire new-yorkais interprété tout en retenu par Phoenix permet de restituer tout un milieu, celui de la bourgeoisie juive new-yorkaise, le tout sur fond de drame shakespearien contemporain), ses mélos sont plus bancals, moins réussis et surtout les personnages qu’il y dépeint sont plus caricaturaux, que ce soient ceux de The Yards (dans lequel l’interprétation de Mark Walhberg est proche, comme souvent, du degré zéro du jeu de comédien) ou même ceux de We Own the Night qui s’en sort mieux 1) grâce à Joaquin Phoenix (encore une fois) et 2) grâce à un scénario mieux ficelé, nonobstant la réalisation toujours très maîtrisée de Gray.

Or là, le scénario pêche : le mélodrame s’empêtre dans ses ficelles, et l’histoire de ce trio amoureux (et donc et mélo et dramatique en puissance) vient parasiter l’histoire de cette immigrante polonaise catholique et croyante mais également prêtre à tout pour sa famille. Du coup, Gray perd de vue ses personnages (d’où, je pense, l’absence (?) de direction pour Cotillard) et s’enfonce dans son histoire dans laquelle les personnages ne sont plus que des ressorts soit mélo, soit dramatiques, souvent les deux.

Ceux qui me connaissent ne prendront pas le train de ma réflexion et objecteront que j’aurais voulu en fait un film d’histoire sociale. Et bien non ! Car le film, à plusieurs petits moments, devient une puissante évocation d’un milieu, celui des théâtres mi saltimbanques mi-bordel, d’un immeuble du Lower East Side (le quartier yiddish dans les années 1920), et on se plait à penser à Once Upon a Time in America et on imagine quel film cela aurait pu être si Gray avait pris plus de temps pour nous montrer tout cela et moins pour cette histoire d’amour qui ne marche pas et dont on se fout éperdument (tout comme on se fiche éperdument des personnages, au bout d’un moment, à tel point que lorsqu’on apprend ce qui est arrivé sur le bateau à Marion Cotillard, la scène tombe à plat). Du coup, Gray, qui avait su proposer une histoire à la fois personnelle et en même temps très archétypale lorsqu’il évoquait l’immigration actuelle dans Little Odessa, se perd un peu ici. Il dit lui-même qu’il ne voulait pas faire un film à costumes, mais, paradoxalement, en évitant ce piège, il n’a peut-être pas pensé à quel type de film il voulait faire.
… écrit le type qui donne des leçons de cinéma à James Gray. Bon, vous l’aurez compris, ce qui est ici une déception vient de l’immense admiration que j’ai pour ce réalisateur (vous ai-je déjà dit de voir et de revoir le fabuleux Two Lovers ?). Il aurait tellement pu nous donner un film extraordinaire qu’un film moyen, pour lui, c’est comme un échec.

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