Moi, René Tardi, prisonnier au Stalag IIB, tome 1 de Jacques Tardi

Premier tome d’une série de Jacques Tardi où ce dernier adapte en bande dessinée les carnets de son père, prisonnier pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans ce premier tome, Jacques suit le parcours de René, de son engagement volontaire dans l’armée française, jusqu’à la défaite et aux années d’emprisonnement. Le premier tome se clôt sur le départ du camp quand les Allemands face à l’arrivée des Alliées décident de fuir avec tous les prisonniers, dans une marche longue et dangereuse.

Jacques Tardi est connu pour ses dessins en noir et blanc et aux traits « clairs », pour son intérêt pour la Première Guerre mondiale (et sa vision anti-gradés, proche des combattants et pacifiste), pour sa série sur la Commune (où il a su retranscrire l’atmosphère des feuilletons du XIXe siècle). C’est la première fois qu’il s’intéresse à la Seconde Guerre mondiale, l’ouvrage est donc inédit de ce point de vue. Autre particularité, la proximité avec l’entourage de Tardi, puisqu’il ne s’agit pas d’un récit de fiction, mais d’une retranscription des témoignages de son père, aujourd’hui décédé.

Le procédé choisi par l’auteur est assez simple, la planche est découpée en trois bandes de dessins, qui retracent le parcours du père (classique chez Tardi). Un texte, reprenant les impressions du père, surplombe l’image. Jacques intervient dans le récit sous les traits d’un jeune garçon, un peu naïf, qui questionne son père.

Le récit se focalise sur le sort réservé aux prisonniers dans les camps allemands. Corvée, manque de nourriture, vexations et petites résistances sont le lot quotidien de ses hommes abandonnés de tous. Le père garde une rancune tenace contre les gradés, responsables selon lui de la défaite. Il conspue les lèche-bottes qui tentent d’améliorer leur quotidien en sympathisant avec les Allemands. Il refuse d’accepter son sort et parle sans arrêt de s’évader du camp, sans grand succès pourtant.

Le récit du père est haineux. Celui du fils naïf et vaguement inutile. J’ai proprement détesté la lecture de cet ouvrage, à tel point que la posture de Tardi (proche des combattants, choisissant volontairement de décontextualiser son récit et résolument pacifiste) finit par atteindre ses limites et à me fatiguer. Ne montrer de la guerre que la souffrance des soldats peut se comprendre, en faire l’unique lecture de toute conflit contemporain me parait une imposture et une facilité intellectuelle.

Je ne pense pas avoir ni le courage ni l’envie de lire la suite. Ce qui peut être dommage si l’auteur infléchit son récit et lui donne plus de profondeur. J’avais beaucoup aimé Le cri du peuple, Putain de guerre m’avait laissé indifférente (finalement très proche de ce qu’il écrivait déjà dans C’était la guerre des tranchées), là je n’ai vraiment pas adhéré au propos.

Ces quelques lignes de densité poétique vous sont offertes par Jacques Tardi, qui aime au vu du tome 1 dessiner des chiottes de camp.

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