Predestination de Michael & Peter Spierig

Difficile de résumer un film qui a pour thème principal le voyage dans le temps et qui s’amuse en plus du paradoxe que ces voyages peuvent créer en ajoutant encore plus de confusion.

Le film s’ouvre par une scène dans un immeuble new-yorkais à une date inconnue : un homme, imperméable et chapeau, tente de désamorcer une bombe. Mais il est interrompu par le terroriste (dont l’identité reste inconnue) et est brûlé au visage. Agonisant, il tente de récupérer un étui (à violon ?) qu’un autre inconnu vient lui tendre. Il disparaît. Et réapparaît en 1992 à l’hôpital où il sort d’un coma et d’une chirurgie réparatrice. Lorsqu’il enlève les bandages de son visage devant un miroir, nous voyons le visage d’Ethan Hawke qui dit : « j’ai tellement changé que je doute que ma mère me reconnaîtrait ». On apprend alors que le poseur de bombe a sévi en mars 1975 (mais le jour change constamment), tuant par ses actes des milliers de personnes à New York. Sept ans plus tard, l’agent est de nouveau bon pour le service. Il reçoit une dernière mission. Or, nous dit-il, la dernière mission est aussi importante que la première.

La scène suivante nous montre Ethan Hawke tenant un bar à une époque qui semble être les années 1970. Un inconnu entre dans le bar, et bientôt la conversation s’engage et se poursuit toute une nuit, riches en révélations…

Et c’est là, alors que l’inconnu du bar racontait sa vie, qu’on a perdu Hélène…

Un deuxième film commence d’ailleurs avec cette conversation, dans un bar, et il est assez intéressant, même si tiré par les cheveux : cet homme révèle qu’il était autrefois une femme, orpheline appelée Jane, ayant cherché à exceller partout afin d’être recrutée par le gouvernement. Mais une liaison d’une nuit l’a laissée enceinte et suite à l’accouchement qui fut très difficile, les chirurgiens découvrirent qu’elle était en fait hermaphrodite et durent lui ôter ses parties génitales femelles pour ne lui laisser que des organes génitaux mâles. Jane devint donc un homme et se transforma, avec traitement hormonal approprié en John, tandis que son enfant lui avait été retiré par le gouvernement. Ce deuxième film est intéressant, car passant d’une sorte de Canterbury Tales à l’atmosphère paranoïaque des agences gouvernementales américaines et de leurs expériences secrètes des années 50 et 60.  Sarah Snook, qui incarne Jane, est très attachante en intello surdouée qui veut trouver une cause dans laquelle s’engager et donc la vie bascule parce qu’elle a commis l’erreur de se laisser aller à ses sentiments.

La suite se complexifie encore : alors que la nuit s’achève, le barman (Ethan Hawke) propose à John de lui livrer l’homme qui l’a laissé(e) enceinte. John accepte et Ethan Hawke l’emmène ainsi grâce à son étui dans le passé, lors de cette nuit où Jane a rencontré son mystérieux amant. Mais alors qu’il l’aborde, Jane se rend compte que son amant d’une nuit n’était autre que le futur John…

Et là, la suspension d’incrédulité, qui avait déjà été durement sollicité, retombe : comment se fait-il que Jane, une fois qu’elle est devenue John, ne se soit pas reconnu, découvrant que sa transformation en homme lui faisait prendre l’apparence du père de son enfant ?

La suite est une série de nouvelles incohérences ou de bricolages qui servent à nouer encore plus les fils de l’intrigue pour permettre une boucle complète. Par égard pour celui qui découvrirait le film, inutile d’en dire plus, mais l’ensemble est de plus en plus capillotracté au point que le film se perd (et le spectateur perd lui son intérêt) à force de vouloir faire le malin d’autant que la réalisation patine parfois et du coup l’ensemble devient très bavard puisqu’il faut sans arrêt expliquer (par voix-off) ce que l’on voit. En fin de compte, la boucle est bouclée, mais on en est sorti depuis longtemps et la révélation finale parait — c’est un comble ! — à la fois attendue et faiblarde. Dans le même genre, The Adjustment Bureau était bien mieux écrit (mais, bon, c’était Philip K. Dick derrière) et bien plus convaincant (même si comportant des faiblesses aussi).

Le film est adapté d’une nouvelle de SF, All You Zombies, de Robert A. Henlein, publiée en 1959, ce qui se sent (notamment dans la deuxième partie du film, la meilleure). Mais ce qui fonctionne littérairement pose de redoutables défis cinématographiques que les réalisateurs n’ont pas réellement su relever ici (la scène d’ouverture manque singulièrement de dynamique, par exemple, et l’enjeu dramatique y perd énormément). Dommage : les thèmes de l’identité, de l’inceste ultra freudien et de l’aliénation sont vraiment intéressants. Si l’on compare à nouveau avec les Douze Singes, on s’aperçoit à quel point Gilliam avait réussi un coup de maître, et comment sa cinéphilie lui avait sans doute permis de ne pas tomber dans le piège de trop vouloir faire le malin, ajoutant en plus une réflexion sur l’écologie, et une sur le millénarisme.

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