Les Ogres Dieux (tome 1 : Petit) de Hubert et Bertrand Gatignol

Dans un pays imaginaire vivent des Ogres Dieux. Ces ogres règnent sur les humains, en les terrorisant et en se nourrissant de leur chair. Mais lors d’un des nombreux diners de la dynastie ogre, la Reine commet l’irréparable : elle enfante d’un humain, d’une taille plus que modeste. Le Roi lui demande alors de manger sa progéniture, ce qu’elle fait sous les regards gourmands de ses autres enfants. Ou plutôt ce qu’elle fait semblant de faire, car dès que la cour a les yeux tournés, elle recrache l’enfant délicatement dans ses mains.

Afin qu’il ne tombe pas dans les mains cruels de sa famille, la Reine confie l’enfant à Desdée, la sœur du Roi. Cette dernière vit recluse dans les bas-fonds du château des ogres, depuis qu’elle a eu le malheur de vouloir vivre auprès des humains, qu’elle admirait tant. Desdée prend sous son aile le précieux enfant, heureuse de renouer des contacts avec le monde des humains.

Quant à la Reine, elle reprend sa place auprès de son époux. N’allez pas croire que son geste est le fruit d’une quelconque empathie pour les humains. Pas du tout. Sa connaissance de la lignée des Ogres Dieux l’a amenée à considérer cet enfant comme une bénédiction. En effet, à force de se reproduire entre eux, les ogres sont devenus consanguins et de plus en plus dégénérés. Or la Reine sait qu’à l’origine de la lignée des Ogres, il y a l’accouplement entre une humaine et un ogre. A présent trop grands, les ogres ne peuvent plus s’accoupler avec les humaines. Elle pense que son enfant le pourra et qu’ainsi il brisera la malédiction qui pèse sur la dynastie.

Une bande dessinée qui allie un superbe dessin en noir et en blanc et une construction à la fois classique et diablement entraînante. L’ouvrage est en effet découpé en chapitres (presque comme un roman) et entre chaque chapitre un encart nous présente sous la forme d’un mini-conte l’un des ancêtres de la dynastie des Rois-ogre. Ce procédé, d’abord répétitif, enrichit la narration et lui donne plus de relief. Le va-et-vient entre les parties dessinées et ces parties romancées fonctionne parfaitement car bien que n’étant pas sur le même registre (la première concerne l’intrigue, la seconde le contexte), elles se répondent et se complètent idéalement. Chaque partie dessinée enfin est mise en page d’une manière très aérée, en s’appuyant sur de magnifiques pleines planches (qui rendent parfaitement compte de la dimension minuscule de notre héros) et des planches découpées mais uniquement sur trois ou quatre vignettes ce qui donne au lecteur une impression de clarté, d’aisance, de simplicité dans la narration, le tout dans une tonalité et avec un style gothique réjouissant.

Au final, on a l’impression de lire un récit qui va de soi, qui presque ne paie pas de mine. Puis, on se dit que derrière la simplicité de l’histoire (on est finalement dans un récit très classique d’ogres et d’humains), il y a une vraie recherche stylistique qui rend cet ouvrage à part et bien au-dessus de ce qui peut être fait dans le genre gothique fantastique. Prendre une histoire simple pour en faire quelque chose d’extraordinaire (dans le premier sens du terme) est là la marque d’un grand auteur. Chapeau !

 

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Une réflexion sur “Les Ogres Dieux (tome 1 : Petit) de Hubert et Bertrand Gatignol

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