Bonaparte and the British: prints and propaganda in the age of Napoleon au British Museum

Le British Museum a eu l’excellente idée de consacrer une exposition aux caricatures anglaises sur Napoléon Bonaparte (bicentenaire de Waterloo oblige ?). On y retrouve tous les grands noms et notamment Cruikshank ou Gillray.

Trois salles sont consacrées à cette exposition qui suit un parcours chronologique. Les caricaturistes anglais commencent à s’intéresser à ce jeune général victorieux vers 1796-1798, notamment lorsque les rumeurs d’une invasion de l’Angleterre et/ ou de l’Irlande se font de plus en plus sérieuses, ce qui vaut la caricature que je préfère de toute l’exposition :

On y retrouve ici tous les éléments qui font le succès voire le génie de la caricature anglaise : la précision des informations (ce qui en fait de fabuleux documents pour l’historien et pour l’enseignant), le sens du cru voire du vulgaire et cet humour dévastateur, le tout pour un résultat hilarant car tellement bien vu.

L’exposition confirme d’ailleurs que les Britanniques de l’époque sont obsédés, littéralement, par deux thèmes qui reviennent constamment : la bouffe et le cul. Et donc de passer Boney à toutes les sauces imaginables, combinant les deux thèmes dans d’astucieuses, d’improbables et de féroces moqueries. Adeptes de la fierté nationale, s’abstenir (ou au contraire en reprendre une double dose, car voilà le genre de choses qui permet de relativiser un tant soit peu le supposé « génie » français). Tout y passe : l’hypocrisie du régime bonapartiste puis napoléonien qui se pare du titre de « républicain » (la figure du crocodile et ses larmes revient sans cesse), le supposé « mahométisme » et, de manière plus générale, l’infidélité/ l’athéisme de Bonaparte et des Français en général à travers lui, le népotisme familial (c’est un pléonasme) du dirigeant de la France, les illusions chimériques, voire la trahison que constitue l’admiration des chefs de l’opposition whig britannique (Fox, Sheridan, etc.) pour le général devenu consul/ empereur et, dans une caricature d’inspiration  allemande mais reprise à l’envi par les Britanniques, la mort et la désolation que porte Napoléon en Europe :

D’après Johann Michael Voltz, « Le Triomphe de 1813 »

Plus inattendues – et, du coup, extrêmement intéressantes — sont les caricatures qui montrent la curiosité voire la fascination des Anglais pour la France à tel point que dès la paix d’Amiens (1802), ils débarquent avec avidité et… mangent voire s’empiffrent. Encore plus fascinant : au-delà de la dénonciation de la gourmandise des dirigeants de l’Europe post-napoléonienne telle qu’elle s’exprime au congrès de Vienne (encore la bouffe !), cette tristesse, cette nostalgie voire cette mélancolie de la part des mêmes caricaturistes après la chute de Napoléon et avec la Restauration. Les tourne-vestes et les girouettes sont exhibées et dénoncées, de même que l’incompétence du nouveau roi, comme si cette élite post-napoléonienne n’était pas digne, aux yeux des Anglais, de la glorieuse nation qu’ils venaient de vaincre.

Une exposition passionnante, de bout en bout, qui nous en dit bien plus long sur les psychoses politiques et sociales des Anglais que sur la France napoléonienne, ce qui est logique et fait tout son intérêt.

 

 

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