3 pour 1 ou un après-midi au Centre Pompidou

Au départ, il y a un livre d’André Maximin sur l’amitié entre Wilfredo Lam et Aimé Césaire. Un livre acheté suite à sa présentation au festival Étonnants Voyageurs, mais un livre resté dans les rangées de notre bibliothèque depuis. Apprenant que le Centre Pompidou consacré une « rétrospective exceptionnelle » sur Wilfredo Lam, j’ai ressenti comme une obligation d’aller voir cette exposition. Je ne connais rien sur Lam (à part son amitié avec Césaire) et n’ai vu qu’une seule des ses œuvres, « Jungle », en reproduction puisqu’elle est la propriété du MoMA à New York.  J’arrive donc en terrain complétement inconnu.

Le choix d’organisation du commissaire de l’exposition est assez classique : le cheminement est chronologique, les œuvres sont présentées sur les murs, des vitrines au centre des différentes pièces présentent des documents privés sur Wilfredo Lam (photos de famille et/ou d’amis, correspondances, documents professionnels). Cinq périodes sont distinguées dans le parcours de l’exposition, qui sont en fait plusieurs lieux traversés par l’artiste : l’Espagne dans les années 1920-1930, Paris et Marseille dans les années 1930-1940, Cuba et les Amériques dans les années 1940-1950, Paris, les Caracas, la Havane, Albissola et Zurich dans les années 1950-1960 et, enfin, Paris et Abissola des années 1960 à la mort de l’artiste. Cette organisation spatio-temporelle n’est pas des plus passionnantes et, mise à part l’évocation des différents voyages de l’artiste et les multiples influences qui le caractérisent, elle ne donne pas franchement de clé pour comprendre et suivre Wilfredo Lam.

Et des clés, malheureusement, il n’y en aura pas dans le reste de l’exposition. Les cartouches qui accompagnent les œuvres se limitent au titre, à la date, aux dimensions et la provenance de l’œuvre. Sur les grands panneaux présentant les cinq espaces de l’exposition, on peut apprendre que Lam, à ses débuts plutôt classiques, a pris ses distances avec cette tradition sous l’influence des avant-gardistes, des Expressionnistes allemands mais surtout des artistes que sont Gauguin, Gris, Miro, Picasso (la période bleue ? je blague) et Matisse (la « Desserte rouge » ? Non plus). J’ai alors quelques difficultés à voir les points communs entre ces cinq artistes, et ainsi à bien me représenter en quoi on perçoit leurs influences dans les tableaux de Lam. J’aime beaucoup le concept de balancer des noms et de ne surtout pas expliquer en quoi ils ont influencé l’artiste. Au visiteur de reconnaitre éventuellement Picasso dans les masques africains ou Braque dans le recours aux bruns et aux ocres même si ce dernier n’est pas mentionné).

Quand Lam se rapproche de plus en plus de Picasso, l’influence cubiste est de fait plus claire.  Tour à tour influencé par le mouvement cubiste, puis celui des surréalistes (notamment à travers son amitié pour André Breton), mais également par la sculpture africaine, et par des artiste cubains comme Alejo Carpentier, il se crée un monde unique et très personnel. Un monde qui me reste inaccessible et ce n’est pas les murs de tableaux accompagnés d’un lacunaire Sans titre, qui m’ont aidé à entrer dans cet univers.

J’aurai vu La Jungle en vrai, c’est déjà ça. Je me dit que maintenant il faut vraiment que je lise le livre de D. Maximin, dans l’espoir de comprendre un peu mieux cet artiste. Mais globalement pour une exposition dont l’ambition était de faire découvrir Wilfredo Lam en dehors de l’évocation de sa seule œuvre connue, La Jungle, et comme autre chose qu’un élève de Picasso, cela me semble un peu raté.

Direction à présent, le Prix Marcel Duchamp 2014, Julien Prévieux et ces corps schématiques. Un seul espace d’exposition où est présenté le travail de cet artiste à travers un film, une installation, deux sculptures abstraites et des dessins.

Première oeuvre, une série de dessins réalisés à l’encre de chine et inspirés par les notes laissées par les employés de Google sur un tableau blanc laissé à leur disposition dans le couloir du deuxième étage de la Firme à Los Angeles. Objectif : inverser les rôles. Traquer celui qui traque nos données. Pas extrêmement convaincue.

Deuxième œuvre, une installation en bois, rappelant la fenêtre d’Alberti (pas vu !) sur laquelle sont disposés des diagrammes reproduisant le mouvement des yeux de spectateur regardant des œuvres d’art. La technique du Eye Tracking est utilisée en publicité pour analyser ce qui capte l’attention du spectateur et ajuster ainsi la pub. Ici Julien Prévieux détourne l’usage marchand qui est fait de cette technique pour en faire des productions à part entière. Plutôt bien vu, l’absence de l’image originelle de l’oeuvre d’art vu par les spectateurs nous force à voir ces productions comme telles. Et pose peut-être au-delà la question de ce que l’on voit (ou pas) dans une oeuvre.

Troisième oeuvre : une sculpture abstraite au sol. Constatant que les gestes et les mouvements des individus sont enregistrés par, entre autre, l’industrie, le commerce et les services de police, Julien Prévieux détourne ces usages pour en faire des sculptures abstraites. Au sol donc, sept petites sculptures créées à partir de l’analyse de son comportement cinétique sur une semaine, comme une nouvelle phase dans l’art de l’autoportrait (ou comment se rendre compte de ce qu’est un dimanche). Un peu plus loin, une autre sculpture rend visuellement compte des déplacements d’un pickpocket observé par la police.

Des dessins. En 2011, Julien Prévieux met en place un atelier de dessin avec un groupe de quatre policiers : à partir de cartes recensant les délits pour visualiser les crimes en temps réels, déployer les patrouilles et probablement organiser les temps et les espaces de surveillance, l’artiste propose aux policiers de refaire les diagrammes à la main. Du travail est né une série de dessins abstraits. En perdant sa fonction optimisation, l’exercice a permis outre l’apprentissage du dessin la production d’œuvres abstraites et le détournement de l’outil.

Enfin, un film, Patterns of Life qui « recompose une histoire de la capture des mouvements », depuis les premières tentatives dans l’industrie jusqu’aux applications actuelles : surveillance de détenus, modélisation de comportement pour les services de secours. Plusieurs personnages, interprétés par des danseurs, donnent corps à ces expériences de mesure du mouvement. Une oeuvre décrite dans ce film m’a particulièrement intéressée. L’artiste a demandé à une jeune femme du 16e arrondissement de noter scrupuleusement sur un agenda ses déplacements quotidiens dans la capitale. A partir de ses notes, il a déterminé quatre points centraux dans le comportement cinétique de cette personne (foyer, travail, loisirs, école…), quatre points à partir desquels il a délimité une zone dans laquelle se font tous ses déplacements. Ce qui lui permet de saisir cette fameuse sphère bourgeoise. Dans  le film, une danseuse construit sous les yeux du visiteur et donne à voir cette sphère.

Juste à côté de l’Espace 315 où était présenté le travail de Julien Prévieux, était exposé les œuvres de Domnique Gonzalez-Foerster. Un parcours sonore, visuel, architectural et littéraire dans un grand nombre de salles (trop) en forme de labyrinthe pour découvrir cet artiste. Un non-découverte pour moi qui n’ai pas volontairement pris le temps de m’arrêter sur ces créations. Une autre fois peut-être.

« Une chambre en ville », 1996

Publicités

Une réflexion sur “3 pour 1 ou un après-midi au Centre Pompidou

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s