The Mill (saison 1) de John Fay et James Hawes

Mini-série de quatre épisodes produite par la chaine anglaise Channel 4 et diffusée en 2013.  La série s’inspire de l’histoire d’une filature de coton dans la région du Cheshire en Angleterre, la Quarry Bank Mill, qu’elle mélange avec des personnages et des évènements fictifs. L’action semble se situer pendant les années 1830, au moment où doit être votée la loi « Ten Hour », qui obligerait les propriétaires d’usine à ne pas faire travailler les enfants plus de dix heures par jour. La série est tournée dans l’ancienne filature, devenue aujourd’hui monument historique.

Plusieurs personnages se partagent le devant de la scène : la famille Greg qui possède la filature et se compose du père, Samuel (fondateur de l’entreprise) et sa femme Hannah, ainsi que de leur deux fils Robert et William, Robert se positionnant au début de la série comme le nouveau patron de la filature en remplacement de son père vieillissant. Face à eux, une cohorte de personnages avec un spectre de profession et de statut assez large : Charlie Crout (surveillant), Mr Timperley (intendant), Daniel Bates (ingénieur ouvrier, syndicaliste en devenir) et bien sûr une kyrielle de fileuses, toutes mineures, toutes (ou presque) orphelines (fournies par la workhouse proche de Liverpool) et toutes (ou presque) dociles à l’exception d’Esther Price, personnage-clé de la contestation montante parmi les ouvrières (et personnage réel).

Les quatre épisodes de cette saison 1 se focalisent sur trois trames narratives, réelles et fictives : le vote de la Ten Hour Bill bien évidemment (avec en parallèle les discussions autour du Factory Act), mais également la question de la création d’une union ouvrière dans la filature (portée par Daniel Bates qui est aussi responsable de la mécanisation et de l’automatisation de la filature) et enfin, sur un plan purement fictif, la quête d’Esther pour prouver son âge, retrouver sa famille et faire entendre les conditions de travail des enfants (pour certains déjà adolescents).

Une série pour l’instant passionnante, même si je la trouve un tout petit peu trop sage. Les personnages sont de vrais archétypes (l’ouvrier syndicaliste, l’ouvrière battante, celle plus docile, etc), les situations sont classiques si bien que l’ensemble parait extrêmement plausible, mais manque parfois de brio.

Il y a quelques situations intéressantes comme celle de Bates qui, parce qu’il est syndicaliste et ingénieur, pense que la mécanisation va apporter de meilleures conditions de travail pour l’ouvrier (et pourquoi pas un meilleur salaire puisque le rendement des machines est supérieur) et qui doit faire face aux craintes des ouvriers eux-mêmes qui voient d’un seul œil ce nouveau concurrent qu’est la machine et au cynisme des dirigeants (qui ne voient eux que leur profit immédiat). Comme celle enfin d’Hannah Greg, femme du propriétaire de l’usine, qui s’est engagée personnellement dans la lutte contre l’esclavage, situation cocasse pour celle qui vient d’une famille qui tire ses profits de l’exploitation d’esclaves dans ses plantations de coton et de l’exploitation d’orphelins dans ses propres usines. Le lien entre les workhouses où les indigents, et notamment les orphelins, étaient parqués depuis la Poor Law de 1834, est très bien montré, ainsi que la corruption qui en découle : la loi interdisait toute forme d’aide aux démunis (et notamment dans la rue, ce qui faisait qu’on pouvait être arrêté pour mendicité) ailleurs que dans une workhouse où les pauvres, en échange du toit et du couvert, devaient travailler pour un salaire de misère. Les workhouses devinrent bientôt synonymes de la plus grande brutalité et d’une corruption de la part des commissions qui en étaient chargées.

Pour l’instant, toutes ses situations (celles d’Esther, de Daniel ou d’Hannah) sont décrites et mises en scène avec une certaine candeur, ce qui pose quelques problèmes puisqu’on suppose que les relations entre ouvriers et industriels devaient être plus conflictuelles à l’époque. Et encore une fois, pour l’instant, il n’y a pas à proprement parler de conflit dans cette série. Tout se joue autour de compromis, de négociations, de promesses éventuellement non tenues, ce qui, là encore, est possible, mais ne rend pas tout à fait compte des enjeux qu’a posé l’industrialisation en Angleterre.

Autre problème, qui découle du précédent : l’ensemble donne l’impression d’une belle reconstitution (les plans sur les machines à tisser, sur les fils de coton, sur la fibre qui volette sont très impressionnants, et rien que pour cela, la série vaut d’être vue), avec un site extraordinaire, des personnages en costumes, etc., mais justement, la série en reste là, dans une reconstitution, mais ne permet jamais d’entrer vraiment dans la période. Les personnages paraissent être cela, des personnages incarnés par des acteurs du XXIe siècle.

Il n’empêche : The Mill nous a suffisamment convaincu pour continuer avec la saison 2.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s