La prochaine fois je viserai le cœur de Cédric Anger

Ce film de Cédric Anger avait tout pour me rebuter : une histoire de fait divers, impliquant un tueur en série visiblement focalisée sur la dualité de ce dernier, un gendarme en l’occurrence. Mais les quelques échos entendus ici ou là (notamment les commentaires de J.), soulignant notamment le choix d’une réalisation plus réaliste (voire glauque) m’ont fait dire que peut-être, à rebours des films et/ou séries américaines se guérissant mal de leur fantasme envers la violence (et la sublimant dans une figure du tueur en série aussi intelligent qu’irréel), j’allais retrouver ce qui fit un moment la gloire du cinéma français : des films policiers plus axé sur le réel, et parfois même, cerise sur le gâteau, jouant la carte du social. Je pensai notamment à Scènes de crimes.

Résumons donc le fait divers : nous sommes dans les années 70, dans la charmante région de l’Oise. Un tueur en série y sévit pendant plusieurs mois, tuant des femmes sans les agresser sexuellement. Autre particularité de ce fait divers, la police qui prend en main l’enquête au détriment de la gendarmerie, comprend assez vite qu’il s’agit probablement d’un gendarme en se basant notamment sur des courriers envoyés aux enquêteurs.

Le réalisateur fait le choix de ne s’intéresser qu’au tueur. A aucun moment le spectateur suit le travail des policiers et des gendarmes dans leur enquête. Ce qui semble intéresser le réalisateur est la dualité du tueur : un homme rigide, persuadé que les femmes (et les hommes en général) ne sont pas assez prudentes, devenu tueur pour corriger la société, se servant de son métier de gendarme pour mener à bien sa prétendue mission. Le spectateur est vite confronté à un homme malade et pénitent, fatigué de son métier, mal à l’aise dans ses relations avec les autres (ses parents, ses collègues) et encore plus avec les femmes (et notamment avec Sophie, son aide ménagère pour qui il éprouve une certaine attirance).

Ce choix de se restreindre à la personnalité du tueur handicape énormément le film, au point de le rendre un peu vain. L’absence d’éléments sur l’enquête et le manque de perspective sur la personnalité du tueur fait qu’au générique de fin si on ne peut que reconnaître quelques qualités au film (la sobriété de sa mise en scène, le réalisme avec lequel il traite du sujet et surtout sa capacité à ne pas tomber dans une empathie déplacée envers le tueur tout en expliquant sa personnalité angoissée, incarné par un Guillaume Canet particulièrement bon), on reste frappé par sa futilité. On comprend que la réalisateur ne s’est intéressé à ce fait divers parce que le tueur était un gendarme. Mais en quoi est-ce intéressant, le film ne le dit pas. Que nous dit ce fait divers sur la société de l’époque ? Rien. Aucune perspective n’est tirée de ce drame et mise à part ce choix de ne se focaliser que sur ce gendarme / tueur, on ne peut pas dire que le réalisateur offre un véritable point de vue sur ce sujet.

Le film reste donc un divertissement réaliste et un peu glauque sur un fait divers assez intéressant, mais malheureusement il ne va pas au-delà et ne cherche pas à s’engager vers un propos plus social.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s