The Affair (saison 1) de Hagai Levi et Sarah Treem

New York, quartier de Brooklyn. La famille Solloway se prépare pour le départ en vacances, vers la propriété familiale sur Long Island. Noah, le père (Dominic West), espère profiter de ce mois de vacances pour avancer dans l’écriture de son roman. Helen, sa femme (Maura Tierney vue dans Urgences), aborde cette période estivale avec un mélange d’appréhension et de contentement : elle va retrouver ses parents et surtout son père, richissime écrivain à succès. Les enfants, Withney, Martin, Trévor et Stacey, sont à l’image des parents entre résignation et joie de retrouver la famille. A plusieurs reprises à travers les discussions entre les membres de cette famille, les parents d’Helen, Bruce (John Doman, un autre acteur vu dans The Wire) et Margaret, sont présentés comme des snobs, des gens prétentieux qui ne manquent pas de rappeler que les Solloway vivent en partie avec leur argent (Noah est prof, Helen gérante de magasin, les enfants vont tous en école privée, payée par leurs grands-parents) et que Noah n’a pas le succès de Bruce. Après une blague morbide de Martin, la famille quitte enfin New York, direction la plage. En chemin, à quelques pas de la maison familiale, les Solloway s’arrêtent dans un petit restaurant de la côte pour manger. Noah y fait la connaissance d’Alison, une serveuse. Leur attirance est immédiate.

Le titre de la série, volontairement ambivalent, renvoie à deux affaires qui vont être au cœur de cette première saison : la relation extra-conjugale entre Noah et Alison bien évidemment mais également une enquête de police sur la mort prétendument accidentelle d’une personne (dont le spectateur ne connait pas l’identité dans les premiers épisodes de la série).

La série poursuit (ou renforce) cette idée de dualité en imposant un découpage systématique des épisodes entre les point de vue de Noah et ceux d’Alison, certaines scènes pouvant être vues et revues suivant leurs deux points de vue. Ce montage crée une impression de mystère autour des deux personnages, comme si dès le départ avant même qu’il ne soit question d’un meurtre, ils mentaient. Mensonge vis-à-vis de leur famille respective, mais aussi (et surtout) l’un vis-à-vis de l’autre. Cette impression est renforcée par les quelques scènes dans un commissariat où un détective interroge individuellement Alison et Noah, à propos de leur rencontre, puis de leur relation, sans qu’on ne comprenne exactement quel est l’objet de cet interrogatoire. Le début de saison apparaît donc comme très didactique, dans cette manière de reproduire un schéma d’alternance, mais comme le spectateur découvre les personnages (notamment les parents d’Helen), découvre le cadre (Long Island) et l’atmosphère de la série, tout cela reste plaisant.

Bizarrement, à l’épisode 4, l’alternance ne se fait plus. Ou plutôt elle est maintenue mais de manière artificielle. Plus question de voir les mêmes scène selon deux points de vue différents, l’épisode suit le point de vue de Noah, puis celui d’Alison. On retrouve une vague alternance en fin de saison, mais sans qu’elle ne retrouve la pertinence du début. A partir de cet épisode 4, on a vite l’impression que la série échappe à son cadre et part dans de (trop) nombreuses directions. Alors que les premiers épisodes se focalisaient sur le comportement de Noah et d’Alison, autour de la question de la transgression, une fois le pas franchi (dans ce fameux épisode 4), la série multiplie les intrigues (dettes, drogue, mineure enceinte et j’en passe) et perd son originalité.

Au final, la saison 1 s’achève de façon bancale. On peut supposer que la saison 2 donnera lieu à une multitude de quiproquo et de rebondissements. Reste que cette série promettait plus, notamment dans les premiers épisodes. Le cadre, certains personnages (comme Bruce), certaines situations (relation entre Noah et sa belle-famille) laissaient imaginer une série plus intime, plus axée sur la psychologie du couple, sur les mécanismes des relations adultérines et/ou familiales. Au vu du générique, on pouvait même envisager une réflexion sur l’écriture (deux personnages de la série sont écrivains de polars). D’ailleurs, une scène dans un des premiers épisodes donnait la clé d’interprétation lorsque Noah expliquait son projet de nouveau roman à l’agent de Bruce : « c’est sur la fin de la pastorale américaine. C’est sur un écrivain qui tombe amoureux d’une fille qu’il ne faut pas dans une petite ville de la côte ». L’agent, peu impressionné : « et en quoi cela m’intéresserait-il ? » Noah : « à un moment, il la tue ».  La mise en abyme qui était proposée, l’utilisation de la dialectique entre les deux points de vue, montraient l’ambition littéraire des auteurs de la série. Et alors qu’à un moment on pouvait penser que la série allait progressivement montrer que l' »affaire » qui avait lieu n’était en fait que le symbole de cette fin, cette corruption de la pastorale américaine, pour l’instant, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une banale série autour d’un adultère et d’un meurtre, avec l’ajout totalement parachuté d’une histoire de trafic de drogue pour appuyer le propos. La petite ville de Montauk ne sera décidément pas un équivalent réaliste de Twin Peaks. Dommage.

Reste la chanson du générique, signée Fiona Apple, qui a un petit rythme très bien vu, avec ces percussions et ce rythme chanté très saccadé.

 

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