Le Hobbit : la bataille des cinq armées de Peter Jackson

Depuis plusieurs semaines que nous l’avons vu, H. me pousse à rédiger la critique du dernier volet du Hobbit. « Oui, oui », lui répondais-je, plein d’entrain et d’allant à l’idée de faire preuve d’un humour aussi noir que le coeur rabougri de Sauron et aussi spirituel que la bonne Galadrielle, oui, mais que n’ai-je tardé, car voici que je ne m’en souviens plus. Mais rien. Nada.

Alors, plutôt que d’essayer de vous le narrer et de disserter sur ses (forts peu nombreux) mérites et sur ses (moult) défauts, mieux vaut, tel le proverbial hobbit de l’histoire, endosser votre sac, bourrer votre pipe, et vous saisir hardiment de votre noueux bâton de marche pour me suivre à l’Aventure, ou « Quel film aurait-on pu espérer d’une trilogie adapté d’un bouquin pour enfants d’à peine 100 pages ? »

Donc, après avoir fait du tonneau-bâteau dans la rivière et avoir été poursuivis par des méchants orcs, Bilbo et ses nains potos ont réveillé le dragon sous la montagne qui parle comme Sherlock. Résultat ? Hé bien, on s’est endormi avant la fin du précédent opus, mais pas grave, on a un résumé des meilleures scènes au début du troisième. Ah tiens, non, on se rend compte que c’est vraiment le début du 3. Bon, ok, alors donc : le dragon crame la ville lacustre (hé oui, il est temps de sortir l’artillerie lourde lexicale) avant de se faire peigner par le héros du moment.

Et hop, le film est fini ! Ah ? Non ? Ah bah zut alors, parce qu’après la scène de Smaug qui dévaste la cité lacustre, hé beh on s’emmerde ferme. Les nains étaient déjà partis, là-haut, là-haut, là-haut dans la montagne, car il y avait un gros c… trésor ! Le héros archer pourfendeur de Cumberbatch propose aux réfugiés d’aller chez les nains qui, c’est bien connu, ont le sens de l’hospitalité. Mais, ah-ah ! retournement dramatique et romantique, un elfe se pointe, dit au héros archer que ça sert à rien qu’il se la ramène, non, non il n’aura pas l’elfette. A moins que je ne confonde avec le faux-nain faussement beau gosse, mais qui n’arrive pas à la cheville de Vigo Mortensen ?

Vous ne comprenez plus rien ? Moi non plus, et on s’en contrefout !

Sur ce, les elfes arrivent en masse et en fait ont été transformés (probablement par un magot) non pas en bananes (ooooooh banana !) mais en armée de droïdes échappés de la prélogie Star Wars (ou alors ce sont des agents Smith en armure dorée, vu que leur chef c’est l’agent Smith). Pfff ! Que c’est compliqué maintenant la soupe hollywoodienne !

Quoiqu’il en soit, pendant ce temps, Gandalf soliloque dans une autre montagne, bientôt rejoint par un lapin géant, son magot domestique et Saroumane (qui est gentil, là, ne l’oublions pas). Ils combattent les nazgûls en faisant, dans tous les sens du termes, des psschiiit. Vous vous souvenez de l’apparition du premier cavalier noir dans Le Seigneur des Anneaux ? Jackson avait réussi à évoquer la peur sourde, la menace rampante que représentait cet être qui apparaissait dans la Comté. Pui,s lorsque les nazgûls attaquaient les hobbits protégés par Grand-Pas et que Frodo était blessé : on était terrorisés. Là, donc psschiit ! Vilain ! Pas beau ! Couché ! Galadrielle apparaît d’ailleurs (tac-tac-badaboum c’est moi) et let the sun shine, bannît les fantômes. Sauron jette un coup d’oeil sur la scène (littéralement) avant de disparaître lui aussi.

