La révolte des boules de neige de Claire Judde de Larivière

Récit historique, s’inscrivant dans les champs de la micro-histoire et de l’histoire sociale. L’auteur se focalise sur un événement peu voire jamais traité par les historiens : la passation de pouvoir entre les deux podestat de l’île de Murano le 27 janvier 1511. Au moment où le nouveau podestat raccompagne son prédécesseur (comme il est de coutume dans le rituel de passation), une pluie de boules de neige s’abat sur eux. Des cris, des chants et des sifflets se font également entendre sur la place, autant de manifestations sonores qui prennent pour cible, Vitale Vitturi, l’ancien podestat, fortement détesté par les habitants de Murano. L’événement est peu relaté dans les chroniques, il fait pourtant l’objet d’un procès.  Même absence chez les historiens, qui n’ont fait aucun travail de recherche sur cette révolte des boules de neige, et n’ont d’ailleurs produit que peu de travaux sur le peuple de Murano (les recherches concernant plus volontiers les ateliers de verre présents sur l’île). L’objectif de cet ouvrage est de décrire le peuple de l’île, dans toute sa complexité ; de qualifier l’événement (simple jeu ou manifestation politique) ; de re-politiser enfin l’histoire sociale en montrant que, au-delà de cet événement marquant, les habitants de l’île (et plus largement le peuple) interviennent perpétuellement dans l’espace public et politique.

Les premiers chapitres se concentrent donc sur Murano et ses habitants, les suivants sur le rituel de passation et le procès, les deux derniers chapitres se focalisent enfin sur l’interprétation de ce fait public.

L’auteur présente longuement l’île de Murano, célèbre pour ses ateliers de verre, mais riche d’autres activités comme la pêche, et également connue pour ses magnifiques jardins (de nombreux Vénitiens ont des résidences sur l’île). L’île monopolise la production de verre ce qui fait des propriétaires d’ateliers les plus riches et les plus influents habitants de Murano (ils sont environ 20 en 1510). La catégorie des verriers recoupent pourtant des réalités sociales diverses : propriétaires, maîtres d’un four, travailleurs qualifiés (souffleurs, tisseur…), travailleurs non qualifiés, apprentis (dès 8 ans), domestiques. A noter que les femmes travaillent dans les ateliers, parfois comme patronnes à la mort de leur mari. Socialement, l’île est comme découpée en deux : au nord, les pêcheurs (plus pauvres), au sud, les verriers. Entre les deux un profond antagonisme, mais une union instinctive en cas de conflit avec Venise. L’île est un espace restreint, où tout le monde se connait et où peu d’étrangers sont admis (notamment par crainte de voir le savoir-faire des verriers copié par des étrangers).

Murano dépend de Venise et forme avec elle une communauté politique. Cet espace politique s’impose sur l’île par différents biais : la proximité visuelle, sonore et olfactive crée un espace commun entre Venise et Murano. Leur espace maritime est également un espace partagé pour le meilleur (le commerce) et pour le pire (précarité de l’environnement perturbé par des tempêtes, par la montée des eaux et à l’inverse par l’ensablement). L’auteur parle de communauté du risque qui fait que Murano dépend de Venise pour tout ce qui touche à l’entretien de la cité. Le commerce dont tire profit aussi bien Venise que Murano renforce ce sentiment de communauté, et permet à la première d’imposer plus facilement ses règlements ou ses taxes. Le podestat est le représentant de Venise sur la petite île, sorte d’autorité double fortement paternaliste : élu pour 16 mois, il n’est pas de Murano et appartient à la classe nobiliaire vénitienne bien qu’il soit également le représentant d’une autorité publique. Il est chargé de défendre les intérêts de la Sérénissime, d’assurer les liens entre Murano et Venise et enfin de gérer les conflits locaux.  Murano appartient bien à l’espace politique de Venise, même si elle dispose d’une relative autonomie, puisqu’elle possède ses propres institutions et ses propres lois.

