Un océan d’amour de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione

Une bande dessinée en un tome qui se démarque non pas parce qu’elle narre la rencontre improbable entre une bigoudène et Fidel Castro, mais parce qu’elle ne comporte aucun dialogue. Une bande dessinée muette, comme on dit dans les milieux autorisés. Le lecteur n’a donc que le recours du dessin pour suivre les aventures périlleuses d’un pêcheur et sa femme. Comme tous les jours, le pêcheur se lève de bon matin pour aller à la pêche avec son jeune aide. Mais la sortie routinière tourne au drame quand leur petit bateau est pris dans les filets d’un énorme chalutier. Dans un geste héroïque, le pêcheur envoie son aide dans un canoë de sauvetage, espérant que ce dernier donnera l’alarme. Mais quand le rescapé atteint enfin les côtes bretonnes et prévient les autorités, le petit bateau s’est détaché des filets de chalutier et vogue vers le grand large. La femme du pêcheur n’acceptant pas la disparition de son mari, consulte une voyante, qui lui indique la position de l’île de Cuba. Sacrifiant ses derniers deniers épargnés, la femme s’achète un billet de croisière pour l’île de Castro. Mais que diable allait faire une bigoudène dans l’île rouge?

Une histoire d’amour, doublée d’une parabole écologique. La force de cette bande dessinée tient dans dans ce mélange subtil entre des blagues potaches (la rencontre entre le pêcheur et la mouette, le festival culinaire de la bigoudène sur le bateau ou l’engouement des habitants de Cuba pour le point de croix), et des prises de position écologiques (sur le dégazage en mer ou sur le rejet du plastique dans l’océan et ses dégâts sur la faune). Le lecteur peut donc se retrouver à rire aux éclats sur certaines pages, puis en tournant la planche à se rendre compte de la catastrophe imminente.  Comme quoi, et contrairement à ce que pense certain, derrière le rire peut poindre une prise de conscience. Le propos n’est jamais sentencieux, mais il navigue tranquillement et surement au fil des pages. Et la démonstration n’en parait que plus exemplaire.

Le dessin est superbe. L’auteur alterne des planches séquencées, où par une multitude de dessins il détaille les émotions et les actions des personnages, ce qui permet au lecteur de suivre cette histoire, avec des dessins pleine page qui sont magnifiques et, il ne faut pas le négliger, nous permettent de respirer. En général, ces dessins pleine page se focalisent sur l’immensément grand et l’immensément petit, ce pêcheur apparaissant alors comme une petite chose perdue dans l’infini de l’espace. Effet David contre Goliath garanti. Et de quoi nous rappeler au passage que nous ne sommes qu’un petit élément dans un vaste monde.

 

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