Escapade parisienne: Cartier-Bresson au Centre Pompidou

Cartier-Bresson au Centre Pompidou

Petit week-end (enfin presque) parisien pour refaire quelques expos. Arrivée de bonne heure à Paris, je cours vers le Centre Pompidou pour l’expo sur Cartier-Bresson. On m’avait promis plusieurs heures d’attente, il n’en fut rien. Le Centre ouvrait à 11h, vers 11h15, après un passage éclair au vestiaire, je commençais l’expo. Et quelle expo !

Le parcours est à la fois chronologique (des années 20 aux années 2000) et thématique (de l’influence des surréalistes aux photographies contemplatives des dernières années, en passant bien sur par son parcours militant).

Dans la première salle sont exposées les tableaux de Cartier-Bresson et certains de ses dessins, à une époque où il se voit d’abord peintre. Puis viennent les premiers clichés, qui démontrent alors son goût pour la géométrie et pour la composition (le fameux nombre d’or). Dans les années 30, Cartier-Bresson fait un voyage en Afrique. Loin des visions colonialistes des pays africains, Cartier-Bresson s’attarde sur les enfants et sur les travailleurs africains, des thèmes qui reviendront plus tard dans son travail de photographe et de militant. On retrouve dans les clichés en Afrique, son goût pour la géométrie.

Cartier-Bresson au Centre Pompidou

La suite de l’exposition est consacrée à sa période surréaliste. A travers ses photographies, Cartier-Bresson montre son attachement à ce mouvement culturel, même s’il n’a jamais fait officiellement partie du mouvement. Les clichés sont exposés suivant plusieurs thématiques, chères aux surréalistes, et reprises par Carier-Bresson dans ses compositions : les corps enveloppés (qui joue sur la question du visible et de l’invisible dans l’art), les corps déformés et surtout les rêveurs aux yeux clos (le rêve étant un thème fondamental du mouvement).

                   Cartier-Bresson au Centre PompidouCartier-Bresson au Centre PompidouCartier-Bresson au Centre Pompidou

Comme beaucoup de ses amis surréalistes, Cartier-Bresson partage nombre des idéaux politiques des communistes : anti-colonialisme, engagement en faveur des républicains espagnols, nécessité d’une réforme profonde de la société. Il est envoyé alors en reportage par les journaux communistes. C’est à cette occasion qu’il suivra le couronnement de Georges VI (en ne montrant que la foule) et qu’il témoignera des premiers congés payés en 1936. Sa série sur le couronnement de Georges VI est de loin ma série préférée : elle témoigne à la fois d’un sens de l’humour imparable et d’un attachement à la foule dans ce qu’elle a de plus noble.

Escapade parisienne: Cartier-Bresson au Centre Pompidou

CARTIER-BRESSON Henri, Couronnement de Georges VI, 1937

Des clichés sur les premiers congés payés de 1936 au cinéma, il n’y a qu’un pas. Quelques salles sont donc consacrés au premiers pas de Cartier-Bresson au cinéma en tant qu’acteur et en tant qu’assistant-réalisateur. On le voit donc sur le tournage d’Une partie de campagne de Renoir dans les années 30. On voit également un documentaire, Victoire de la vie, qu’il a réalisé pour la Centrale Sanitaire Internationale sur la guerre civile espagnole, et notamment sur les soins, la rééducation et l’éducation des soldats blessés. Le documentaire accorde également une place importante aux enfants, présentés comme les premières victimes de cette guerre et comme l’avenir de l’Espagne. Enrôlé pendant la Seconde Guerre mondiale dans la section Film et Photographie, il est fait prisonnier pendant trois ans. Il s’échappe et rejoint un groupe de résistants communistes. Entre 1944 et 1945, il filme et photographie les ruines d’Oradour-sur-Glane, la libération de Paris et le retour des prisonniers depuis l’Allemagne.

Après guerre, Cartier-Bresson fonde en 1947 la coopérative Magnum. La même année, une rétrospective lui est consacrée au MoMA à New York. L’artiste photographe mène de front les deux carrières, il reste attaché à son art et parcourt le monde pour rendre compte de la situation politique de pays comme l’Inde, la Russie ou la France. Un mélange étonnant de journalisme et d’art.

Cartier-Bresson au Centre Pompidou

Valence, Espagne, Henri Cartier-Bresson, 1933

Les dernières salles de l’exposition sont consacrées à une approche plus thématique du travail de Cartier-Bresson dans les dernières années de sa vie. Plusieurs thèmes occupent alors son esprit : les relations entre l’homme et la machine, les représentations du pouvoir dans l’espace public, la société de consommation et les foules, notamment lors des grèves qui secouent la France.

Viendront ensuite les portraits d’hommes ou de femmes célèbres, puis les photographies plus contemplatives qui marqueront ses toutes dernières recherches visuelles. Puis le dessin, la boucle est bouclée.

Une exposition impressionnante, riche, extrêmement bien conçue. Je regrette qu’il manque quelques explications pour accompagner les clichés (notamment celle de cet enfant italien qui joue contre un mur). Mais ce n’est qu’un détail dans un parcours enrichissant.

Cartier-Bresson au Centre Pompidou

Alberto Giacometti, Rue d’Alésia, Paris, 1961, d’Henri Cartier-Bresson

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