Impression, soleil levant au Musée Marmottan

Exposition conçue sous la forme d’une enquête autour de tableau de Monet. Trois questions sont posées : d’où vient le tableau ? Que représente-t-il ? Quand a-t-il été peint ? Une dernière question occupe l’espace des dernières salles, celles consacrées à la postérité de l’œuvre et à sa naissance en tant que chef d’œuvre de l’impressionnisme.

D’où vient ce tableau ? Les premières salles exposent les modèles possibles ou avérés de Monet : Eugène Boudin, Johan Barthold Jongking (peintre hollandais), et le majestueux William Turner dont le tableau  Fumées et lumières bleues pour avertir les bateaux à vapeur des hauts fonds brille dans cet ensemble de peintres atmosphériques par sa radicalité et sa force.

Que représente-t-il ? Les salles suivantes tentent de répondre à cette question. Le tableau  représente le port du Havre, bien évidemment, mais sous quel angle ? Avec force tableaux peints à la même époque (de Monet, de Turner entre autres), et avec le recours à la photographie et à des plans de la ville, le visiteur tente de retrouver le point de vue du peintre, son angle de vision dans le port du Havre. Il n’est pas toujours aisé de retrouver du figuratif dans une peinture qui cherche en partie à l’éviter (et cette démarche peut paraitre paradoxale), mais on y parvient tout de même. On prend alors conscience que l’impressionnisme n’est pas de l’art abstrait, même s’il s’est détaché des conventions du figuratif. La toile de Monet est présentée dans ces salles, au milieu de ses contemporaines. Un choix intelligent pour repenser / replacer une oeuvre dans son temps.

Fumées et lumières bleues pour avertir les bateaux à vapeur des hauts fonds. W. Turner

Quand a-t-il été peint ? En 1872 comme il est indiqué sur le tableau. Le 13 décembre si on en croit les scientifiques qui ont conçu l’exposition. Le matin, si on la compare à d’autres toiles de soleil couchant ou levant.

Reste la dernière partie de l’exposition, celle consacrée à la postérité de l’œuvre. La toile est exposée une première fois, lors du premier salon des impressionnistes en devenir. Elle est moquée, tout comme l’ensemble des tableaux exposés par Monet et qui sont présentés ici. Vendue 800 fr. à un collectionneur, elle est ensuite cédée 210 fr.  à un médecin amateur des « nouveaux peintres ». Parce que le nom de Monet gagne en renommée, la toile prend de la valeur mais elle est toujours aussi peu considérée : plusieurs rétrospectives sur les impressionnistes et Monet sont organisées, mais jamais Impression, soleil levant n’est exposée. La toile change de nom à plusieurs reprises : « soleil couchant », « soleil levant », « vue sur le Havre ». Pendant la guerre, les propriétaires du tableau le mettent à l’abri au château de Chambord, avec d’autres toiles de Monet. Il faut attendre 1970, soit un siècle après sa création, pour qu’elle devient le chef d’œuvre de l’impressionnisme, suite à la publication d’un article d’un historien de l’Art sur ce courant où il analyse toute la portée de cette œuvre. A partir de ce moment, Impression devient l’emblème du mouvement impressionniste et elle acquiert le statut de chef d’œuvre.

Une exposition passionnante sur la naissance d’une œuvre, avec en creux des réflexions sur la démarche du peintre (et la question de ce qu’est la provocation), la logiques des salons (et la question des rapports entre art et argent), la notion de chef d’œuvre (effet de mode ou nécessité d’un temps d’acceptation des œuvres).

Impression, soleil levant, de Claude Monet, 1872

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