Exodus: Gods and Kings de Ridley Scott

Typiquement un film du vendredi soir, quand tu es bien fatigué de ta semaine et que tu cherches un film décérébré mais spectaculaire. Exodus semblait le film adéquat par un réalisateur adepte des films d’action et porté depuis quelques temps sur la reconstitution de grandes fresques historiques qui en mettent plein la vue. Là où des films comme 300 ne nous font même pas vaguement sourire, tant le propos est naze et outrancier, les films de Ridley Scott parviennent à nous faire passer un bon moment. Certes il faut parfois fermer les yeux sur ses partis-pris artistiques qui sont autant de non-sens historiques, mais globalement on peut espérer un film bien filmé, avec des scènes impressionnantes et un vrai sens du spectacle.

Voilà pour ce que nous attendions de ce film. Ridley Scott a choisi de s’intéresser à la figure de Moïse, et a décidé (posture assez classique à présent) de jouer sur le réalisme du personnage (notamment ses liens avec Ramsès) et de présenter ses miracles comme pouvant être des manifestations de Dieu et / ou des phénomènes naturels (aux spectateurs de choisir finalement). La difficulté est de ne pas trop banaliser ces phénomènes afin que leur interprétation spirituelle soit toujours possible. Ce qu’il ne parvient pas vraiment à faire, faute de souffle épique.

Le film débute, Moïse est déjà un homme. Son père adoptif, le pharaon Seti, est encore en vie mais s’approche de son voyage final. Le demi-frère de Moïse se prépare à lui succéder, mais déjà il ne semble pas en avoir les capacités. Pire, Moïse parait plus apte que lui à assumer cette charge, lui qui sait diriger ses troupes et négocier avec ses serviteurs (et ses esclaves) quand il le faut. A la mort de Seti, Ramsès devient pharaon et Moïse, qui est resté à ses côtés, devient un poids. Une rumeur permet alors à Ramsès de se débarrasser de son demi-frère : Moïse serait un Hébreu, abandonné par sa famille sur les rives du Nil, recueilli par la sœur de Pharaon et élevé par elle. Refusant d’abord d’admettre la vérité, Moïse doit quitter le palais et partir en exil… C’est là qu’il découvrira son peuple.

Assez rapidement, le film devient d’un ennui mortel. Il manque de spectaculaire (sic) et semble, non pas réciter son rugby (selon l’expression à présent consacrée), mais son scénario sans audace, sans emphase comme s’il fallait enchainer les scènes les unes à la suite des autres pour rapidement arriver à la fin. A aucun moment, le réalisateur n’est parvenu à insuffler à son récit une dose de spiritualité, tout est d’une platitude extrême, que ce soit les manifestation divines ou les croyances égyptiennes (la mage est tournée en ridicule, l’embaument de Seti est trivial). Il ne reste alors au spectateur qu’à contempler la magnificence des phénomènes naturels qui ont conduit à la légende de Moïse. Sauf que là encore, toutes les scènes manquent de souffle épique, et on se voit regarder un pauvre tsunami en lieu et place de la traversée de la Mer Rouge sans ressentir, à aucun moment, l’émerveillement ou la terreur qui devrait accompagner ce prodige (sur)naturel. De fait, l’ensemble laisse une impression assez pathétique.

Le film se termine brutalement par le voyage de Moïse et de l’Arche d’Alliance (contenant la tablette des Dix Commandements). Moïse est vieux, va mourir et le seul enseignement de cette mort réside dans notre soulagement à anticiper la fin du film. Apparait alors le nom de Ridley Scott et on se dit « Ridley Scott a réalisé ce film ? Mais il ne sait plus filmer ! » Puis un hommage à son frère, Tony, décédé en 2012. Qui amène la seule pensée réfléchie sur ce film : comment peut-on faire un film aussi plat et le dédier à la mémoire d’un proche ? Tout à fait impressionnant, pour le coup : le projet artistique apparait alors encore plus personnel et touchant, ce qui rend le résultat final d’autant plus pathétique.

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