Red Sky in Morning de Paul Lynch

La vie et la mort de Coll Coyle, découpée en trois temps, de l’Irlande du Donegal à la nouvelle frontière américaine. Trois temps pour trois romans en un et qui, à travers le destin du personnage principal, dépeint la brutalité des relations humaines en Irlande au début du XIXe siècle, et la réalité violente de l’immigration aux Etats-Unis.

Coll Coyle vit au Donegal avec sa femme enceinte de leur second enfant. Il se réveille un matin avec la rage au ventre : sa famille va être expulsée de son logement par le fils de leur propriétaire, Hamilton. Coll décide d’aller le voir pour protester contre cette injustice, la famille Coyle vivant ici depuis des générations. Bien que sa femme et son frère lui aient fortement déconseillé de faire quoique ce soit contre le fils du propriétaire, Coll part seul à sa rencontre. La confrontation avec ce dernier tourne mal et Coyle doit s’enfuir pour échapper à ses hommes de mains dont le terrible John Faller. Ne pouvant se cacher en Irlande, Coll doit embarquer dans un bateau en direction des Etats-Unis. Se faisant, il croit semer ses poursuivants et pourquoi pas gagner sa vie en Amérique. Il ne parviendra ni à s’échapper, ni à refaire sa vie.

Le roman est divisé en trois parties. La première se passe en Irlande dans le comté du Donegal où Coll tente désespérément de fuir les hommes de mains de son propriétaire. Il comprend rapidement que ses actes ont compromis durablement la survie de sa famille (la sienne comme celle de son frère) et qu’il ne peut à présent que quitter l’île. Cette partie présente toutes les caractéristiques d’une brutale chasse à l’homme, au milieu de somptueux paysages irlandais.

Croyant embarquer pour l’Ecosse, Coll se retrouve sur un bateau en direction des Etats-Unis. Dans la deuxième partie du roman, le lecteur suit Coll dans sa traversée de l’Atlantique. L’ambiance change, ainsi que le style du récit pour mieux épouser cette nouvelle expérience : le voyage de l’exil. L’intégralité du voyage s’apparente à une véritable traversée des enfers : les morts s’accumulent au fil des jours, pris de cette fièvre contagieuse qui finit par tuer le peu d’humanité qui semblait encore vivre dans ses corps décharnés attendant avec impatience le bout de terre qui leur indiquera la fin du voyage. La mort n’est plus affaire de confrontation, elle devient au contraire une présence proche, s’infiltrant dans les compartiments au gré des couchettes. Les immigrés expérimentent une solidarité factice, perpétuellement remise en cause au gré des événements survenus dans les dortoirs, et qui n’a d’existence réelle que dans le confinement subi par ces voyageurs. Et toujours cette violence dans les rapports humains, violence qui se caractérise cette fois par son aveuglement et son imprédictibilité.

Coll survit au voyage et débarque aux Etats-Unis où, dès la descente du bateau, un homme interpelle les immigrés irlandais en les appelant « People of Erin ». Il leur promet un travail et de l’argent, pour ce qui s’apparente alors à une possible nouvelle vie en Amérique. Envoyés à la frontière, les Irlandais recrutés (dont Coll) travaillent à la construction d’un chemin de fer. Les conditions de travail sont durs et rappellent par certains aspects le travail des esclaves. Dans cette troisième partie, Coll se confronte au « Rêve américain ». Il y retrouve la loi de la propriété, celle de la domination, la violence encore et la maladie également. A tel point que des images de son Irlande natale refont surface, comme pour lui demander de revenir. Mais il est déjà trop tard.

Un roman âpre, sans aucune possibilité d’espérance pour ses personnages. Et un roman acerbe dans ses descriptions des rapports humains et des relations de domination. Le style de Paul Lynch m’a rappelée par certains aspects l’écriture de Cormac McCarthy, précis, sans fioriture et presque chirurgical dans sa façon de décrire la violence.

Par ailleurs je trouve  que le découpage du roman est particulier et j’y vois une possible référence religieuse. La deuxième partie du roman, qui relate la traversée de l’Atlantique, s’apparente véritablement au purgatoire. Dès lors Coll quitte l’Enfer de l’Irlande pour un paradis espéré aux Etats-Unis. Sauf que dans ce que propose Paul Lynch, l’Enfer est partout des deux côtés de l’Atlantique. Pour finir, nous avons rencontré l’auteur au festival Étonnants Voyageurs, et à cette occasion ce dernier expliquait qu’il refusait toute lecture coloniale de l’histoire irlandaise. Assertion surprenante à la lecture de ce roman.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s