Inventing Impressionism à la National Gallery

Exposition proposée à la National Gallery du 4 mars au 31 mai 2015, qui reprend en fait celle du Musée du Luxembourg, « Le pari de l’Impressionnisme ». Comme le présente fort justement le titre anglais, l’objectif de cette exposition est de découvrir, à travers la description de la vie et de l’oeuvre de Paul Durand-Ruel, marchand d’art,  les éléments balbutiants du marché de l’art, de réfléchir aux rôles de ces commerçants éclairés dans la promotion et la découverte de nouveaux artistes et au-delà de leur influence dans l’histoire des courants artistiques.

L’exposition s’organise de manière chronologique : depuis les premières années de Paul Durand-Ruel à la tête de l’entreprise familiale (son père était déjà marchand d’art et son fils lui succédera) jusqu’à ce qu’il se retire des affaires. Parallèlement se dévoile sous nos yeux la naissance du courant impressionniste, depuis ses débuts abscons et ridiculisés dans les salons parisiens jusqu’au triomphe lors de l’exposition à Londres en 1905. Toute l’idée de l’exposition est de nous montrer comment ce marchand d’art a imposé des artistes comme Renoir, Degas, Monet, Pissaro et Manet, au point d’en créer un courant artistique.

Cette exposition est l’occasion de voir ou de revoir quelques chefs d’oeuvre de la période impressionniste, mais sa grande qualité réside dans sa capacité à soulever plusieurs questions :

La première sur la relation entre l’argent et l’art, une relation parfois présentée comme fautive. Paul Durand-Ruel achetait systématiquement les œuvres de ces nouveaux artistes (il payait parfois en avance, offrant une véritable rente à ces derniers). Il organisait ensuite des présentation dans ses galeries, des expositions privées, utilisait son carnet de relations pour faire connaitre les œuvres. Autant de procédés courants à notre époque mais qui étaient révolutionnaires à la sienne. En véritable homme d’affaires, il hypothéquait sur la valeur future des toiles, achetant tout pour être dans une situation de quasi-monopole, vantant ses « produits » partout où il pouvait le faire. Malgré deux banqueroutes, il a fini par trouver des acheteurs, par faire monter les prix (parfois en rachetant lui-même les toiles à d’anciens clients pour gonfler les prix), réalisant au final une belle opération commerciale. Ce qui ne l’empêchait pas d’aimer les toiles qu’il achetait (il en a d’ailleurs gardé certaines, refusant de les vendre). Le lien entre le marché et l’art est donc là et bien là, ce qui m’a laissée quelque peu songeuse et un peu plus humble au regard de certaines pratiques actuelles (je pense notamment à ce soupçon quasi systématique sur l’art contemporain, qui ne serait qu’un art du business comme Koons ou autre. Qui viendrait reprocher aux impressionnistes de n’être qu’une entreprise commerciale ? Et pourtant !). L’exposition met donc en lumière le rôle des marchands d’art (et des galeries privées) dans la promotion des courants et des artistes (et la présence nombreuses d’œuvres de collection privée prêtées au musée à l’occasion de l’exposition en est un autre témoignage).

Paul Durand-Ruel dans sa galerie, en 1910

La deuxième sur la naissance  et la pertinence d’un courant artistique. Le terme « impressionnisme » apparaît après coup et aucun des artistes achetés par Durand-Ruel ne le revendique réellement. C’est finalement Durand-Ruel qui qualifie le premier les œuvres des artistes qu’il achète : il leur donne le nom de « Nouvelle peinture ». Le point commun de ces artistes : d’être rejetés par les salons académiques. La terme apparaît à la suite des deux expositions de 1874 et 1876 et s’impose tant du côté des critiques que du public.

Enfin sur le groupe des impressionnistes. A voir se côtoyer dans le même espace d’exposition des œuvres de Monet, Manet, Pissaro et Degas, on ne peut qu’être troublé par le manque de lien entre certains de ces artistes. Degas et Manet semblent à part, présent dans ce groupe impressionniste par la volonté unique de ce marchand d’art. Ce courant apparaît donc comme une création éphémère, qui n’avait d’intérêt que pour promouvoir un groupe et qui a volé en éclats quand une fois reconnu, chaque artiste a fait valoir sa singularité.

 

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