The Fifth Estate de Bill Condon

Le titre du film donne en partie une idée de sa thèse : les réseaux type Wikileak, parce qu’ils permettent le partage immédiat de documents classés (tout en protégeant leur source), sonnent le glas des média traditionnels (presse notamment), se révélant alors comme ce cinquième pouvoir capable de redéfinir les contours de nos démocraties. Voici donc l’histoire de Julian Assange, créateur de Wikileak, que le film présente comme le nouveau chapitre des relations entre les dirigeants et ceux qu’ils dirigent. Une rééquilibrage nécessaire pour redonner (enfin) aux masses le pouvoir de contrôler leur élus par une absolue et inconditionnelle transparence. 

Sauf que la transparence c’est bien jolie, mais faut pas en abuser non plus. Épousant le point de vue d’un co-fondateur de Wikileak (et premier collaborateur de Julian Assange), le film présente rapidement ce dernier comme un radical dangereux, imbu de sa personne et cherchant avant tout la gloire quitte à mettre en danger ses sources (pourtant l’un des principes fondateurs de la plateforme). De ce fait découle une première constatation : si des hommes radicaux sont nécessaires pour provoquer une rupture, il est aussi nécessaire de les brider. D’une part parce que leur intransigeance, précieuse pour faire bouger les choses, devient rapidement problématique, d’autre part parce qu’une fois la rupture engagée, le reste suit naturellement, toute action supplémentaire pourrait entraîner une trop forte radicalisation. La révolution est lancée, il faut maintenant l’enterrer. 🙂

Deuxième constatation (qui découle de la première) : qui va brider Assange ? Réponse : les médias eux-mêmes. Non par jalousie, mais parce que la transparence absolue est dangereuse, il faut donc en mesurer les effets avant de tout diffuser. Et là tu pleures. Assange veut continuer à diffuser ses informations, y compris celles classées secret défense. Se pose alors la question de savoir si ces informations doivent être éditées (pour enlever les noms des personnes incriminées, position des médias traditionnels), ou diffusées dans leur état (position de Julian Assange).

Le film choisit la position des médias traditionnels : des scènes dégoulinantes de bon sentiment nous montre les méfaits de la diffusion de certaines informations sur des contacts américains dans les pays arabes. Assange devient un dangereux mégalomane et les médias traditionnels (The Guardian notamment) apparaissent alors comme les garde-fous de Wikileak, au nom de leur déontologie…

Et là tu vas vomir. Déontologiques, les médias de presse ? Première nouvelle. Récupérateurs, corrompus, sensationnalistes quand ça les arrange, férus de responsabilité quand il faut protéger les milieux économiques et / ou politiques ; moins responsables quand il s’agit du bas-peuple.

Le comble est atteint en fin de film quand, dans un dispositif pervers, Julian Assange, toujours joué par B. Cumberbatch, répond aux accusations du film sur les personnes qu’il aurait mis en danger, sur le livre écrit par son co-fondateur et sur le viol dont il a été accusé. Bizarre que le réalisateur n’ait pas demandé à Assange de se défendre lui-même. Étrange de faire jouer cette partie par un acteur. Révélateur de ce film conservateur qui, sous couvert de nous montrer l’apport d’un homme, en détourne tous les principes.

Dispositif final ou comment Julian Assange peut se défendre ?

 

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