Transcendence de Waaaaa-lly Pfister

Oui, bon, ça commence mal cet article.

Allez un peu de sérieux.

Donc, voilà : le professeur Will Caster (Johnny Depp) est un chercheur renommé pour ses travaux dans le domaine de l’intelligence artificielle, de même que sa compagne, Evelyn (Rebecca Hall). De fait, Evelyn et Will donnent des conférences TED et minaudent à l’écran en montrant le prototype d’intelligence artificielle à Cillian Murphy qui est un agent du FBI, ce qui a le don d’énerver un groupe terroriste anti-technologie de néo-luddites (ce qui, soit dit en passant et histoire de faire mon cuistre, est une profonde insulte envers les luddites, témoignant d’une méconnaissance de ce qu’ils étaient). Or, donc, Bree (Kate Mara, vue dans House of Cards et toujours aussi insupportable et peu crédible) parvient à blesser Will lors d’un attentat. La blessure est superficielle… ouf ! Sauf que Bree et les siens ont empoisonné la balle avec du polonium (ce sont sans doute des agents du FSB !) et les jours de Will sont à présent comptés… Reprenant les travaux d’un collègue, Will projette alors de « sauvegarder » sa conscience en la téléchargeant dans un ordinateur suffisamment puissant pour l’accueillir, échappant ainsi à la mort programmée (ah, ah !).

Bon, alors, il faut bien le reconnaître : l’idée de départ du film, certes inutilement compliquée (pourquoi ne pas en faire un type malade, tout simplement ?), est intéressante et pose un enjeu majeur de notre époque : l’idée que notre conscience n’est que le produit de notre cerveau (et/ou corps) et donc un ensemble de composantes chimiques mais surtout de signaux électriques, donc d’informations, qu’il serait possible d’encoder et donc de sauvegarder. L’intelligence « artificielle » serait donc moins artificielle qu’on ne le pense et résulterait d’un nouvel état physique. En d’autres termes, il s’agit de vaincre la mort et de se passer du corps putrescible qui abrite notre disque dur. Certains y croient dur comme fer au point de financer des programmes de recherche tout à fait sérieux, plus ou moins liés au mouvement transhumaniste, notamment en ce qui concerne la « singularité » prévue pour les environs de 2040. Donc, c’est peu de dire que le film soulève des questions à la fois passionnantes et urgentes que la science-fiction est sans doute la plus à même d’explorer.

Hélas, trois fois hélas : le film est un pauvre objet mou qui ne trouve jamais son rythme et surtout accumule les clichés sur le sujet sans jamais le traiter ni de fond ni frontalement. On a ainsi le droit à un Johnny Depp monolithique qui devient une sorte de Dieu-Internet et vise à améliorer le monde en l’uniformisant. Car, à Hollywood, on ne peut pas réfléchir à cela sans faire des références à Dieu (d’où le titre). Non pas que ce soit, là encore, sans une certaine pertinence, mais Matrix est passé par là et donc ce serait bien de réfléchir à tout cela en revenant peut-être à la question elle-même suffisamment passionnante sans qu’on rajoute des dimensions superflues histoire de rassurer je-ne-sais-quel producteur qui n’arrive à penser sans se référer à des modèles qu’il connait… D’ailleurs, le film vire dans une variante du transhumanisme qui est le technogaiaisme : Johnny fait cela, car il est gentil et il veut sauver le monde, ce que voulait son épouse. Tout cela n’est pas inintéressant en soi mais est tellement mal traité, et dans une réalisation tellement poussive que c’en est presque embarrassant d’autant que les incohérences scénaristiques s’accumulent très rapidement (un exemple : comment, puisque Johnny-Be-God est partout, Evelyn parvient-elle à échapper à sa vigilance alors qu’elle conduit une voiture dotée d’un GPS et qu’elle a un portable ? ou encore : comment les néo-luddites parviennent-ils à faire de même alors qu’ils sont sans arrêt sur leurs ordinateurs reliés à Internet ? ce serait bien de nous l’expliquer…).

En fait, le grand problème avec ce genre de films c’est qu’une fois qu’ils existent, il est trop tard, on ne peut pas revenir en arrière : ils ont empoisonné le sujet. Et du coup il faudra attendre 20 ans avant qu’un producteur et/ou qu’un studio ne veuille bien y revenir. Dommage, car ce sujet mérite vraiment d’être traité sérieusement.

Un bon point, parmi tout ce fatras : les drones, qui donnent une toute petite idée de ce que serait un Matrix (donc, puisque la référence semble encore indépassable) réaliste. Ce sera pour une prochaine fois. A dans 20 ans !

Cékoicefilm ?

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