Manituana de Wu Ming

1775, à l’aube de la guerre pour l’indépendance, les six tribus indiennes Mohawks, qui forment la communauté de la Grande Plaine, doivent se réunir pour adopter un comportement commun face au conflit à venir. Trois choix s’offrent à eux : la neutralité, le camp des Anglais fidèles au Roi (auprès de qui ils ont déjà combattus contre les Français et qui leur assure de conserver leurs terres), le camp des Anglais défiants le Roi. Un choix doublement biaisé d’une part parce que cette guerre n’est de toute façon pas la leur (ils désignent les Anglais par le nom de colons et pensent que leur rébellion n’est qu’un enfantillage, qu’une affaire d’enfants se révoltant contre leur père). Et d’autre part parce que leur choix, pourtant essentiel pour l’avenir de la nation Mohawks, importe finalement peu.

Guy Johnson, successeur de William Johnson à la charge d’intendant des affaires indiennes auprès de la couronne, organise une rencontre entre toutes les nations indiennes pour envisager une décision commune. Lors de la rencontre, il est décidé qu’il partira au plus vite à Londres pour rencontrer le Roi et obtenir des gages en échange du ralliement des tribus indiennes aux troupes fidèles au Roi. Mais alors qu’il n’a à peine quitté le sol américain, l’unité des tribus indiennes vacille, rendant ainsi le voyage de Johnson caduque et l’avenir commun des tribus indiennes incertain.

La guerre d’indépendance américaine vu par les marges. Pas seulement par ceux qui ont perdu tout dans cette guerre, mais également par ceux qui ont été à la marge du conflit et par la suite à la marge de l’Histoire. Le début du roman est passionnant parce qu’il déjoue rapidement ce qu’a été le « roman national » américain, en épousant le point de vue des Indiens qui ne voyaient dans cette guerre que des colons anglais que ce soit parmi les fidèles ou parmi les opposants au roi d’Angleterre. En se forçant à suivre uniquement le sort des tribus indiennes, les auteurs imposent au lecteur une voie déroutante, presque désagréable parce qu’on a l’impression d’être à la lisière des événements en terrain inconnu. On ne peut dès lors que constater à quel prix s’est faite l’indépendance américaine (l’intrusion dans le récit d’une lettre de Georges Washington appelant à l’élimination systématique des tribus indiennes est éloquente), pour qui la liberté et l’indépendance sont-ils les mots, par quels moyens l’Histoire a été écrite par les vainqueurs.

Par contre, si l’idée de départ est excellente (prendre à contre-pied l’histoire américaine en épousant le point de vue des Indiens), elle s’épuise dans un roman, certes foisonnant par la multitude de ses personnages fictifs ou réels, mais froid et étriqué dans sa narration. L’idée est intéressante, mais sa mise en forme manque de souffle. Que des personnages réels paraissent monolithique (comme Guy Johnson ou Joseph Brant), cela parait normal. Par contre j’ai plus de mal à m’expliquer pourquoi des personnages comme Philippe Lacroix, Peter ou Esther, qui sont des personnages inventés par les auteurs et donc qui ont la charge de porter le récit, n’ont pas plus de présence. De la même manière, ce monde métis, Iroquirlande, né des liens entre les tribus indiennes et des Écossais ou des Irlandais, apparaît dans le lignage de quelques personnages fictifs ou réels mais je ne peux pas dire que j’en ai ressenti la présence dans le roman.

 

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