Les institutions propres à l’île ont d’abord été le concio, sorte d’assemblée générale dont le pouvoir était uniquement délibératif. Cette assemblée est remplacée à partir du XVIe siècle par un conseil des 30, composé de citoyens, dont le statut apparaît au siècle précédent. Ce statut fortement lié au travail manuel (verrerie ou pêcherie), permet à des habitants de l’île de participer au sein des conseils au vote et à la délibération des lois, en collaboration avec le podestat. Ceux qui forment le conseil sont élus pour cinq ans et appartiennent aux familles les plus influentes de l’île. Au sein du conseil, cinq magistrats sont élus et forment le banco qui assiste le podestat. Parmi ces cinq magistrats, on trouve deux juges (justice pénale), deux justiciers (justice civile) et un carmerlingue (trésorier). D’autres habitants de l’île peuvent exercer des missions spécifiques : c’est le cas des deux procurateurs de l’église, des quatre députés pour les besoins de la terre et de l’intendant à l’entrepôt de la farine. Enfin plusieurs officiers assistent ce gouvernement : un chancelier (vénitien), le crieur publique (de Murano) et le cavalier (sorte de gendarme de l’île, venu de Venise). L’exercice du pouvoir est donc supervisé par le podestat, mais il est parfois porté par des habitants de l’île. Cette relation de soumission et d’autonomie est d’ailleurs rappelée à chaque cérémonie de passation. L’existence de cette communauté de l’île est également perceptible quand il y a des réparations à faire sur l’île (car chacun est appelé à participer financièrement en fonction de ses moyens) et d’autres instances participent et incarnent cette culture collective comme les guildes ou les confréries.

Après avoir présenté le contexte de son étude, l’auteur s’intéresse à présent à ce qui s’est passé le 27 janvier 1511 et au procès qui a suivi.

La cérémonie de passation de pouvoir entre les deux podestat s’appelle l’intrar : fortement ritualisée, elle est l’occasion de mettre en scène (pour mieux le légitimer) la société et l’espace politique et prend toute sa place dans l’année cérémonielle, de la même manière que les autres cérémonies officielles, religieuses, politiques, populaires ou d’inspiration païennes. Elle obéit à des codes très stricts : transmission du bâton de commandeur, accompagnement de l’ancien podestat par le nouveau et ses officiers jusqu’à sa barque, clameur du peuple réuni sur la place, etc… Lors du procès dix témoins vont faire le récit de l’intrar du 27 janvier 1511, ce qui permet à l’auteur d’établir comment et à quel moment le rituel a été rompu. Des boules de neige ont été jetées sur l’ancien podestat, la cloche a été actionnée à un moment inopportun, des rires, des cris et des chants hostiles ont remplacés la clameur attendue du public, l’ancien podestat a dû quitter Murano sans l’ensemble des officiers qui devaient le raccompagner et il a été dans l’incapacité de prendre l’itinéraire prévu (de peur d’essuyer d’autres jets de boules de neige). Même si l’ampleur des protestations reste limitée (notamment en comparaison avec des révoltes plus violentes ailleurs en Italie), l’événement est jugé suffisamment grave pour nécessiter un procès. Immédiatement se pose en effet la question de savoir s’il s’agit d’un jeu, d’une protestation contre un gouvernant (Vitturi) ou contre Venise.

D’autant que la conjoncture au moment des événements n’est pas bonne. L’Italie est en guerre depuis 1494 et les conséquences pour sa population sont de plus en plus lourdes et engendrent du mécontentement. La mobilisation des hommes au combat, y compris des verriers, perturbent le commerce de même que les réquisitions et les taxes. La proximité du combat draine un flux d’étrangers qui fuient les combats et s’installent sur Murano, occasionne des troubles (intrusion de soldats armés souvent propice aux débordements), augmente les faits de contrebande et nuit à l’équilibre entre Venise et Murano. A cela s’ajoute un hiver rigoureux en 1510-1511, qui a ralenti plus encore le commerce et a amené maladies et épidémies. L’intrar a souvent été l’occasion d’exprimer un mécontentement ou des doléances, le fait que celui de janvier 1511 se déroule en plein carnaval, fête du déguisement, des renversements sociaux et de la contestation « contrôlée », amplifie ce phénomène. Enfin la personnalité même de Vitale Vitturi aggrave l’exaspération du peuple. Fortement impopulaire à cause des impôts, certains l’accusent d’avoir fait payer à la communauté certains de ses frais personnels (son salaire versé par Venise ayant été réduit pour cause de guerre).

