Suite française de Saul Dibb

J’ai été particulièrement surprise par la bande d’annonce de ce film, au point de me croire atteinte d’Alzheimer. En effet, j’avais lu le roman posthume d’Irène Némirovsky quand il a été publié en 2004, et je n’avais aucun souvenir de cette histoire d’amour entre une jeune française et un soldat allemand. Je me souvenais davantage de la description de l’exode, des difficiles relations avec l’occupant, et surtout de l’incroyable lucidité avec laquelle l’auteur décrivait et commentait des événements dont elle était contemporaine. Un rapide passage sur Wikipedia m’a permise de soulager mon éventuelle crainte pour ma santé : le roman inachevé d’Irène Némirovsky (elle est déportée en 1942 parce que juive), tel qu’il a été publié par les éditions Denoël, comprenait en fait trois parties, trois romans que l’auteur avait écrit sur les cinq prévus. Le premier Tempête en juin décrivait l’exode, Dolce s’intéressait à la vie dans une petite bourgade de province, Bussy, et décrivait effectivement l’attirance d’une jeune française pour un soldat allemand, le dernier Captivité s’intéressait au parcours d’un des personnages, Benoit, alors qu’il allait rejoindre la Résistance à Paris. Dès lors, je me souviens surtout du premier et quant à Dolce je me souviens parfaitement de la dernière scène où l’auteur décrit les soldats allemands faisant la fête une dernière fois avant de rejoindre le front de l’Est où, elle le dit dès 1942, ils pensent trouver la mort.  L’auteur y voit même le tournant de la guerre.

Donc. Suite française n’est que l’adaptation du deuxième roman, Dolce, avec un intérêt très appuyé sur l’histoire d’amour entre Lucile, la Française (Michelle Williams) et Bruno, le soldat allemand (Matthias Schoenaerts) et en omettant tout le reste et notamment le point de vue de l’auteur sur la guerre, les compromissions, etc. Ça part mal…

… et ça ne va pas en s’améliorant. Pour survivre à ce film, il faut soit n’avoir pas lu les romans de Némirovsky (argh!) soit ne plus s’en souvenir (mais je me souviens encore de cette magnifique scène dans le château avant le départ des allemands, re-argh!) soit faire abstraction volontairement du livre et ne se concentrer que sur cette histoire d’amour sur fond d’occupation allemande. (Note de Mathieu : même en n’ayant pas lu le roman, on ne survit pas au film.)

Et là re-re-argh! Parce que même ça, c’est naze. On a l’impression de voir un film qui fait semblant, genre « on va faire une scène d’exode, bon après on va faire une scène avec l’arrivée des Allemands, ensuite il faudrait une scène avec du marché noir, une scène avec un collabo, etc, etc ». Tout parait faux, engoncé dans une historicité de façade, la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation ne servant ici qu’à éventuellement compliquer une histoire d’amour qui autrement n’aurait aucun intérêt. Et d’ailleurs malgré tout l’habillage historique, cette histoire d’amour telle qu’elle est mise en scène est navrante et sans intérêt.

Avec une forte dose d’humour, on pourrait éventuellement apprécier ici la capacité des scénaristes et du réalisateur à enlever tout ce qui était intéressant dans un roman, pour ne garder que le clinquant et en faire quand même un mauvais film par une mise en scène insipide.

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