Jupiter Ascending de The Wachowskis

En Russie, dans les années 1980 (?), un diplomate est fasciné par l’astronomie et les étoiles, au point d’appeler sa future fille (son épouse, russe, est enceinte) « Jupiter ». Alors que le couple vit dans le bonheur, celui-ci est brisé net lorsque des bandits pénètrent dans leur appartement un soir à la recherche de butin et tuent le mari. Fuyant alors vers l’Occident, l’épouse accouche à bord d’un navire. Une vingtaine d’années plus tard, Jupiter (Mila Kunis) vit à Chicago, avec sa famille russe, et est femme de ménages. Mais un destin bien plus extraordinaire l’attend. Un destin dont dépend le sort de l’univers tout entier. Car Jupiter est en fait une reine issue d’une famille royale dont le pouvoir s’étend sur toutes les galaxies et dont les membres sont quasiment immortels. Sa personne est donc au centre de toutes les intrigues et des convoitises, notamment des trois héritiers (deux frères et une soeur) de cette famille, chacun envoyant ses sbires pour s’assurer de contrôler la future reine. C’est Caine Wise (Channing Tatum), un guerrier modifié génétiquement, qui va réussir à parvenir en premier jusqu’à Jupiter, lui expliquant qui elle est.

The Wachowskis are back! Et ce qu’il y a de bien avec eux, c’est qu’ils font, depuis Matrix, toujours le même film. Ici, c’est du space-opéra, davantage que de la SF plus classique (Matrix, V pour Vendetta, Cloud Atlas), mais tous les ingrédients sont là : un héritier/ élu qui doit s’éveiller à la véritable réalité derrière un voile de normalité et accomplir son destin/ ascension (Neo, Evey, Somni et maintenant Jupiter), l’exploitation de l’humanité dans une vision industrielle post-apocalyptique inspirée de la Shoah dans laquelle les humains sont source d’énergie/ de pouvoir/ de jeunesse, le tout sur fond de romance.

Le problème dans tout cela, c’est l’équilibre savant qu’il faut savoir maintenir entre la description du monde dystopique, la quête personnelle du héros sauveur et la romance. Il faut des méchants crédibles (la Matrice, ça c’est du méchant quasiment indépassable), des sbires charismatiques (l’Agent Smith a là aussi mis la barre très haut), et un héros Sauveur tout aussi charismatique (Neo c’était bof, bof) ainsi qu’un mentor en qui le héros peut croire (Morpheus était incarné par un Lawrence Fishburne sacrément efficace). Et c’est sur tous ces points que le bât blesse dans Jupiter Ascending : l’arch-villain est interprété par Eddie Redmayne qui, certes, porte bien son nom (oh, c’est petit !), mais, pardon de le dire, ne sait pas jouer et ne connait que l’expression de la colère-qui-fait-trembler-la-joue-et-frétiller-la-pupille-assombrie, ce qui donne l’impression qu’il s’énerve tout seul comme un c… (pour un immortel, c’est un peu dommage) ; les sbires sont des lézards volants super costauds mais finalement zigouilleables super facilement ; l’héroïne est du même acabit que Neo et le mentor est un Channing Tatum qui, côté charisme, est tout de même faiblard (d’où le recours à un deuxième mentor avec Sean Bean, ce qui commence à faire un peu beaucoup, d’autant qu’il ne se fait même pas décapiter, ce qui est une faute de goût assez impardonnable).

Hmmm… Je suis pensif, donc je vais bientôt m’énerver.

Tout ceci reflète un autre problème majeur dans l’écriture du film qui multiplie les personnages secondaires (et même les personnages principaux) sans jamais les développer réellement. Le propos du film est donc le même que dans les précédents des Wachowski : l’humanité est exploitée par le capitalisme au point de n’être qu’une ressource. Si c’est passionnant, il faudrait qu’ils réussissent à aller un brin plus loin que le recours à un Sauveur/ élu/ roi, etc. En adaptant V pour Vendetta, ils avaient réussi (merci Alan Moore) à dépasser ce schéma, mais ne semblent plus capables de le faire. Plus problématique : ils semblent incapables de faire un autre film, de manière générale. Il y avait, par exemple, une piste intéressante à explorer sur l’ADN et la génétique comme porteurs d’une spiritualité autour de la réincarnation. Mais non, non, on a besoin d’être sauvés, et puis c’est tout ! (Il faut néanmoins noter une tentative d’évocation d’un monde totalitaire et absurde, à la Brazil, qui, pour le coup, fait aussi artificielle que parachutée au milieu d’une intrigue déjà poussive…)

La caractérisation des personnages et les enjeux ayant été ratés, le spectateur s’ennuie ferme devant une succession de scènes d’action assez mal filmées même si les images sont souvent impressionnantes (mais plus du tout surprenantes), d’autant que l’intrigue principale étant du réchauffé, les producteurs ont dû insister pour que la romance soit développée. Et, du coup, comme le résume quelqu’un sur YouTube : « ça aurait pu être un grand film, mais au final c’est Twilight dans l’espace ». Et là, tout est dit.

« Quand il me prend dans ses bras… » (chanson connue).

 

 

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