Cet événement va donner lieu à l’organisation d’un procès, tenu à Venise. Murano dispose de ses propres tribunaux, mais uniquement pour juger des litiges locaux, tous les procès concernant les contentieux entre l’autorité de Venise et ses sujets sont jugés à Venise. A cette époque, la justice combine droit vénitien et règlements locaux. Beaucoup de jugements se font « par compromis », mais pour les affaires les plus graves le tribunal siège, deux fois par semaine et il se compose de deux juges et du podestat. Les Muranais sont condamnés pour vol, injure, bagarre ou blasphème, à des peines allant de quelques sous, à des jours de prison, parfois avec flagellation. La punition la plus grave est le bannissement. Les habitants sont donc familiers avec l’exercice de la justice. La loi en vigueur à Murano est conforme au statut général de Venise, établi en 1242, mais elle intègre des statuts locaux encadrant certaines pratiques sociales. Ces statuts ont été réécrits en 1502, soit huit ans avant la révolte. Ils sont divisés en quatre livres : Des Ordres (cadre institutionnel du gouvernement de Murano), Du Civil (administration de l’île), du Pénal (ordre public), De la confirmation des Statuts (revient sur le déroulement des négociations). Contrairement aux autres cités, les statuts de Murano ne comblent pas la jurisprudence de Venise (pour des cas non-prévus par elle), mais l’inverse. Le cavalier, assisté d’officiers, a la charge de faire respecter cette loi, il contrôle les armes, veille à la sécurité (surtout la nuit), arrête et interpelle les accusés, lutte contre la contrebande.

Le 4 février 1511, dix témoins sont auditionnés par les trois juges saisis de l’affaire de Murano. Leur audition débouche sur l’arrestation de six accusés. Quatre citoyens sont ensuite interrogés ce qui provoque un nouvel interrogatoire des accusés, cette fois sous la torture. Le jugement est rendu le 10 avril de la même année et l’ensemble de la procédure a été consigné dans un document conservé aux archives de Venise, un texte probablement remanié et réécrit en vue de remettre en ordre le récit du procès et de garantir sa valeur performative. La parole des accusés est transformée en permanence : par les juges qui la réécrivent ou la résument, par les secrétaires qui l’altèrent en retranscrivant à l’écrit les témoignages oraux. Pour l’auteur, il s’agit d’une source précieuse qui, malgré toutes ses limites, permet d’entendre la voix des accusés.

Mais qui sont les six accusés de Murano ? En premier lieu, le crieur public, Antonio Malcanton, est désigné par les dix témoins, et il retient à lui seul toute l’attention du tribunal. Suivent sur la liste des accusés : Jacopo Cagnato, pêcheur ou maraîcher ; Zuan Dall’Aqua et son frère Andrea, tisseurs dans les ateliers de verre, Pietro et Bernardin Bigaia, pêcheurs. Le crieur est le premier interrogé, mais tous incriminent les enfants qui ce jour-là se jettent des boules de neige et crient quelques injures. Antonio Malcanton demande l’audition de plusieurs autres témoins, dont Sebastiano Bellencito (le seul retenu par le tribunal), l’un des deux justiciers en fonction durant le mandat de Vitturi. Ce dernier confirme la version du crieur, sans visiblement convaincre les juges. La présence du crieur parmi les accusés n’est pas anodine: le crieur dans l’Occident médiéval est une figure publique et juridique qui proclame les règlements, cite à comparaître les habitants et avertit des sentences. Il participe également à la défense du territoire, au nettoyage des rues, à l’ouverture et à la fermeture des portes de la ville. Et surtout, dans cette affaire des boules de neige, il est ordonnateur des rituels publics, ce qui fait de lui l’organisateur direct de l’intrar et peut-être de la révolte. Malcanton a été batelier de Vitturi avant d’être nommé à vie crieur. C’est un ancien vendeur de fruits et de légumes, qui commence sa carrière d’assistant crieur à 27 ans, quelques années avant la révolte (environ 2 ans). La passation de pouvoir de janvier 1511 est sa première grande cérémonie où il doit officier seul. Il apparaît inexpérimenté pour contrôler la foule, ce qui est pourtant son rôle (même s’il est seul ce jour-là, le cavalier étant mystérieusement absent).

