Ex Machina d’Alex Garland

Caleb (Domhnall Gleeson) est, du haut de ses 26 ans, un programmeur particulièrement talentueux, travaillant pour la compagnie du plus grand moteur de recherche, Goo… euh Bluebook. Il remporte un concours interne pour aller passer une semaine dans la villa ultra isolée (accessible uniquement par hélicoptère au milieu des montagnes et des forêts de pins en Alaska) du PDG de la compagnie, Nathan (Oscar Isaac). Une fois sur place, Nathan révèle à Caleb que l’enjeu de sa présence en ces lieux sera de conduire le test de Turing (encore lui !) sur une IA qu’il a développée. Celle-ci se nomme AVA (Alicia Vikander) et est en plus une androïde.

On retrouve dans ce film la patte d’Alex Garland : le futur est déjà là, tout comme dans 28 Jours plus tard et dans Sunshine. Aussi est-il impératif de le penser, de le présenter comme un quotidien. C’est d’ailleurs là l’intérêt principal du film qui reprend la réflexion sur l’intelligence artificielle pour la replacer dans le présent. Nathan est évidemment inspiré de Larry Page, le CEO de Google, et de son acolyte, Arthur D. Levinson, administrateur et ancien PDG de Genentech, également administrateur chez Apple, qui ont co-fondé Calico, une filiale de Google qui travaille spécifiquement sur le transhumanisme, et la fameuse Singularité (je résume), avec le concours, notamment, du gourou-ingénieur-auteur de SF, Ray Kurzweil, ce qui provoqua en 2013 la question posée par Time : « Can Google solve death? »

Tout ceci promet un film avec un vrai sujet. Tout comme Sunshine était prometteur.

Et tout comme Sunshine, Ex Machina multiplie les approches : le titre fait référence à la place de l’homme vis-à-vis de ce qui serait sa Création, et donc de l’image de Dieu ; la biologie évolutionniste est convoquée pour se poser la question de la nécessité de la sexualité et d’un corps sexué comme condition sine qua non de la condition humaine ; l’IA est présentée comme le résultat des travaux sur les moteurs de recherche, ce qui renvoie implicitement à la théorie de Joël de Rosnay sur l’intelligence symbiotique.  Tout ceci pourrait être passionnant, mais est finalement traité au passage, de manière bien superficielle (la palme d’or du bullshit talk est gagnée lorsque la création artistique est évoquée avec l’exemple de Pollock), pour finalement donner un film avec une menace de l’intérieur (le film répond également aux codes du huis-clos)… tout comme Sunshine. A aucun moment, Ex Machina ne parvient à proposer une réflexion vraiment neuve, à aller au-delà de ce qui a déjà été fait, que ce soit avec Blade Runner (avec lequel il flirte mais parvient assez intelligemment, cela dit, à ne pas tomber dans le piège de la redite complète), ou même avec A. I.

« Tu vois mais en fait Pollock, il ne réfléchissait pas quand il peignait, sinon il n’aurait jamais peint. Hé ben moi je fais pareil. » Hiiin : bullshit!

Il n’en reste pas moins qu’assez rapidement, ces esquisses de réflexion sont évacuées et apparaissent pour ce qu’elles ont été depuis le début : du name-dropping pour faire joli dans le décor mental. En fait, le film vient contredire totalement le test de Turing (tout en le confirmant ?) en faisant que l’IA doit se servir de son corps (paramétré selon le profil porno de Caleb) pour séduire Caleb et le convaincre de l’aider à s’évader, parce que sinon le méchant savant fou va la reprogrammer. « Je séduis donc je suis ». Sur ce plan, Her était bien plus convaincant, nous montrant par l’absence (vrai défi cinématographique !) qu’une voix suffisait à générer l’émotion.

Malgré cette faiblesse dans le propos, le film va quand même bien plus loin que le raté Transcendance et surtout se regarde sans déplaisir car, là encore, la patte de Garland se reconnait à une photographie très soignée et des décors hallucinants à la fois dans leur naturalité et leur artificialité concomitantes. Ainsi, la villa où a lieu l’action du film est à proprement parler époustouflante (et renforce le cliché — mais que j’aime beaucoup — du PDG-créateur-ingénieur-programmeur-scientifique vivant dans un environnement au design épuré) et elle s’insère (et s’efface) dans les paysages de ce Grand Nord faits de montagnes, de glaciers, de cascades et de forêts de pins, qui sont eux aussi à couper le souffle (villa qui est en réalité un hôtel en Norvège… nouvelle destination de vacances rêvées pour les boggans).

Le film tourne au thriller à partir de la moitié et se termine en catastrophe annoncée dès le départ (tout comme… Sunshine), retombant dans le motif (éculé ?) du savant fou/ pervers dont la création se retourne contre lui. Et avec une pirouette finale non expliquée et non élucidée qui reste un peu en travers de la gorge de tout lecteur d’Asimov.

Résultat ? Un film pas déplaisant, mais qui, au regard du thème abordé, aurait pu aller bien plus loin et ne le fait pas, faute d’une véritable vision.

J’en ai rêvé, la science l’a fait : je peux danser comme dans Saturday Night Fever !

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