Burning Bush (Horici Ker) d’Agnieszka Holland

Burning Bush (Horici Ker) d'Agnieszka Holland

Mini-série, en trois épisodes, produite par HBO Europe, diffusée en République tchèque en janvier 2013 et arrivée sur Arte ce mois-ci, sous le titre de Sacrifice.

Burning Bush revient sur les événements de Prague dans les années 1960, plus précisément sur l’immolation de Ian Palach, le 16 janvier 1969, six mois après le Printemps de Prague et l’invasion de la Tchécoslovaquie par les chars soviétiques. Le premier épisode s’ouvre sur la place Venceslas où un aiguilleur de tram, alors en train de faire sa pause, aperçoit un jeune homme se dirigeant au bas d’une statue, enlevant son manteau, puis s’aspergeant d’un liquide. Avant qu’il ne comprenne réellement ce qu’il se passe, le jeune homme craque une allumette et s’immole par le feu. Des passants s’enfuient en courant, d’autres utilisent leur manteau pour tenter d’éteindre le feu. Rapidement les secours arrivent sur place, suivi de près par la police. Le jeune homme est emmené encore conscient à l’hôpital pendant que les autorités mettent la main sur une lettre qu’il a laissée à côté de ses affaires. Dans cette lettre, Ian Palach explique son geste par un désir de plus de liberté, par sa volonté de combattre la censure et pour réveiller le peuple qu’il juge indifférent à l’occupation soviétique. Il en appelle donc au peuple tchèque pour le soutenir et prévient que d’autres suivront son exemple.

Dans l’immédiateté du drame, les autorités lancent une enquête pour déterminer l’identité des autres torches vivantes potentielles (Ian Palach s’est présenté comme la troche humaine n°1), les étudiants de leur côté s’engagent dans un mouvement de grève et en appellent à l’alliance avec les ouvriers et les médecins tentent en vain de sauver Ian.

Quatre jours plus tard, une foule dense accompagne le cercueil de Ian Palach, une foule réclamant comme lui plus de liberté. L’épisode se clôt sur l’éventualité d’une insurrection populaire dans le sillage de Ian.

 

Le premier épisode est impressionnant. Sans jamais voir le visage de Ian Palach, le spectateur assiste à son geste et peut comprendre à quel point ce geste réveille un ressenti jusque là étouffé par la présence des chars. La perspective d’une union entre les étudiants (Ian Palach est étudiant en Histoire) et les ouvriers, la peur des autorités de voir cette affaire leur échapper, ce qui aurait pour conséquence de déclencher une intervention soviétique, et la singularité de cette mère qui apprend le geste de son fils dans le journal : tout concours à ce moment pour créer chez le spectateur une envie d’en savoir plus, de voir comment la grogne va monter et comment les autorités vont calmer le jeu soit par la force, soit par l’inertie. L’épisode se clôt d’ailleurs sur un mélange de scènes d’archives et de fiction, qui donne l’impression (illusoire ?) que la série se positionne dans le champ historique et politique.

Mais surprise, le deuxième épisode reprend quatre semaines après le suicide de Ian Palach. Le drame qui parait à cet instant comme oublié, digéré par la population, est réintroduit sur le devant de la scène par le discours d’un ministre tchèque, qui tente bien maladroitement d’expliquer que Palach était piloté par l’extrême droite « réactionnaire » et qu’il aurait été trompé par elle, de l’essence ayant remplacé à son insu un liquide inoffensif (le feu froid). La famille de Palach contacte un avocat pour porter plainte pour diffamation. A partir de cet instant, la série se focalise uniquement sur ce procès. Un autre étudiant s’immole par le feu, mais cet épisode n’a que peu de place dans la série. Des étudiants manifestent, mais le spectateur ne les suit pas, il reste sur le procès. Un troisième homme s’immolera, mais il n’en est pas question dans la série. Des tentatives de rapprochement entre le monde étudiant et le monde ouvrier, on ne sait plus rien (tout juste apprend-t-on qu’à un moment l’Union étudiante est interdite par les autorités). La tombe de Ian Palach va être détruite par les mêmes autorités, parce qu’elles jugent que son existence crée du désordre, mais à aucun moment on ne voit qui vient sur la tombe de Palach et pourquoi.

Bref, il n’y a plus que le procès. Un procès dont on a d’ailleurs bien du mal à saisir tout l’enjeu, tant sa poursuite, au regard de ce qui aurait pu se passer, parait bien vaine. Un procès intéressant mais qui ne méritait peut-être pas que la série tout entière lui soit dédiée ou qui aurait dû faire l’objet d’un éclairage plus pertinent, permettant de comprendre quels enjeux sous-jacents il soulevait. Qu’il est dommage de ne pas voir autre chose que la famille de Palach et son avocat. On aurait aimé comprendre pourquoi la population n’a finalement pas suivi Ian : a-t-elle été réprimée ? Trompée par la version des autorités ? Indifférente aux agissements des étudiants ? On ne saura pas.

La série se clôt sur les événements de 1989 et fait la part belle à l’anniversaire des 20 ans de la mort de Ian Palach qui aurait réveillé le peuple tchèque. Mais pourquoi autant de temps ? 20 ans c’est long quand même pour répondre à un appel. Et du coup, alors que la série se termine, on reste avec un sentiment d’incompréhension et de frustration.

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