True Detective (saison 2) de Nic Pizzolatto

La deuxième saison tant attendue de True Detective. Une attente en partie déjouée par le créateur de la série, puisqu’il a fait le choix, tout en gardant le nom emblématique de cette dernière, de changer complètement de cadre et de personnages. Fini le bayou et la chaleur moite de la Nouvelle Orléans, bienvenue dans le périurbain industriel déserté de Los Angeles pour une enquête moins mystique (et donc moins psychologique), plus classique dans ses thèmes (mafia, jeux, drogue, prostituées et son cortège de connivences entre les représentants de l’Etat, la police et les bandes mafieuses), et beaucoup plus violente. Bienvenue donc dans la ville fictive de Vinci (inspirée probablement par la ville bien réelle de Vernon), une ville industrielle qui semble vivre dans l’ombre de sa prestigieuse voisine.

Quatre personnages occupent le devant de la scène. L’inspecteur Ray Velcoro (Colin Farrell) qui travaille pour la ville de Vinci ; il est proche du maire de la ville et s’est compromis dans de nombreuses affaires, notamment avec Frank Semyon (Vince Vaughn). Ce dernier est un ancien propriétaire de clubs, ayant fait sa fortune dans les jeux, la drogue et les prostituées mais cherchant à présent à devenir « clean » en investissant son argent dans des projets publics d’urbanisme. Any Bezzerides (Rachel McAdams) est inspecteur au service du shérif du comté, une personne intègre, contrairement à Ray, mais qui comme lui traîne un lourd passif notamment familial. Vient, pour compléter ce tableau, le personnage de Paul Woodrugh (Taylor Kitsch),  officier de police à la brigade routière de Californie, un vétéran d’Irak et accessoirement homosexuel refoulé.

L’auteur utilise ces quatre personnages pour tisser une intrigue pas aussi compliquée que certains l’ont dit. L’histoire débute par la disparition de Caspere, un associé de Frank, qui devait l’introduire dans les milieux d’affaires de Vinci et à qui il a donné toutes ses épargnes pour monnayer cette entrée. Frank demande à Ray d’enquêter sur sa disparition, mais avant même que l’inspecteur n’ait commencé son travail, le corps de Caspere est retrouvé sur un parking. S’ensuit une rivalité entre la police de Vinci qui charge Ray de trouver le meurtrier avant les autres pour étouffer l’affaire (Caspere étant lié à un nombre incroyable d’affaires dans la ville), le shérif qui charge Any de mener l’enquête pour certes trouver le meurtrier mais surtout surveiller Ray et mettre à jour les méthodes peu orthodoxes de la police locale, et le FBI qui charge Paul de suivre l’enquête et de glaner des informations sur la corruption rampante au sein de Vinci. Parallèlement à cette bataille de police, sur le front des gangsters, le meurtre fait des remouds. Frank est persuadé que le meurtre est lié au milieu et que quelqu’un a cherché à mettre la main sur son argent pour le mettre hors du jeu. Il demande donc à Ray de lui donner toutes les infos glanées pendant l’enquête. Pour rester dans la course, il reprend contact avec ses anciens associés pour reconstituer son pactole, une manœuvre qui le ramène dans les intrigues du milieu et bouleverse un équilibre bien fragile entre les clans.

Globalement une saison 2 qui souffre de sa comparaison avec la saison 1. Beaucoup moins bavarde, beaucoup moins psychologique, la saison 2 de True Detective semble verser dans une violence gratuite, un scénario ficelé de manière ubuesque mais finalement assez simple et une réalisation qui en met parfois plein la vue, au risque de paraître franchement tape-à-l’oeil et frôler l’invraisemblable (je pense notamment à l’énorme scène de fusillade à la fin de l’épisode 4 et son cortège de victimes civiles). La réalisation de la saison 1 avait été confiée à un seul réalisateur, Cary Joji Fukunaga. Celle de la saison 2 a été confiée à pas moins de 6 réalisateurs différents (sur 8 épisodes) et très logiquement ça se voit à l’écran. L’ensemble de la saison est moins cohérente en terme de réalisation, plus versatile (certains épisodes sont bons, d’autres moins, ce qui donne toujours une médiocre impression sur la série).

