« La toilette, naissance de l’intime » au Musée Marmottan

Exposition présentée au Musée Marmottan depuis le 12 février et jusqu’au 7 juillet 2015, autour du thème de la toilette à travers les siècles et comment les artistes ont rendus compte des évolutions de l’art du bain et de l’intime dans leurs œuvres, qu’elles soient gravures, peintures ou sculptures.

L’exposition s’organise de façon chronologique et s’ouvre sur une magnifique tapisserie du XVIe siècle représentant une femme dans son bain, en extérieur, entourée de sa suite. Davantage célébration du nu que témoignage sur la pratique du bain, l’oeuvre est caractéristique de cette époque, la Renaissance, où on ne montre pas ou peu l’intime. Pratique rare qui contraste avec la série de tableaux mettant en scène l’art de la toilette sèche. En effet, à cette même époque, l’eau est associée à la propagation de toutes sortes de maladies, aussi les traités relatifs au soin du corps déconseillent l’usage de l’eau et préconisent la toilette sèche. L’oeuvre la plus remarquable de cette période est celle de Georges de La Tour, Femme à la puce (le contraste entre la beauté du tableau et son sujet est saisissant). La pratique de la toilette sèche nécessitant onguents, linges ou parfums et se limitant à quelques soins sur le visage, elle devient un spectacle auquel peuvent assister domestiques ou visiteurs, ce qui ne manquent pas de mettre en scène les peintres dans leurs différents tableaux.

Georges de la Tour, « La femme à la puce », 1638

Avec l’arrivée de l’eau, dès le XVIIIe siècle, la toilette intime se fait plus secrète et les ablutions (des parties intimes, des pieds ou d’autres parties du corps) ne se font plus que sous l’œil avisé des domestiques. Le bidet fait son apparition dans l’espace de la maison, nécessitant l’aménagement d’un lieu privé. Dans cet espace fermé, l’individu s’affirme à travers des gestes intimes que lui seul peut voir. Parallèlement à « l’invention du privé », de nombreux tableaux témoignent dans cette partie de l’exposition du goût à cette époque pour le voyeurisme (quelques tableaux montrent en effet des personnages surprenant une toilette intime) et pour le vulgaire (femme pissant dans son bidet, chien allant en sentir l’odeur).

« Jeune femme à sa toilette », François Eisen, 1742

Au XIXe siècle, l’accès à l’eau devient de plus en plus courant, et la privatisation de l’espace de la toilette s’accentue, la présence des domestiques n’étant plus admise. La salle de bain réservée tout d’abord à une élite s’étend irrémédiablement à toutes les couches sociales de la société, rendant cette pratique à la fois secrète et unanime. Ce secret de la toilette intéresse les peintres qui cherchent dès lors dans leurs œuvres à rendre compte du réalisme du bain : gestes, effets de l’eau sur le corps, repliement sur soi.

« Après le bain, femme nue couchée », Edgar Degas, 1885-1890

Dernière phase de cette réflexion sur l’art de la toilette, ses effets sur l’intime et sur ses représentations (et dernière salle de l’exposition), le XXe siècle qui va pousser à son paroxysme le repliement sur soi né au siècle précédent. Le corps s’immerge, le lavage devient tout autant une pratique hygiénique qu’un plaisir psychologique. L’œil du peintre n’a plus qu’à constater ce retour au soi, cet individualisme qui ne craint plus le regard étranger.

Deux, trois choses décevantes dans cette exposition : j’ai trouvé que l’enchaînement des salles (et derrière, l’agencement chronologique de l’exposition), ne rendait pas vraiment compte de l’évolution des pratiques. Chaque époque est caractérisée par une pratique de la toilette (sèche, ablutions, bain), mais aucun lien n’est fait entre les époques et aucune explication n’est donnée sur l’évolution des pratiques (pas d’explications sur la perception de l’eau au Moyen Age ni sur les théories l’hygiéniste du XIXe siècle). Il en découle une impression de fausseté intellectuelle : la réflexion semble construite à rebours en juxtaposant quelques éléments de pratiques au regard de quelques tableaux illustratifs, le tout monté en un récit linéaire de l’intime qui parait un peu simple (la partie sur le XVIIIe siècle m’a donnée l’impression de véhiculer les clichés les plus courus sur l’époque sans en expliquer l’origine et la portée).

Enfin, j’ai trouvé que l’utilisation des œuvres, que ce soit les tableaux, les gravures ou les sculptures, étaient trop illustratives. Peu ou pas d’éléments sur les artistes, aucune remarque sur les mouvements artistiques, et une impression de fourre-tout dans l’agencement de la collection. Les tableaux semblent être là pour servir un propos, construit de toute pièce et manquant de complexité.

 

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