Malcanton est ainsi accusé d’avoir orchestré la révolte. Mais pas seulement. Durant l’audition des témoins, un nouvel élément apparaît : un prêtre a demandé réparation à l’ancien podestat en pleine cérémonie de l’intrar. Le crieur a accédé à la demande du prêtre, ce qui visiblement n’a pas plu au podestat et a choqué certains patriciens présents. Le prêtre a profité de ce moment où Vitturi n’est plus recteur mais est encore sur l’île pour lui demander le paiement de la sépulture de sa femme (!). Le crieur a semble-t-il fait le mauvais choix en suivant le prêtre et a agi de façon scandaleuse envers l’ancien podestat. Cependant malgré cet élément nouveau, Malcanton est libéré après son interrogatoire et échappe ainsi au second interrogatoire sous la torture (contrairement aux cinq autres). Le nouveau podestat, Suriano, est intervenu en sa faveur.

Après l’analyse de l’identité des accusés, l’auteure cherche à comprendre la signification de l’évènement, tel qu’il est reflété dans le procès. Derrière la révolte des boules de neige se cache deux violations de l’ordre public. Les cris, les chants et les jets de neige font parti d’un geste collectif de protestation. A cela s’ajoute le geste individuel du crieur qui rompt le rituel pour accéder à la demande du prêtre. Ces deux gestes expriment une critique de l’ordre politique, manifestent un attachement à des valeurs, et plus largement font état d’une culture politique. Reste à savoir laquelle?

Le détournement du rituel a pris plusieurs formes : spatiale tout d’abord puisque les jeteurs de boules de neige n’ont pas respecté la solennité du lieu, sonore car les cris et les chants ont pris la place des ovations, gestuelle enfin puisque cette bataille de boules de neige a mis à mal la hiérarchie sociale. D’après l’auteur, l’approche traditionnelle des historiens face à ce genre d’événement s’est toujours distingué en deux mouvements : ceux qui y voient un simple charivari où les acteurs reprennent des codes connus du carnaval pour les renverser mais sans avoir d’intention politique claire et ceux qui y voient un désordre incontrôlé, irrationnel, qui n’a pas été préparé et n’a même pas été pensé. Dans les deux cas, les historiens, se basant sur des sources écrites (dont l’auteur a bien montré qu’elles avaient régularisées un discours oral), ôtent à ces manifestation populaires tout caractère politique. Pourtant cet événement du 27 janvier 1511 n’est ni un renversement codifié, ni une réaction irrationnelle, au contraire il y a dans les gestes de cette foule quelque chose qui est de l’ordre de l’intention politique.

Les habitants de Murano participent de plusieurs manières à la configuration de l’espace politique et social de l’île. En premier lieu, via les confréries et les guildes (notamment celle des verriers). Les confréries évaluent l’action du podestat et contrôlent la violence des habitants (elles peuvent en convoquer certains, en condamner d’autres pour apaiser les querelles sur l’île). Les associations veillent quant à elle au bon exercice de leur métier et, pour le cas des gondoliers, à ce que leur nombre soit limité et leur recrutement fait uniquement par la guilde et non par le podestat. Confréries et associations rappellent dans leur statut leur loyauté (et celle de leurs membres) envers Venise et ils se voient comme un contre-pouvoir ou un espace de négociation entre l’île et Venise (et pas comme des organisations séditieuses). Puis, par l’obtention du statut de citoyen. Celui-ci apparaît à la fin du XVe siècle mais sa mise en place se poursuit tout au long du XVIe siècle par de nombreux remaniements : premier statut de 1502, puis statuts de 1554, dans lesquels, pour être citoyen il faut avoir plus de 25 ans, être né sur l’île d’une union légitime et avoir des biens immobiliers, devant le trop grand nombre de citoyens, un nouveau statut est promulgué en 1602 et le principe d’hérédité est introduit, est citoyen un fils de citoyen). Ce statut donne à certains habitants (les propriétaires notamment) une citoyenneté qui leur permet d’agir directement sur la destinée de l’île. Ces citoyens participent régulièrement à des élections pour élire les conseils et les officiers du Conseil de l’île, mais ils ne sont pas les seuls à pratiquer le vote. Les représentants des guildes sont élus par leurs membres, et les prêtres par leurs paroissiens. De leur participation à l’espace politique naît des idées et des opinions sur leurs dirigeants et notamment sur le plus célèbre d’entre eux, le podestat ainsi qu’une connaissance des mécanismes de l’espace public et politique.

