La Vie des elfes de Muriel Barbery

Troisième roman de la star saint-loise et pour ma part le deuxième que je lis d’elle. J’avais ressenti à la lecture de son précédent roman une certaine forme de snobisme. J’abordais donc celui-ci avec circonspection et le début du récit confirma mes craintes tant il est laborieux. Je n’ai que peu de choses à dire sur l’histoire racontée dans ce roman, celle de deux jeunes filles séparées à la naissance, de descendance elfique et qui vont unir les hommes pour combattre les forces magiques du mal. Il semble en effet que la fin de cette Vie des elfes appelle une suite, difficile donc d’émettre un quelconque avis sur cette histoire en gestation même si pour l’instant tout cela me parait bien faible comparée à ce que la littérature anglo-saxone a produit sur le monde merveilleux et fantastique des fées.

Dans ce contexte, Muriel Barbery arrive bien tard et ne soutient pas la comparaison avec ce que J.R.R Tolkien, C.S Lewis, Terry Pratchett, John Crowley et Neil Gaiman ont fait bien avant elle. Y compris dans le vaste domaine de la littérature de jeunesse (qui connait quand même bon nombre de médiocres productions), des écrivains comme Philip Pullman, Fabrice Colin et dans une moindre mesure Eoin Colfer ont depuis longtemps écrit (avec talent) sur les relations entre le monde des hommes et celui des fées. Et je ne parle pas des auteurs de bandes dessinées… même si je vais le faire quand même car beaucoup d’entre eux ont tout à fait leur place aux côtés des grands écrivains de fantaisie (je pense notamment au cycle de Sandman, ou, dans une moindre mesure, à celui de La Graine de folie, et, même s’il ne s’agit pas à proprement parler de fées mais de fantasy, au cycle de Chninkel). Le terrain est donc déjà miné et hélas Muriel Barbéry ne le traverse pas sans encombre.

En premier lieu parce que pour écrire sur les fées, il faut y croire au minimum ou du moins croire en leur pouvoir imaginaire. Et surtout écrire sur les fées, c’est avant tout écrire sur les hommes, sur leur capacité à rêver et à dépasser la banalité de leur condition par des projections fantasmées. A lire Muriel Barbéry, on suit certes une histoire d’elfes, mais une histoire à ras-de-terre, sans onirisme. Je n’ai jamais senti le souffle de l’imaginaire dans ses créatures qu’elle fait pourtant avancer avec le vent. Je n’ai pas compris à la lire pourquoi elle s’intéresse à ces deux enfants elfes, pourquoi elle s’intéresse à la fantaisie et je pense sincèrement qu’elle n’est pas à sa place dans ce domaine de la fantaisie.

Enfin, et cela explique pourquoi le début du roman a été à ce point pénible pour moi, l’auteure tente de faire du style en multipliant les métaphores et les figures littéraires, notamment dans les premiers chapitres de son récit (elle se calme ensuite). Cela révèle à quel point elle ne maîtrise pas aussi bien l’écriture stylistique : ses phrases sont boursouflées, frôlent souvent le ridicule tellement son obsession métaphorique est pesante. Un style lourd ajouté à un propos qui s’enlise dans des considérations navrantes sur les espaces ruraux et j’ai bien failli abandonner la lecture au bout de quelques chapitres.

Et j’en arrive à mon dernier point : la fascination de l’auteure pour la « simplicité » de la vie rurale. A force de lire ses propos sur le bien-fondé de la culture rurale, sur la vérité du labeur quotidien et sur la simplicité des croyances rustiques, j’ai eu l’impression de lire Petain et son fameux « La terre, elle, ne ment pas ». Tant de complaisance béate sur la modestie des populations rurales me laisse songeuse.

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