Le sel de la terre de Wim Wenders

Film documentaire de Wim Wenders, réalisé en 2014, qui porte sur la carrière du photographe brésilien Sebastiao Salgado. En ouverture de film, Wim Wenders explique être tombé amoureux d’un portrait d’une jeune femme aveugle (portrait qu’il a acheté alors et qui depuis trône au-dessus de son bureau). Se renseignant sur l’auteur du cliché, il découvrit alors l’existence de ce photographe brésilien, passionné par les êtres humains. Le film explore la vie et la carrière photographique de Salgado, sa naissance dans l’Etat de Minas Gerais au Brésil, ses études d’économie, sa rencontre avec sa femme, leur année de militant et leur fuite de la dictature brésilienne pour la France, la découverte de la photographie et la naissance de sa passion. S’enchainent alors tous les grands reportages photo de Salgado avec entre autres Les Hmongs, 1982 ; Autres Amériques, 1986 ; Sahel: l’Homme en Détresse, 1986 ; La Main de l’Homme, 1993 ; La mine d’or de Serra Pelada, 1994 ; Africa, 2007 ; Genesis, 2013. Le parti-pris est clairement hagiographique, Wim Wenders ne s’en cache pas et explique dès les premières images son admiration pour le photographe. La présence du fils de Salgado renforce d’ailleurs ce parti-pris tout à la gloire du photographe. La thèse défendue par le film est que Salgrado, humaniste à ces débuts, après avoir été confronté aux plus grands conflits mondiaux (Sahel, Yougoslavie, Rwanda…), n’a vu dans les hommes que des sources de conflits et s’est progressivement détaché de ses semblables pour mener un projet écologique au Brésil, ce qui en tant que photographe l’a décidé à ne photographier que la terre, vierge d’hommes ou simplement peuplée de tribus primitives.

Un film impressionnant qui rend hommage à un grand photographe. Le parti-pris de Wenders ne m’a pas dérangé, d’une part parce qu’il est posé dès le départ et d’autre part parce que je ne vois pas en quoi un film documentaire sur un artiste devrait être en tout point objectif. La thèse défendue par Wenders, probablement reconstruite à postériori, montre non pas un Yann Artus Bertrand bis, comme certains ont pu le dire, mais un artiste dont l’ambition première (faire des portraits d’homme) l’a amené à se confronter à ce qu’il y a de pire en l’humanité. Tel que présenté dans ce film, le reportage de Saldago sur le génocide rwandais a provoqué une crise de conscience chez l’artiste, crise qui l’a amené à douter de l’homme et de l’art.

Mali, 1985, Sebastiao Salgado

La fin du documentaire ne m’est pas apparue comme une fin positive, sorte de happy ending à la Ushuaïa, mais bien comme un renoncement au monde. Et je ne me permettrait pas de condamner cette décision, après avoir moi-même baisser les yeux devant certains clichés de Salgado au Sahel, là où lui regardait bien en face cette humanité mourante. Si le film de Wim Wenders n’explore pas la question des responsabilités dans la genèse des conflits mondiaux (notamment pour les évènements du Rwanda où il photographie indistinctement les victimes), si Saldago semble ne pas prendre en compte ces questions dans ses reportages, il me semble que cela relève d’un choix d’artiste et en aucun cas d’une lâcheté ou d’un manque de conscience politique.

Toutes ces questions semblent bien dérisoires face à l’extraordinaire qualité de ce film : nous montrer la différence entre voir et photographier, entre montrer ce que l’on voit et faire une photographie. Ces portraits sont magnifiques et le reportage photo qu’il fait au Sahel est bouleversant. Une telle qualité artistique pour donner à voir des êtres mourants est presque effrayante. Que Salgado ait vendu son âme à Vale, entreprise minière, pour financer ses projets artistiques n’enlève rien au talent de ce photographe. Elle jette peut-être un peu d’ombre sur l’homme, mais il reste le travail artistique qui vaut plus à mes yeux.

Iguane dans les îles Galápagos (2005), Sebastiao Salgado.

 

 

 

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