True Detective de Nick Pizzolatto

Série de huit épisodes, diffusée sur la chaîne câblée HBO, créée et écrite par Nic Pizzolatto, réalisée par Cary Joji Fukunaga et produite en autre par les deux acteurs principaux du film Matthew McConaughey et Woody Harrelson. Le fil narratif se divise principalement en deux temporalités, entre 2012 et 1995, qui vont se croiser tout au long des épisodes, à l’exception des deux derniers.

En 1995, les détectives Rust Cohle et Marty Hart enquêtent sur la mort d’une jeune femme, Dora Kelly Lange, une prostituée retrouvée dans un champ, agenouillée, les mains entravées et les yeux bandés, des spirales dessinées sur son dos et une couronne de bois de cerf sur la tête. Pour Cohle, il ne fait pas de doute que ce meurtre est rituel et que le meurtrier n’est pas à son premier acte. En enquêtant sur le passé de la victime et en ouvrant les dossiers de disparition non résolus, Cohle et Marty découvrent que la jeune femme fréquentait une église et qu’une jeune enfant disparue il y a cinq ans, Marie Fontenot, n’a jamais été retrouvée (l’enquête de police avait conclu un peu rapidement qu’elle était repartie chez un autre membre de sa famille). La piste d’un tueur en série, ciblant des enfants et des femmes, est privilégiée par Cohle, qui soupçonne également des liens entre ces meurtres et les agissements d’une congrégation aujourd’hui dissoute, The Light of Way Academy.

En 2012, les détectives Papania et Gilbough interrogent Cohle et Hart sur les événements de 1995. Ils s’intéressent notamment à la personnalité de Cohle et à la manière avec laquelle il a mené l’enquête. Soupçonneux, Cohle demande à connaitre les raisons de leur interrogatoire : une jeune femme vient d’être retrouvée près de Lake Charles, elle porte les mêmes stigmates que Dora Kelly Lange, indiquant qu’il s’agit soit du même meurtrier soit d’un copycat.

Série passionnante qui pour la première fois m’a donnée envie de patienter, de prendre mon temps pour voir les huit épisodes. Le scénariste construit magistralement ces personnages, qui, malgré les clichés de certaines situations (le flic qui trompe sa femme notamment) et malgré la radicalité de Cohle, paraissent crédibles et nous permettent de les suivre tout au long des épisodes.

Le va-et-vient entre les deux époques est remarquable, notamment parce que le scénariste n’en n’abuse pas pour créer des quiproquos ou des rebondissements grauits. Le spectateur suit les interrogatoires de Cohle et Hart en 2012 et bénéficient comme les deux enquêteurs de rappels sur les événements de 1995. Quelques effets d’annonce transpirent ça et là (notamment à la fin du deuxième épisode quand Cohle leur demande pourquoi un nouveau meurtre a été commis alors que le tueur a été arrêté en 1995), mais cela relève autant d’un jeu entre Cohle/Hart face aux enquêteurs de 2012, que d’une mise en scène qui cherche à ménager le suspens.

Le scénariste multiplie les références à des mythologiques locales ou plus universelles, comme Carcosa ou le Roi en jaune, mais la série ne fait pas pour autant le jeu de la mythologie. Au contraire, les deux épisodes confrontent la banalité du tueur à la kyrielle des possibles mis en place jusque là. Cette « banalité du mal » offre à Cohle son dernier argument : les personnages faits en canette de bière, les cages à oiseaux, la référence au Roi en jaune, et même à Carcosa ne sont que des bricolages référentiels dont abuse le tueur, pour masquer un traumatisme plus réel, moins symbolique, celui d’un enfant abusé.

Au final, le Roi en jaune n’existe pas, pas plus que Carcosa, tout ce qui a été mis en place symboliquement par le tueur ne veut rien dire, ce ne sont que des élucubrations d’un enfant traumatisé, sans réelle signification : l’agencement de la maison du tueurs — et même des deux tueurs si on ajoute Leydoux — en dit long sur le chaos qui règne dans leur vie et probablement dans leur tête. La fin de la série insiste également sur le fait que si deux tueurs ont été tués par la police, aucun élément ne sera retenu contre les plus hauts placés, religieux ou politiciens, qui ont été le point de départ des crimes. La série ne finit donc pas sur un revirement, elle rappelle au contraire que le mal n’est que l’affaire d’hommes et qu’il n’y a aucun symbolisme à trouver en lui. En cela la série poursuit sur l’idée de Cohle : il n’y a rien, le symbolisme (religieux ou autre) n’est qu’un montage pour permettre aux humains de mieux vivre.

Alors que dire de l’épiphanie de Cohle ? Sachant que Cohle a voulu embrasser l’obscurité alors qu’il était mourant dans les bras de Hart, sachant qu’il a perçu derrière l’obscurité, une obscurité plus profonde où il a ressenti l’amour de sa fille, sachant que son retour à la vie (et ce qui l’a empêché d’atteindre sa fille) a été vécu par lui comme un éclat de lumière (une lumière qui l’a tiré loin de sa fille), sachant enfin que l’église responsable en partie de la disparition des enfants, s’appelle Light of the Way, je ne suis pas sûre que sa dernière phrase « Once there was only dark. You ask me, the light’s winning » soit dite dans un sens positif. Pour Hart probablement, mais pas pour Cohle. L’obscurité peut être un monde sans l’homme, sans les actes et le symbolisme de l’homme. Une obscurité finalement rassurante.

 

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