Fragonard amoureux galant et libertin au Musée du Luxembourg

Exposition présentée au Musée du Luxembourg jusqu’en janvier 2016 et consacrée à Jean-Honoré Fragonard (1732 – 1806).

Dans l’introduction, l’objectif de l’exposition est énoncé assez clairement : montrer que le peintre a été le chantre du sentiment amoureux et que, ce faisant, il suit les préoccupations de son époque pour la subjectivité et l’expérience sensuelle, passant de l’exploration du plus parfait libertinage à la promotion d’un lien amoureux plus sincère, préfigurant, selon les organisateurs, l’avènement du romantisme.

Sous la direction de son professeur, le peintre François Boucher, Fragonard s’adonne à la peinture galante, même si, aux dires des commissaires de l’exposition, un souffle plus charnel se fait sentir sur ses productions contrairement à celles de son maître. Les quelques exemples présentés dans l’exposition ne m’ont hélas pas permis de bien saisir cette particularité. Toujours sous l’influence de Boucher, Fragonard s’essaie à la peinture mythologique, en y apportant toujours quelque de chose de plus licencieux. Cette fois, le peintre semble rendre plus « robuste » sa peinture des antiques. Soit.

Jean Honoré Fragonard, Les Hasards heureux de l’escarpolette

Deux veines s’illustrent en France dans les années 1770 : la veine roturière et celle plus sentimentale. Fragonard s’inscrit dans les deux, même si au regard de la profusion d’œuvres dites libertines, le seul tableau sentimental, Le Pâtre jouant de la flûte, fait plutôt figure d’exception. La voie est donc tracée pour Fragonard : illustrateurs des contes libertins, peintures libertines voire pornographiques, imagerie licencieuse, jusqu’au fameux « je peindrais avec mon cul ». Il apparaît alors que le peintre se contente de suivre les modes, fortement axées à cette époque sur la peinture des plaisirs et qu’il en fait un commerce lucratif.

           

La dévaluation des valeurs du libertinage entraîne la volte-face de l’artiste. Retour de la galanterie (avec au passage des emprunts à Watteau), et même promotion de l’amour moralisé et du mariage. De l’association problématique et irrespectueuse entre Le Verrou et une toile religieuse pour le compte du Marquis de Véri, Fragonard construit une oeuvre plus moralisante en ajoutant au premier tableau, L’Armoire (où les mêmes amants sont surpris par un tiers) et Le Contrat (où ils régularisent leur situation par la signature d’un contrat de mariage).

Les deux dernières salles présentent les derniers travaux de l’artiste autour de l’illustration d’œuvres littéraires qu’elles soient des épopées héroïques (Roland furieux) ou des allégories amoureuses (notamment un recueil de poésies amoureuses de l’Antiquité). L’occasion pour les commissaires de l’exposition d’introduire (enfin) la question du romantisme de Fragonard à travers quelques œuvres teintées de « vaporeuses pénombres ».

Jean-Honore Fragonard, La Fontaine de l’Amour

La narration mise en place dans cette exposition ne m’a pas convaincue. Je n’ai pas vu un artiste explorant le sentiment amoureux jusqu’à la luxure pour finalement y trouver une vision plus romantique. J’ai surtout vu un artiste à la mode, qui suit les tendances, les accompagne mais en aucun cas les précède ou les fait naître. C’est pourquoi, toujours en suivant cette exposition, je ne vois pas en lui un artiste précurseur, mais plutôt un opportuniste de talent. Mais après tout, est-ce qu’un artiste doit être en rupture avec son époque ?

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