Maintenant si on fait l’effort de ne pas la comparer avec la précédente (et à Twin Peaks parce que cette saison 2 lorgne énormément sur la série de David Lynch), on peut admettre que cette saison de True Detective est franchement pas mal malgré ses défauts. Et malheureusement il y en a. Personnellement, je trouve que Vince Vaughn n’est pas bon dans le rôle de Frank, alors que le personnage est finalement très intéressant. Mais Vaughn n’arrive pas à le rendre inquiétant, n’arrive pas à le jouer comme quelqu’un de finalement intègre, une intégrité de gangster, certes, mais son ambition de ne pas être finir comme son père, de devenir « legit« , sa loyauté vis-à-vis de Frank et son amour sincère pour sa compagne (mais que de scènes ratées !) lui donnent une profondeur inattendue.  Il est le personnage qui subit depuis le début, celui qui est un dommage collatéral du premier meurtre et qui est obligé de se replonger dans les affaires pour se relancer. Le thème n’est pas nouveau, mais toujours passionnant dans ce qu’il dit du rêve américain. Malheureusement Vaughn n’est pas à la hauteur du personnage et on est souvent désolé de le voir littéralement bousiller une scène par son jeu monolithique.

Rachel McAdams n’est pas extraordinaire non plus. Elle surjoue la flic dure qui a un lourd passif derrière elle. Son côté viril, notamment quand elle gère ses nombreuses conquêtes, manquait souvent de subtilité et sombrait dans la caricature.

Reste Colin Farrell qui sauve l’ensemble. Il sait parfaitement jouer ce personnage attachant mais violent, fragile (notamment sur la question de sa paternité) et endurant malgré les coups qu’il reçoit. Il y a plusieurs scènes où il est vraiment flippant, presque bestial, mais de le retrouver à sa table dans cet improbable bar et son unique chanteuse aux sons d’une guitare électrique aux cris déchirants (clin d’oeil appuyé à Twin Peaks) le rend encore plus humain. Il est le seul acteur à la hauteur du scénario et de cette ambiance nauséabonde.

Ces trois personnages sont les plus marquants, et naviguent dans cette ville aux rues désertes filmées à ras de bitume écrasé par la chaleur, aux nuits glauques où les ténèbres deviennent poisseuses. La série lorgne, donc, sur Lynch, et les références sont nombreuses de même que les thèmes : prostitution, drogue, corruption. Les notables sont pourris jusqu’à la moelle et gangrènent la société ; la police n’est que le jouet de leurs ambitions. Tout le monde porte un masque. C’est d’ailleurs dans cette évocation d’un inconscient collectif où des figures totémiques structurent notre psychologie que la série filtre avec le surnaturel qui cherche à s’incarner dans la réalité. La force du scénario se situe là, dans cette évocation d’un passé proche et pourtant tellement éloigné des sixties et seventies lorsque de nombreux personnages tentaient d’explorer les sombres recoins de leur inconscient dans la mouvance hippie, et en sont sortis dévorés par l’ombre jungienne. En cela, True Detective rappelle le récent Inherent Vice.

Pourtant, malheureusement, hormis peut-être à chaque générique (qui varie selon les épisodes) et lors de la scène de la fête dans la villa, véritable spirale descendante vers l’abysse, la série ne parvient pas à évoquer ce thème avec la force de la terreur d’un David Lynch. En cela, à nouveau, la première saison était bien plus forte.

Au final, cette seconde (deuxième ?) saison est un bon polar, un roman noir plus proche d’Ellroy que de Lynch, plus proche de COPS que du World of Darkness. Ce n’est pas ce qu’on espérait, mais ne boudons pas notre plaisir.

 

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