Jaurès de Jean-David Morvan et Frédérique Voulyzé

Avec au dessin, Rey Macutay, à la couleur Walter … et en référent historique, Vincent Duclert. Cet album fait partie d’une collection de bandes dessinées publiées par la maison Glénat (et Fayard), collection qui veut réunir, autour d’un projet d’album, des scénaristes et des dessinateurs de bandes dessinées avec des historiens, le tout autour de figures historiques connues du public (eh oui, les fameux grands hommes et peu de femmes effectivement). L’ambition est avant tout celle de la vulgarisation.

Le projet m’intéresse en tant que professeur-documentaliste. Je concède que le graphisme a un côté très rétro, que l’accroche médiatique (« Ils ont fait l’histoire ») pose problème, mais je sais aussi, pour le vivre tous les jours avec mes bambins de collège, que les élèves accrochent bien (voire plus) aux graphismes classiques et ont besoin d’un « héros », fictif ou pas, pour entrer dans le récit. Du coup, à l’occasion d’une rencontre entre des historiens (dont Vincent Duclert) et des spécialistes de bandes dessinées au Mans lors du lancement de l’album de Jaurès, j’ai tenté l’aventure.

L’album suit les dernières semaines de la vie de Jaurès, depuis l’assassinat de l’archiduc Franz Ferdinand de Habsbourg jusqu’à sa mort fin juillet. Ce que l’on voit de Jaurès tient presque en deux mots : il parle et il bouge. Pas moins de cinq discours de Jaurès sont retranscrits et occupent près de douze pages sur les quarante huit de l’album. Ce dernier peut donc être qualifié, sans méchanceté aucune, de bavard. La présence des discours de Jaurès a un avantage : elle permet de rendre compte de ses combats dans les dernières semaines de sa vie (en plus d’illustrer sa qualité d’orateur). Elle a un gros inconvénient, car elle a tendance à faire sortir le lecteur de la narration.

Parallèlement aux déplacements de Jaurès en France (et à l’étranger), le lecteur suit en creux le parcours de Raoul Villain. Ce dernier en effet n’apparaît qu’à la fin de l’album au moment de l’assassinat de Jaurès, auparavant on « suit » son parcours à travers ceux de son frère et de son père. Un choix narratif curieux qui ne facilite pas la lecture et qui omet un ressort efficace du drame.

Et c’est l’impression générale que me donne cet album, celle d’une lecture finalement peu simple, encombrée par la restitution des discours de Jaurès et presque également par l’absence de l’assassin. Le carnet pédagogique en fin d’album explicite certains des choix faits par les scénaristes et par l’historien. On comprend mieux certaines choses, d’autres moins (le corps fatigué de Jaurès ne m’a pas frappée à la première lecture), mais il manque à cet album un petit quelque chose pour le rendre attrayant (peut-être une opposition plus marquée entre l’assassin et la victime).

Au final, et bien malgré moi, je bougonne devant cet album.

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