Her de Spike Jonze

Her de Spike Jonze

Theodore est un homme seul, qui travaille dans une agence spécialisée dans l’écriture de lettres manuscrites pour des particuliers (et il est l’un de leurs meilleurs éléments car il est extrêmement sensible) et qui, depuis plusieurs mois, ne parvient pas à signer les papiers qui finaliseraient son divorce. A la sortie de son travail un soir, il tombe sur une publicité sur un nouvel système d’exploitation, muni d’une intelligence artificielle capable d’évoluer avec (et à la demande de) son propriétaire.

Théodore fait l’acquisition de ce nouveau système, rentre chez lui et commence le paramétrage de l’intelligence artificielle. Il répond à quelles questions, décide qu’elle aura l’identité d’une femme puis découvre la voix de celle qui choisit de s’appeler Samantha. Très rapidement une vraie complicité naît entre lui et Samantha, complicité qui devient relation quand Sam et lui ont leur première relation sexuelle virtuelle…

Très beau film, à la fois par sa beauté visuelle et par son intelligence. On sent tout au long de la projection la présence bienveillante du réalisateur dans l’agencement minutieuse des décors, dans le choix des couleurs et des vêtements. Le film donne l’impression d’une projection minime dans le futur ce qui fait que le spectateur est à la fois à l’aise et dans le même temps un peu déboussolée.

Les plans urbains sont magnifiques et donnent à voir une ville à la fois proche et lointaine, une ville faite d’individus circulant mais ne se touchant pas, d’individus communiquant mais ne se parlant pas. Quelques éléments nous permettent de comprendre que nous sommes dans un futur relativement proche : la performance de Samantha, intelligence artificielle nouvelle génération, le fétichisme envers l’écrit symbolisé par le travail de Théodore, la décoration des appartements et les vêtements portés par les personnages. Tout cela est subtil mais parfaitement visible par le spectateur, ce qui, je le répète, donne cette impression d’aisance et en même temps d’étrangeté.

Enfin, c’est un film intelligent parce qu’il prend le contre-pied des théories communément admises concernant l’imprégnation du virtuel. La relation que Théodore développe avec Samantha ne l’isole pas des autres, au contraire. Parce qu’il est heureux avec elle, il développe une attitude plus empathique avec les autres. Son divorce, le fait qu’il soit malheureux, avait eu pour conséquence une forme d’enfermement ; avec Samantha, il renoue avec l’extérieur.

Et enfin parce que même dans le cadre d’une relation virtuelle, les mêmes questions se posent et les mêmes problèmes surgissent. Le film se clôt certes sur un constat d’échec, mais pas parce qu’il est impossible de vivre virtuellement une relation, mais simplement parce que le fait de vivre avec un autre (physique ou pas) est un défi.

Enfin, le film ne vaudrait rien sans la présence lumineuse de Joaquim Phoenix qui livre là une prestation brillante et époustouflante. Il maîtrise parfaitement ce rôle complexe, tout à fait à l’aise dans cet univers un peu décalé mais pas trop, bienveillant mais en même temps lucide, toujours à la limite de la fragilité.

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