Vikings (saison 3) de Michael Hirst

Ragnar Lothbrok (Travis Fimmel) est devenu le roi Ragnar, et Lagartha (Katheryn Winnick), son ex-femme, est elle devenue Jarl. Ensemble, à la tête d’une troupe de plus en plus conséquente, ils nourrissent à présent un rêve : installer une colonie dans cette terre fertile et prometteuse qu’est l’Angleterre. Mais pour cela, il faut s’allier avec le roi du Wessex, Ecbert (Linus Roache), qui lui aussi a de grandes ambitions (régner un jour sur toute l’Angleterre et léguer un trône solide à son fils) et compte bien utiliser ces féroces guerriers du nord pour les réaliser. Or, parmi les Vikings eux-mêmes, la jalousie du frère de Ragnar, Rollo (Clive Standen), et le ressentiment de Floki (Gustaf Skarsgard), l’artisan-mystique, qui en veut à Ragnar d’être trop proche du prêtre Athelstan (George Blagden), grandissent tandis que l’homme de confiance de Lagartha, Kalf, nourrit lui aussi des ambitions personnelles… Trahisons et dissensions sont donc les ressorts de cette saison.

Alors, il faut bien l’avouer, regarder Vikings, quand on a suivi une valeur d’histoire de la Normandie médiévale avec Claude Lorren, au bout d’un moment, ça vous perturbe le boggan. Pendant les deux premières saisons, j’étais assez enthousiaste face à ce mélange, certes très libre, entre l’historique et le fictionnel. On nous présentait un Ragnar pionnier qui voulait aller vers l’ouest et non plus vers l’est, conduisant ainsi au premier raid viking connu dans l’histoire avec le sac de Lindisfarne en 793, donnant ainsi naissance aux Vikings (au lieu des Varègues), et même si le Ragnar des sagas est plutôt situé au IXe siècle, cela ne me dérangeait pas outre mesure. L’intérêt de la série résidait notamment dans le fait qu’elle donnait à voir qui étaient les Vikings quand ils n’étaient pas dans leurs langskips à conduire leurs raids : comment s’organisait leur vie quotidienne, comment ils vivaient leurs croyances (et à ce titre, le très bel épisode se passant à Uppsala, était vraiment réussi, même si Uppsala est en plaine non loin de Stockholm et non en montagne boisée). Au fur et à mesure de la série, et notamment au cours de la deuxième saison, ces aspects ont été négligés pour privilégier les intrigues, les complots, les ambitions et les retournements scénaristiques de situation.

La saison 3 poursuit malheureusement sur ce cap, et effectivement, ça part complètement à l’ouest. La chronologie devient juste rigolote : donc, finalement, Ragnar est bien le Ragnar que la littérature associe à la prise de Paris en 845. Le type a pris 52 ans dans la tronche entre la première saison et la troisième. Mais ne critiquons pas trop : ça se voit, car maintenant sa barbe est plus longue, il a le crâne rasé et ses tatouages sur le crâne se voient bien plus. Bon par contre, c’est le seul : les autres n’ont pas vieilli. Du coup, on se demande bien pourquoi ils se convertiraient au christianisme, car visiblement leurs dieux les rendent immortels.

Très honnêtement, quand Paris a été mentionné au cours de la saison, et qu’effectivement Ragnar a monté une expédition pour aller l’attaquer, je me forçais à maintenir ma suspension d’incrédulité : ok, bon, en fait c’est juste un petit raid, ce n’est pas le raid connu… et puis paf ! voilà qu’apparaissent Charles le Chauve et le comte Odon, et là, j’en suis resté tout perturbé pendant au moins deux épisodes.

L’autre problème avec cette emphase sur l’empire franc c’est que plus aucun personnage principal n’est en Angleterre. Du coup, toutes les scènes « et pendant ce temps, au royaume du Wessex… », avec papa Ecbert qui veut se taper sa belle-fille paraissent totalement inutiles voire saugrenus. Euh… c’est quoi c’te histoire d’inceste cheulou là ? Rassurez-vous mes bons spectateurs, semble nous dire le créateur de la série, je vous prépare le futur règne du grand Alfred ! Quoiqu’il en soit, Vikings devient une série hors-norme en tant que première série qui propose son spin-off (« Angles & Saxons« ?) directement dans la série elle-même.

