Turn de Craig Silverstein

Série produite par AMC, Turn nous entraîne en 1776, au début de la guerre d’Indépendance américaine, dans la petite ville de Setauket, Long Island, où fut formé le premier réseau d’espionnage au service des « rebelles » américains contre les forces de l’Angleterre du roi Georges III.

Abraham « Abe » Woodhull est en effet le fils du magistrat local et est recruté par ses anciens amis d’enfance, Caleb Brewster et Benjamin Tallmadge, passés au service de l’armée continentale de George Washington.

Pour Abraham, c’est le début des ennuis : il doit ainsi trahir son père, un loyaliste qui coopère avec les forces anglaises stationnées à Setauket, et son épouse, Mary, avec laquelle il s’est mariée par honneur et par devoir pour le souvenir de son frère. Et en même temps, alors que les Anglais arrêtent et déportent un autre ami, Selah Strong, comme « patriote », les sentiments d’Abe pour Anna, l’épouse de Selah, resurgissent.

Tout cela attire l’attention perverse du capitaine anglais Simcoe…

Evidemment, la période dans laquelle se situe l’action et le thème sont particulièrement intéressants. Globalement, la série s’en sort assez bien sur ces deux points. La Révolution américaine, même si elle n’est traitée qu’in absentia (Setauket est une ville loyaliste et New York est aux mains des Anglais), est évoquée de manière assez juste. Sur l’espionnage à l’époque, là aussi, on est plutôt dans l’exactitude. Le livre dont est tiré cette série (Alexandre Rose, Washington’s Spies: the Story of America’s First Spy Ring, Bantam, 2007) semble solide, du coup.

Néanmoins, sur le plan cinématographique, ce n’est pas aussi réjouissant. Déjà, le générique. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? On comprend ce qu’ils voulaient faire, dans le style Nick Drake. Oui, mais sans Nick Drake, c’est beaucoup moins bien…

Cela dit, les chansons sont intégrées à la série et même si elles sont mal exploitées, il y aurait là quelque chose d’extrêmement intéressant en mettant en musique l’intrigue de la série à travers les chansons – aussi bien loyalistes que patriotes – de l’époque.

Dans les deux cas, on perçoit qu’il y a une bonne idée et que cette série a un énorme potentiel. Le hic ? La réalisation. Certains épisodes sont réalisés avec des moufles. L’épisode 9 est une calamité sans nom, avec un grain d’image extrêmement lisse, des gros plans pseudo-sentimentaux au point qu’on se croirait à Santa Barbara pendant la Révolution américaine.

Enfin, les acteurs : le jeu n’est pas toujours juste et notamment les deux femmes qui se disputent la vie d’Abraham. 1) Physiquement, cela ne va pas du tout. On ne se maquille ni ne se permanente ainsi dans une petite ville agricole des colonies américaines à la fin du XVIIIe siècle. Et leur manière de parler, de bouger : ce ne sont pas des femmes du XVIIIe siècle. Cela est vrai également pour la plupart des hommes mais, évidemment, cela jure moins (Washington est à peu près crédible, ce qui n’était pas gagné d’avance ; mention particulière à l’acteur qui joue le maître-espion qui lui est très crédible). Autres rôles masculins : les Anglais. Tous les rôles principaux (le major Hewlett, le capitaine Simcoe, le capitaine John Andre) sont des rôles de viles perfides. Car c’est bien connu, l’Anglais est perfide. Rapidement, on se dit que le scénario aurait pu être un peu plus subtil, surtout lorsqu’il oppose à ces perfides (donc) Anglais des Américains honnêtes et braves, même lorsqu’ils espionnent et trahissent.

Pourtant, malgré tous ces défauts, il y a une petite musique qui marche bien dans cette série. Plusieurs scènes, ponctuelles, marchent très bien, notamment la scène d’orgie des soldats à New York et le toast proposé par le major John Andre (le chef du contre-espionnage, en quelque sorte). Ne serait-ce que parce que j’ignorais tout de cette histoire-là, la série m’a donné envie de continuer.

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