Connaissance qui se révèle dans les détails du procès. L’objectif d’un procès est d’imposer un récit admissible sur un événement, dans le cadre de cette bataille de boules de neige, il apparaît clairement que son objectif est également de maîtriser les discours sur ce qui s’est passé, d’imposer un récit consensuel dans lequel le pouvoir politique resterait intact. Quatre témoins insistent pourtant pour présenter l’événement comme une contestation plus large que la seule personne de Vitturi. D’autres, au contraire, affirment que les accusés n’ont rien fait. La bataille de boules de neige ne visait personne en particulier et surtout pas le podestat. Elle était le fait de quelques enfants chahuteurs, certains témoins affirment même qu’elle a débuté avant l’arrivée de podestat et s’est poursuivie bien après et a dépassé le seul lieu de l’intrar.

En se justifiant de la sorte, ces témoins ou ces accusés montrent à quel point ils connaissent les codes et maîtrisent les stratégies politiques pour produire un discours acceptable par le tribunal, à savoir la lecture d’un simple charivari, un jeu d’enfants. Ils sont encouragés par les juges, qui préfèrent de très loin leur version à celle des quatre premiers témoins. Dès lors, l’auteur affirme qu’en analysant leurs discours de justification, l’historien peut mesurer leur connaissance du politique et peut aussi comprendre quelle stratégie est mise en place à Venise pour garantir le calme apparent de la cité. Stratégie qui prend effet dans l’acquittement des six accusés.

Dans sa conclusion, l’auteur revient sur les thèses défendues dans son analyse : tant qu’il n’y a pas de discours sur la révolte il n’y a pas de révolte. Et pourtant les sources du procès, pour peu qu’on s’intéresse aux discours de justification des accusés révèlent une connaissance et une maîtrise des codes du politique. Maîtrise qui se retrouve dans la participation des habitants de l’île à la configuration politique et social de l’île, certes selon les modalités prévues par les élites, mais participation néanmoins.

Détail de la fresque de Janvier au Castella Buonconsiglio, vers 1405-1410.

Une lecture passionnante qui permet de suivre pas à pas la démarche d’un historien quand il cherche à analyser un événement : contexte, personnages, symbolisme, tout un panel d’approches qui permet de circonscrire l’événement et le faire parler.

Peut-être parce qu’il s’agit d’une étude qui s’inscrit dans le champ de l’histoire sociale, mais encore une fois j’ai l’impression en lisant cet essai que le savoir se construit peu à peu, étape par étape pour arriver à la conclusion finale qui donne tout son sens à la démonstration. Une démarche qui jure avec certains écrits qui impose leur thèse dès le départ et la développe ensuite. Claire Judde de Larivière donne l’impression d’avancer lentement (j’ai même parfois l’impression que l’auteure enfonçait des portes ouvertes), mais surprend à chaque fois par la justesse de l’analyse finale, notamment sur le comportement que doit adopter l’historien face aux discours de justification d’accusés.

Pour finir, j’ai été surprise que l’auteure se permette d’avoir une approche sensorielle de son sujet d’étude : les liens entre Venise et Murano sont en effet étudiés au regard de leur proximité visuelle, olfactive et sonore. Une approche surprenante pour moi mais intrigante. Et en effet, on peut se demander en quoi nos sens influent sur la perception que nous avons d’un lieu, d’un événement.

 

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