The Knick (saison 1) de Steven Soderbergh

Les boggans aiment Soderbergh. Même lorsque ce dernier réalise des films expérimentaux (Bubble) ou mineurs (Side Effects, Magic Mike, Contagion), ils sont toujours intéressants, et lorsqu’ils sont réussis (Traffic, Solaris), ils confinent au génial. Alors quand sort une série réalisée et produite par Soderbergh et traitant de la naissance de la chirurgie moderne, l’un de ses thèmes de prédilection (le corps, la santé), les boggans veulent la voir. Le fait que Clive Owen incarne le personnage principal n’enlève rien à l’attrait initial de la série, écrite par Jack Amiel, Michael Begler et Steven Katz. Pour l’instant une saison de dix épisodes a été diffusée sur Cinemax, une chaine qui fait partie du groupe HBO. Cette série suit donc le quotidien de chirurgiens et d’infirmières d’un hôpital de Manhattan, à une époque où les traitements, les opérations et la gestion des malades sont encore à leurs balbutiements. Au début de XXe siècle, le patient est aussi un objet d’expérience et de ce bouillon d’expérimentations plus ou moins malheureuses ressortent quelques avancées prodigieuses, comme la classification des groupes sanguins ou les techniques de suture.

Au casting, le magnifique et talentueux Clive Owen, qui interprète l’illustre docteur Thackery, vraisemblablement inspiré du chirurgien William Halsted (1852-1922). Il est accompagné d’une kyrielle d’acteurs peu connus mais extraordinaires : André Holland (superbe dans son rôle du docteur Edwards, personnage inspiré de la vie de Louis T. Wright (1891-1952), médecin expérimenté mais stigmatisé par sa couleur de peau), Michael Angarano (jeune médecin), Eric Johnson (Gallinger, un médecin faillible et prétentieux). Et face à eux, des rôles féminins qui ne se contentent pas de faire de la figuration : Eve Hawson impressionnante dans son interprétation de Lucy, une jeune infirmière qui va s’éprendre du docteur Thackery, Cara Seymour majestueuse dans son rôle d’une nonne, infirmière et faiseuse d’anges en dehors de son service et enfin Juliet Rylance, parfaite dans le rôle de Cornelia Robertson, fille d’un milliardaire, qui a investi dans l’établissement d’un centre hospitalier à New York, le Knick, et qui a confié la gestion de l’hôpital à sa fille (plus pour l’occuper en attendant qu’elle se marie et rentre dans le rang).

Le premier épisode s’ouvre sur l’année 1900 et sur une césarienne catastrophique qui entraine le suicide du chirurgien chef de l’hôpital. Très logiquement, Thackery prend la place de ce dernier, le poste de premier chirurgien étant vacant, il le propose au docteur Gallinger. Mais la direction de l’hôpital (dont Cornelia) lui impose le docteur Edwards, homme de couleur, ayant exercé en Europe et déjà réputé. Thackery refuse de travailler avec un noir et accepte la présence de ce dernier à condition qu’il se terre dans les sous-sols de l’hôpital ce qu’il fait pendant un temps.

L’hôpital le Knick (inspiré du Knickbocker Hospital ouvert en 1862 dans le quartier de Harlem et fermé en 1979) est depuis peu installé dans le paysage urbain, mais déjà le docteur Thackery jouit d’une solide réputation de chirurgien (son addiction à la cocaïne et à l’opium n’étant pas encore de notoriété publique). La discipline connait des débuts difficiles, la maitrise d’un grand nombre de paramètres dans le bloc opératoire faisant défaut, que ce soit la gestion des transfusions, de l’anesthésie ou des infections post-opératoires. Malgré cela, les docteurs opèrent, plus pour apprendre que pour sauver des patients.

La compétition entre les établissements de santé est déjà présente, de même que la rivalité entre les praticiens, notamment en ce qui concerne les publications dans les revues scientifiques. Être le premier, démontrer que le collègue à tort, faire une découverte remarquable ou perfectionner un objet en vue de le rendre plus efficace dans le bloc, sont autant de préoccupations qui occupent le quotidien des chirurgiens, au moins autant que le suivi de leur patients.

Ainsi, à travers ses thèmes, cette série est un anti-Urgence : racisme, scientisme, progressisme sont autant de thèmes abordés avec maestria. Le spectateur est constamment du côté des praticiens, et même s’ils font parfois preuve de compassion envers leurs patients, ils jouissent d’une impunité qui peut paraitre choquante à notre époque. L’ensemble des protagonistes de cette série naviguent dans une zone grise où la question de la moralité n’a pas ou peu de place devant l’urgence du progrès. Et, monstrueusement, il y a du progrès. Au moins technique. Et à l’extérieur de l’hôpital, on sent une société vacillante sur ses valeurs, en proie au doute et au seuil d’un changement profond.

Vivement la saison 2

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