Peste et Choléra de Patrick Deville

Roman publié en 2012 et qui a reçu le Prix du roman Fnac et le Prix Femina. Ce roman raconte l’histoire d’Alexandre Yersin, membre du fameux Institut Pasteur, qui découvrit le bacille de la Peste et le rôle des rats dans la propagation de la maladie. Yersin est ce qu’on appelle alors un médecin voyageur, il se déplace dans les pays où les épidémies font rage mais va s’installer progressivement en Indochine où il fondra une annexe de l’Institut Pasteur. Yersin se passionne de tout, la médecine bien évidemment mais également la botanique. Dans sa retraite en Indochine, il cultivera des hévéas pour la fabrication du caoutchouc, il en fera de même avec la quinine et peut se prévaloir d’être l’inventeur du Coca-Cola. Un homme d’aventures, un homme de sciences, qui va dédier sa vie à la poursuite de la connaissance et du savoir. Le roman suit deux trajectoires qui n’en font finalement qu’une : le lecteur suit Yersin en 1943 quand il quitte précipitamment la France occupée pour se retirer dans ses quartiers en Indochine. Alors que l’avion qui l’emmène loin de la France quitte le tarmac commence l’histoire de Yersin dans ses premières années à l’Institut Pasteur, sorte de loup solitaire, passionné par la recherche mais désireux d’être seul, sur le terrain, perpétuellement en mouvement.

Parallèlement aux romans classés auto-fiction, se développe parmi les écrivains français, une autre tendance, celle de la biographie romancée ou fictionnalisée. Moi qui déteste pas dessus-tout l’autofiction à la Christine Angot ou à la Annie Ernaux (il n’y a pas que des femmes dans ce mouvement, quelques hommes y ont leur place comme Olivier Adams, Frédéric Beigbeder, François Weyergans et consorts), dont la pertinence littéraire tient dans le fait de nous faire croire que ce qui leur arrive dans la vie (du plus sordide au plus anecdotique) est digne de l’universalité des hommes, je m’intéresse à présent à ce nouveau genre à la mode, la biographie romancée. Limonov de Emmanuel Carrère en était un bon exemple, mais c’est également le cas du Courir de Jean Echenoz et d’une quantité d’autres qui font l’actualité de la rentrée littéraire. L’avantage de cette nouvelle tendance tient dans le fait que l’auteur/narrateur sort en peu du repli sur soi. Un peu, seulement, parce que la tentation est lourde parfois de ne parler que de soi en croyant parler d’une autre (c’est le cas notamment de Carrère). Ce faisant, les auteurs quittent  l’anecdotique, pour s’intéresser  à ce qui se passe (attention le gros mot) ailleurs… que cet ailleurs soit spatial ou temporel.

En cela le roman de Patrick Deville n’est pas inintéressant, même si j’aurai aimé qu’il replace plus Yersin dans son époque, en fasse davantage un homme de son siècle (et quel siècle !), celui qui va vu conjointement les progrès de la médecine et deux guerres mondiales. Par contre, je n’aime pas du tout son style. A la lecture du roman, je me suis sentie perpétuellement en retrait, à côté, exclue de l’histoire. Comme si l’auteur ne me permettait que de jeter un œil surplombant sur la vie de Yersin. Il en résulte que beaucoup d’éléments sont racontés mais ne sont pas romancés. Un exemple parmi d’autres, Patrick Deville aime faire un parallèle entre le destin de Rimbaud et celui de Yersin. Or plutôt que de nous montrer, de nous faire apparaitre comme similaires ces deux trajectoires, il nous dit qu’elles le sont, que quand Yersin est à tel endroit, Rimbaud se fait amputer mais ni l’un ni l’autre ne vivent réellement dans les lignes du roman. En fait, il manque à ce livre un narrateur. Non pas un auteur qui m’explique ce qu’il veut faire, et ce qu’il raconte, mais un narrateur qui me fasse entrer dans l’histoire. Et ce narrateur, j’ai parfois l’impression que les écrivains français l’ont perdu ou sont encore trop dans le rapport à soi pour le faire sortir.

A la différence des écrivains anglophones (anglais, américains ou irlandais) qui cherchent encore et toujours à raconter une histoire à travers un narrateur, en laissant l’auteur en sourdine.

Et non, je n’ai pas dis que les auteurs français sont égo-centrés, mais je le pense énormément…

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