Pendant ce temps, dans la montagne, il y avait un gros… caillou ! Il était tout rouge et rendait le chef nain fou. A moins que ce ne soit tout le pognon entassé là. Ca change, depuis la première trilogie, c’est plus l’anneau. Et donc blah-blah-blah, tel un armateur grec avec un compte chez HSBC, le chef des nains pète un câble et refuse de négocier avec les elfes. Legolas (vous savez, le pote gentil de Jack Sparrow qui fait du skate en tuant des orcs)

Legolas, disais-je, avant de m’interrompre moi-même aussi grossièrement, va réveiller des chauve-souris avec sa copine qui ne peut pas sortir avec le mec qu’elle veut, trop triste, et ils reviennent eux aussi à la montagne parce que les orcs et les trolls are coming (tant que ce ne sont pas les chubs chubs, tout va bien).

Ca y est ! Enfin ! Ca fait deux plombes (littéralement) que le film dure et donc le big fight promis dans le titre va commencer. Et alors ? me demandez-vous, limite un peu grossiers aussi. Hé bien rien, je vous l’avais dit : le combat final est au début. Jackson est un petit filou. Il s’est dit, tiens, je vais faire un film avec la fin dès le début comme ça bon, ensuite pas besoin d’histoire, je vais juste m’amuser à faire des plans portenawak et des images de synthèse qui dégoulinent en veux-tu en voilà pendant tout le reste du film. Sacré Peter Jackson, il n’aura pas été aussi créatif depuis Bad Taste. Sans doute est-ce pour cela qu’il a été anobli, tiens.

Ah si ! Il se passe quelque chose de notable : les vers des sables géants se sont échappés de Dune et font une entrée fracassante ! Mais comme Kyle MacLachlan n’est pas là pour les contrôler, ils se débattent, font les fous-fous et s’en repartent comme s’ils sont venus.

Bon, allez, à ce stade d’excitation devant un tel récit, vous reprendrez bien un peu de dwarf-rafting ?

Alors, donc, que conclure de cette merveilleuse Aventure ? Hé bien que Jackson aime sans doute sincèrement Tolkien et que, même si ses goûts sont parfois un peu cracras (cf. les nains dans les deux trilogies), il avait réussi avec le Seigneur des Anneaux une belle prouesse. Que l’on se souvienne de la scène de la mort de Boromir ! Là, il démontrait son talent pour les scènes épiques de rédemption. Mais avec cette seconde trilogie, Jackson s’empêtre dans son scénario et ne fait que ressortir les mêmes ficelles : un objet qui corrompe, un héros charismatique, un amour impossible avec une elfe, mais à chaque fois, puisque c’est du déjà-vu, c’est moins bien, on y croit moins, et, redisons-le, les acteurs sont moins bons. Martin Freeman fait ce qu’il peut en Bilbo, et s’en tire pas trop mal, Ian Mckellen récite honnêtement sa partition de rugbyman, euh, de Gandalf. Mais, au final, qu’est-ce qu’on s’ennuie, qu’est-ce qu’on y croit pas, qu’est-ce qu’on n’y est pas. Si Jackson avait réussi à nous transporter dans la Terre du Milieu (surtout avec le tout premier film) et même si la première trilogie a mal vieilli (la faute aux images de synthèse qui font vite carton pâte), celle-ci est déjà obsolète avant même qu’on l’ait vu.

Et donc, pour répondre à la question initialement posée (que tu as déjà probablement oublié ami lecteur, alors molette-donc vers le haut pour la relire), la faute en incombe au choix initial de vouloir transformer Le Hobbit, charmant petit conte que Tolkien avait inventé comme un pastiche en une saga de trois films de trois heures. Cela s’appelle tirer sur la corde pour en faire le plus de pognon possible (ouh, la mise en abyme de fooolie avec la « maladie du dragon » ! mais en fait je viens de comprendre le film !), et le fait que Guillermo del Toro et John Howe sont crédités au film me fait juste me demander ce qu’ils allaient faire dans cette galère. Où l’on retrouve l’armateur grec.

Non, je paierai pas d’impôts !

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