Je m’appelle Budo… de Matthew Dicks

Je m'appelle Budo... de Matthew Dicks

Budo est l’ami imaginaire de Max, un garçon qui va à l’école primaire et qui ne ressemble pas aux autres garçons de sa classe. Budo est « né » depuis six ans. Une longévité étonnante pour un ami imaginaire car souvent pendant les premières années d’école, les enfants oublient leur ami imaginaire. Comme le dit Budo, l’école maternelle tue les amis imaginaires, elle les fait disparaître. Mais tant que Max pensera à Budo et tant qu’il aura besoin de lui, Budo existera. A l’école, ils croisent les autres garçons de la classe de Max et parfois leurs amis imaginaires. Ils les voit apparaître, puis disparaître quand les enfants grandissent. Lui continue de suivre Max et s’effraie de voir ses parents envisager des séances chez un thérapeute.

Certes, Max est particulier, Budo le reconnait. Il n’aime pas qu’on le touche, ne supporte pas les surprises et évite au maximum les autres élèves. Mais s’il venait à guérir de son mal, Budo a peur que cela entraîne sa disparition. Alors Budo a peur. Plus pour lui, que pour Max.

L’idée de départ m’avait interpellée : un livre raconté non pas par un enfant, mais par son ami imaginaire. Une idée originale, passionnante pour qui voudrait s’intéresser à l’imaginaire des enfants, à l’imaginaire en général et plus largement aux mode de pensées.

Le début du roman est fascinant : Budo existe depuis six ans et explique aux lecteurs ce qu’il a compris de son existence. Il sait qu’il est né de l’imagination de Max, que ce qu’il est capable de faire (et même son apparence physique) vient de l’esprit de Max. Il voit les autres amis imaginaires, parlent uniquement avec eux, et comprend, lors de leur disparition, les mécanismes qui mettent fin à leur existence. L’enfant cesse de croire, ce qui conduit fatalement à la disparition de l’ami imaginaire. Se pose alors pour Budo la première question existentielle : faut-il mieux aider Max à grandir, quitte à disparaître ou le maintenir dans un état infantile pour le garder à ses côtés ?

Budo peut se déplacer en dehors de la présence de Max. il aime aller à une station-service près de la maison de Max, mais il lui arrive également d’aller à l’hôpital pour enfants, car il y retrouve énormément d’amis imaginaires. Dans l’hôpital, la crainte est autre : les amis imaginaires comprennent rapidement qu’ils vont disparaître, et leur crainte est de partir aprèsleur hôte. Car aucun ne conçoit de survire à son enfant.

L’auteur pose, à travers cette histoire d’amis imaginaires, la question de l’existence, et surtout de la fin de celle-ci. Aucun recours religieux n’est proposé. Budo n’imagine pas (car lui aussi peut imaginer et rêver puisqu’il existe) un paradis ou un enfer pour amis imaginaire. Il comprend que sa vie, son existence va simplement cesser.

Le meilleur de la littérature de jeunesse quand derrière une fantaisie se pose la plus complexe des questions pour un enfant (et pour un adulte), celle de l’existence. Loin des romans moralisateurs, des contes manichéens qui ne font pas progresser leurs lecteurs mais les maintiennent au contraire dans la simplicité, au grand bonheur de certains écrivains qui ne voient en la littérature de jeunesse qu’un sous-genre et qui seraient bien en peine de proposer mieux.

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