Mad Max: Fury Road de George Miller

Dans le futur, après que l’homme ait par trop épuisé la Terre, et que le réchauffement climatique ait réduit celle-ci à un vaste désert, les survivants s’agitent, s’énervent, se clonent et se dominent, pour passer le temps, vu qu’il n’y a plus grand chose à faire. Comme dit Saint-Exupéry : « le désert, c’est beau, mais c’est chiant ». Et donc, un chef tribal donne des concerts de oufs, s’amusent avec une galerie de freaks,  file de l’aluminium en spray à ses guerriers, cultive un harem, et fait des distributions d’eau aussi spectaculaires que rares, distillant ainsi sa source de pouvoir au compte-goutte (<– si ça ce n’est pas de la métaphore filée, alors je ne sais pas ce que c’est !). Bref, tout le monde s’amuse comme il peut, lorsqu’une rabat-joie va tout faire capoter. En ce beau jour de fête à l’occasion du programme pétrole contre nourri… euh contre eau avec la ville voisine, Fury (Charlize Theron) décide que la condition féminine dans une société tribale post-apocalyptique n’est plus ce qu’elle était, et telle une Amazone des temps postmodernes, commet l’acte dérida-foucaldien par excellence et patatra : elle quitte la route et s’enfonce dans le désert et vers les montagnes lointaines, le tout sous le regard sidéré et ulcéré du chef tribal qui voit sa concubine préférée se faire la malle, lançant toutes ses troupes à sa poursuite. Le rodéo mécanique peut donc commencer.

Et celui qui donne son nom à la saga (car c’en est bien une, à la fois sur la forme narrative que sur le fond) dans tout ça ? On s’en cogne ! Il est là un peu par hasard le bon Tom Hardy, et il suit tant bien que mal. La véritable héroïne, donc, c’est Furiosa qui libère les femmes des griffes, ou plutôt de l’haleine qui doit pas être bien fraiche vu la gueule de ses dents pourries (comment ça c’est un masque ? pfff ! on dit ça aussi avec Dark Vador, et vu sa tronche, il devait pas sentir très bon non plus) de Joe la Belle Gueule.

« Et pis d’t’façon », nous apprend-on alors dans une révélation sur les ressorts du féminisme post-apocalyptique, « Joe, il en a une… »

Et donc le film consiste en un déferlement parkinsonien d’images spectaculaires de désert, de tempêtes de sable, de bagnoles, de motos, de camions, de types jouant de la guitare électrique-lance-flammes sur un camion (ok, chacun son truc, il faut bien s’occuper car comme disait Saint-Ex…), d’accidents en tous genres, d’éboulements et de cascades rigolotes, le tout dans des tenues sado-maso de chez Michou. Dans le monde post-apocalyptique, on ne se tire pas dessus pour se tuer, non, non, ce serait un petit peu trop simple, on fait des pirouettes en haut de perches souples avant de tomber pour aller se fracasser sur le capot d’une voiture et la faire exploser et soi-même (youpi !) dans une réinterprétation wagnérienne du kamikaze. D’t’façons, comme tout ce beau monde est littéralement pourri par le cancer, en bons lecteurs de Desproges, ils se sont dit « vivons heureux en attendant la mort ».

« Fais tourner les serviettes » dans une interprétation desprogienne de la vanité de l’existence, donc autant se poiler les aminches !

A un moment donné, brisant la belle unité rythmique stroboscopique du je-me-suis-enfilé-mon-6e-rail-de-coke-et-je-ne-sens toujours-riiiien !!!, le film se prend soudainement d’envie de ralentir, pour souffler un coup. Et là, bim, des images improbables de désert de nuit et d’échassiers en ombres chinoises glissant devant nous tandis qu’au loin la caravane passe. On entendrait presque le chien hurler à la mort au clair de lune.

Et puis, bon, le réalisateur se rend compte que le désert de nuit, c’est encore plus beau, mais c’est encore plus… et du coup hop les enfants ! on discutaille un coup avec trois donzelles qui sont là aussi pour dire, « meuh non, votre histoire de pays vert mythique dans lequel vous pourriez faire pousser des plantes, c’est une référence grossière aux sagas norvégiennes ou islandaises desquelles votre film est inspiré, vous n’y aviez tout de même pas crû, hein ? Il faut arrêter de vouloir mythifier comme ça le propos de ce film qui n’est qu’un blockbuster de malades fait pour ravir l’imaginaire des geeks en leur donnant exactement ce qu’ils veulent. Allez, allez, hop, hop, hop, demi-tour, une-deux, une-deux, et que ça chauffe et vous y retournez pour une demi-heure finale de foooOOoolie dans les montagnes où vous allez tout faire péter ! » Ah, merci tantine qui vit toute seule avec des quatre potos on se demande bien comment, on a failli avoir un propos à ce film. Ce serait dommage, cela montrerait qu’il échouerait, et donc surtout pas ! Revenons à nos images que t’en prends plein la gueule.

« Nous aussi les femmes on peut faire pipi comme les mecs, non mais ! »

Et donc nous voilà repartis d’où l’on vient avec la caravane pour un grand boum final. Wéééééé ! Car finalement, tout le monde se rend compte que si Joe la Frite avait de l’eau, dans un milieu désertique, c’est peut-être la clé de son pouvoir, car c’est l’élément indispensable à la survie. Ah bah oui, tiens, pas bête.  (On l’avait dit dès le début : il suffit de relire le premier paragraphe de cette « critique » qui part en cacahouètes.) D’ailleurs, tout ça n’était qu’une manoeuvre pour faire sortir Joe-la-Crinière de son antre et ainsi prendre sa place. Ah, encore moins bête ! (Ah, on me dit que non, non, pas du tout : y’avait pas de plan B.) Bon, donc, quoi qu’il en soit, kaboum, kaboum et nous revoilà au point de départ, deux heures et des bananes, un désert de Namibie ravagée à la gloire de la bagnole et de la violence plus tard.

Et voilà : fin.
Bon. Et doooonc ? Ben rien. Tu croyais quoi coco ?

Et donc voilà le film qui a enragé les masculinistes ? Il faut dire effectivement que le niveau de revendication est à leur portée. Mais alors, en termes de cinéma, de narration, et de propos, qu’en est-il ? Les images sont donc époustouflantes mais dans une telle déferlante qu’elles lassent voire qu’elles fatiguent assez rapidement en fait, et le propos, comment dire ?

Mieux vaut une image qui vaut cent discours (et je crois que c’est l’adage du film, malheureusement) :

Et Hollywood découvrit la symbolique féministe dans toute sa subtilité : encore un coup du djendeur !

 

 

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