Sonia Delaunay, les couleurs de l’abstraction au Musée d’Art Moderne

Première grande exposition consacrée à l’artiste depuis les années 60, une artiste qui a souvent vécu dans l’ombre de son célébrissime mari, peintre lui aussi. Le plan de l’exposition est on-ne-peut-plus basique, puisqu’il suit chronologiquement la vie de l’artiste. Les deux premières salles sont donc consacrées à l’enfance et à la jeunesse de Sonia Delaunay, avant sa rencontre avec son mari et la proclamation de leur nouvel art, le simultanéisme. Dans ses premières salles, on peut admirer beaucoup de portraits faits par l’artiste alors qu’elle vit en Allemagne (des portraits dominés par les jeux d’ombre et de lumière) puis, avec son arrivée à Paris, sa découverte de la couleur sous l’influence des Fauves et de Gauguin.

Suite à sa rencontre (et son mariage) avec Robert Delaunay, les deux artistes vont vivre une expérience commune de l’art, magnifié dans ce qu’ils appellent alors le simultanéisme (principe du contraste simultané des couleurs). Fasciné par la vie moderne et ses progrès technique (électricité notamment), les deux artistes et notamment Sonia développent une théorie de l’art « global », un art qui entrerait dans tous les composantes de la vie quotidienne : livres, textiles, meubles, etc. Deux œuvres remarquables sont exposées au musée d’Art moderne et témoignent de cette période de la vie artiste de Sonia : le Bal Bullier et les Prismes électriques. Toujours dans cette logique d’art global, Sonia collabora avec Blaise Cendras pour l’illustration de l’un de ses poèmes, La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France.

Le Bal Bullier, 1913

Jusque là tout va bien. Je trouve les toiles impressionnantes et leur intérêt pour la vie moderne intriguant, notamment dans le contexte de l’avant-guerre. En fait, j’attends avec impatience de voir cette artiste, visiblement fascinée par le progrès technique, se confronter à ce que le progrès technique a de plus malsain, à l’envers de la médaille. Elle fréquente Cendras et Apollinaire, tout deux ont fait la guerre. Parfait. Sa confiance en la fée électricité devrait vaciller.

Problème, les deux artistes sont au Portugal quand l’Europe entre dans la Grande guerre. Ils ne voient donc le conflit que de très loin, se passionnent pour la danse et gardent leur attrait pour la vie moderne et ses couleurs. Quand on a en mémoire les toiles de Schiele ou celles de Dix, on a l’impression d’un profond décalage avec l’époque de l’après-guerre. L’exposition insiste sur les années folles pour mettre en lumière le travail de cet artiste. Soit. Mais, après quatre salles consacrées à la peinture de Sonia Delaunay, le visiteur se retrouve face à ce que l’on peut, au mieux, nommer de la haute couture. Le Simultanéisme est décliné à toutes les sauces : chapeaux, manteaux, robes, textiles pour mobiliers, décors de théâtre, etc. Sur près de quatre salles (les plus imposantes de l’exposition), sont déclinés le « business » Sonia Delaunay. Problème : la mode passe de mode et ces créations haute couture sont démodées et surtout elles ne me parlent pas.

La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France de Blaise Cendrars et Sonia Delaunay

Les trois dernières salles sont consacrées aux dernières années de la vie de Sonia Delaunay. Après la Seconde Guerre mondiale (période pendant laquelle elle perd son mari et, parce qu’elle est juive, pendant laquelle elle doit se cacher dans le sud de la France), l’artiste réinvente l’abstraction (comme le dit l’expo) et revient (enfin) à la peinture. Le noir fait son apparition dans ses motifs géométriques qu’elle décline à l’infini.

Plusieurs éléments ont fait que j’ai proprement détesté cette exposition et (avec elle) l’artiste. Si Sonia Delaunay a été précurseur dans l’art abstrait, l’expo ne le présente pas et n’en fait pas son argument principal. Au contraire, elle insiste beaucoup plus sur la multiplicité des supports et sur « l’industrie » Delaunay (qui m’a semblé démodée et sans grand intérêt). Enfin, et encore une fois il s’agit probablement d’un choix d’exposition, je n’ai aucune sympathie et aucun intérêt pour des artistes présentant le progrès technique comme quelque chose de fascinant, encore moins dans le contexte des deux guerres. J’ai eu l’impression de découvrir une artiste déconnectée.

‘On Being Asked For a War Poem’

I think it better that in times like these

A poet’s mouth be silent, for in truth

We have no gift to set a statesman right;

He has had enough of meddling who can please

A young girl in the indolence of her youth,

Or an old man upon a winter’s night.

W.B. Yeats

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