Mais surtout, surtout, la série rate complètement son propos. Car la décision monumentale (pardon pour l’anglicisme) que Ragnar prend de se faire baptiser est traitée de la même manière qu’un autre aspect extrêmement intéressant, à savoir la visite du vagabond Harbard : à la va-vite, comme une sorte de péripétie. Or, ces deux épisodes (au sens scénaristique, pas au sens du découpage de la série) auraient pu et dû être au coeur de la saison, car ils interrogent l’identité des Vikings alors qu’ils entrent en contact avec les chrétiens. D’ailleurs le personnage d’Athelstan pose les mêmes enjeux, et ce qu’il advient après son assassinat affaiblit considérablement sa trajectoire pendant la saison (sa redécouverte de la foi chrétienne n’est ni expliquée, ni comprise, ni véritablement traitée). En fait, aux yeux des scénaristes, elle n’a de sens que parce qu’elle dresse Ragnar contre Floki. Il en va de même pour le destin de Ragnar. Il décide de se faire baptiser car il est mourant et veut rejoindre son ami au Paradis. C’est faire fi de toutes les autres raisons pour lesquelles un chef, un roi viking pourrait se faire baptiser. C’est réduire une situation politique, religieuse, culturelle à une explication mono-causale extrêmement simpliste. Pire encore : la ruse qui suit vient réduire cette décision à un simple mensonge et, en termes émotionnels pour le spectateur, elle fait de la mort de Ragnar un simple procédé scénaristique avec lequel les auteurs se sont amusés à nous manipuler. En un mot : c’est cheap. C’est d’autant plus regrettable qu’une scène nous laisse entrevoir ce qu’aurait pu donner une exploration plus poussée de ces aspects : lorsque les Vikings amènent le cercueil de Ragnar qui est ensuite pris en charge par les prêtres chrétiens. Il y a là un visuel qui aurait pu être formidable. Mais non.

Quand le spectateur, à l’instar de l’évêque, ne comprend pas.

Alors sur quoi la série se concentre-t-elle ? On sent bien que le créateur de la série retombe de plus en plus dans ses vieux démons, à savoir le cul et la baston. Ainsi Odon est-il sado-maso : ok, pourquoi pas, mais à quoi ça sert ? Le clou du spectacle (et du cercueil dans lequel la série s’enferme elle-même) est évidemment le siège de Paris. Car qui dit Vikings dit batailles (il y en a de plus en plus). Comment ça vous avez dit cliché ? Evidemment cet aspect est renforcé par la perception qu’en ont les Francs : les Vikings, en fait, faut pas chercher à en faire des agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, artisans, des hommes spirituels. Non, non, les Vikings, c’étaient des gros bourrins. Or, tout l’intérêt de cette série (proposée par la chaine « History » quand même) était de venir au moins interroger les clichés.

Bon point néanmoins pour la volonté de nous faire entendre les langues : de temps en temps, pour qu’on se souvienne que tout le monde ne parle pas anglais aux VIIIe-IXe siècles, Ecbert parle en vieil anglais (voire en saxon ?), et les Francs parlent le franc (première fois que je l’entends, et du coup je n’ai aucune idée de la valeur de ce que j’ai entendu)… sauf lorsque, soudainement, la princesse Gisla (Gisèle) se met à déclamer en vieux français… Mais sans doute est-ce là la manière de nous dire que le temps va encore s’accélérer et que cette Gisla n’est autre que la fille de Charles le Simple (et non Charles le Chauve) celle qui a va épouser Rollo.

Et donc, la saison 4 aura lieu en 911…

Pfff… soupir.

Rollo, c’est-à-dire Hrolf le Marcheur, premier comte de Normandie, avait donc environ 20-30 ans en 793… (Cela dit, il a vraiment la tête du Rollon que j’imaginais !)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s