Madame Bovary de Sophie Barthes

Nouvelle adaptation du roman de Gustave Flaubert avec une équipe américaine (Sophie Barthes à la réalisation et son mari Andrij Parekh à la photographie, ce dernier a été également responsable de la photo sur deux films excellents qui sont Blue Valentine et Half Nelson), de prestigieux acteurs américains (Mia WasikowskaPaul Giamatti, Ezra Miller), quelques acteurs francophones comme Olivier Gourmet et des figurants locaux dont quelques uns de nos élèves. Un film qui met en émoi une bonne partie de l’Orne, car il a été tourné dans le Perche. Les avant-premières se succèdent avec l’équipe du film, assurant à ce dernier un relatif succès dans nos contrées perdues, succès immérité pour un film assez pauvre dans sa mise en scène et franchement à côté pour ce qui concerne l’adaptation de l’oeuvre de Flaubert. Il est d’ailleurs assez triste de constater que le public se déplace pour voir les décors naturels du Perche (qu’ils voient pourtant sous leurs yeux tous les jours) et non pour voir l’adaptation proprement dite. Et en même temps force est de constater qu’à part les décors du Perche, il n’y a rien de bien intéressant dans ce film.

Faute de budget (qui a du passer en partie dans le salaire des acteurs au vu du casting), plusieurs scènes clefs du roman ont été supprimées ou fortement raccourcies. Exit donc la fameuse scène du bal, exit aussi la scène de l’amputation pourtant si importantes dans le roman. La scène des comices est réduite à une vague scène de dispute entre le Marquis et Emma (là où dans le roman elle était centrale et très drôle), quant à la scène du fiacre, elle est également réduite à sa portion congrue, les deux amants montant dans un fiacre pour aller à l’hôtel le plus proche (au mieux on a un plan où ils s’embrassent à l’intérieur). Exit aussi l’enfant d’Emma et son comportement en tant que mère.

Le point de vue de la réalisatrice est singulier : pour elle, Emma est une bête traquée, la scène de chasse dans le film serait donc l’image paroxysmique de cette lecture. Le goût d’Emma pour les romans, et notamment les romans d’amour, n’est donc pas évoqué. La réalisatrice nous montre une femme jeune qui s’est conformée aux exigences de son temps (elle suit son éducation au couvent avant de se marier avec Charles), qui pensait pouvoir enfin vivre une vie plus trépidente dans le mariage et finit par s’ennuyer auprès de son mari, ennui qu’elle comble avec des amants et de la soierie. Cette lecture de cette jeune femme comme bête traquée m’a rappelée celle de Bertrand Tavernier sur La Princesse de Montpensier, autre adaptation d’une oeuvre littéraire, mais qui, dans le cas de Tavernier, convenait parfaitement à l’oeuvre.

Tout point de vue est respectable, mais celui de Sophie Barthes sur Emma est à la fois trop simpliste et trop peu littéraire. Personnellement j’ai toujours associé Emma au romantisme, toujours vu dans Madame Bovary à la fois l’essence de ce mouvement et sa critique. Certes, il est difficile de rendre compte de cette problématique à l’écran, mais faire de cette femme une dépensière ennuyée de la vie maritale est un peu court. Emma vit dans une fantaisie, fantaisie construite au couvent et entretenue par la suite par ses lectures. La lecture occupe d’ailleurs une place centrale dans le roman et le fait que Flaubert décrive sa mort en insistant sur sa bouche qui recrache de l’encre noire (en fait de l’arsenic, mais la filiation avec l’encre des romans dont elle s’est presque gavée est évidente) l’atteste fortement.

Si je peux lui pardonner son point de vue quelque peu étriqué, je ne lui pardonne pas par contre le manque d’humour dont elle fait preuve dans l’adaptation de ce roman. Elle a une vision trop rabat-joie du roman, alors que ce texte fourmille de trouvailles humoristiques. Flaubert manie l’ironie et le contre-pied avec brio, ce qui ne transparaît pas dans cette mise en scène trop sérieuse et trop pesante. Comme souvent d’ailleurs, les réalisateurs amplifient souvent le caractère solennel des œuvres, oubliant parfois voire souvent leur potentiel comique.

Cette pesanteur dans la mise en scène se retrouve dans le jeu des acteurs, qui à chaque fois qu’ils ouvrent la bouche semble consternés à l’idée de devoir parler. Les scènes de dialogues semblent factices, les acteurs récitant leurs lignes avec un tel soin que cela en devient gênant.

Il reste donc les décors. Il faut reconnaître que les prises de vues sur les paysages du Perche sont magnifiques, mais il faut peut-être y voir là la patte de son mari. Par contre, il semble que cette région par la magie du cinéma soit restée bloquée dans une seule saison : l’automne. Les chemins sont donc boueux, le temps maussade, pluvieux et brumeux et les arbres sont couverts d’un feuillage automnale. Étrange et pour le moins agaçant.

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