Mission : impossible – Rogue Nation de Christopher McQuarrie

Cinquième opus de la saga classique des années 1970 relancée par et pour Tom Cruise, voici l’équipe de chic et de choc de l’agence M: I — Ethan Hunt (Tom Cruise), l’agent-à-tout-faire (en anglais on dirait le Jack-of-all-Trades) ; William Brandt (Jeremy Renner), le beau gosse rival ; Benji Dunn (Simon Pegg), le geek rigolo ; Luther Stickell (Ving Rhames), le geek costaud — confrontée à un nouvel ennemi redoutable : le Syndicat (tousse, tousse) qui est une organisation secrète infiltrée dans toutes les organisations secrètes et qui veut… hé ben on sait pas trop quoi. Mais c’est une « rogue nation » (un Etat voyou) alors peu importe ! Jack… euh : Ethan part en croisade (impossible, but not French) pour pourfendre les vils espions et restaurer la gloire de l’espionnage. Tremblez misérables !

Résumons le film : l’équipe M: I fait le malin dans les champs, au bureau, à l’opéra et Tom Cruise s’accroche aux avions, fait de la moto sans casque (grrr… ça m’excite, comme dirait Desproges) et de la plongée en apnée au Maroc (c’est pas un film sur une agence d’espionnage, mais sur l’agence de vos prochaines vacances au Mazagan Beach Resort : ils font une offre golf illimitée !). Tout le monde se vanne gentiment ; on découvre qu’entrer chez les gens sans frapper c’est classe (surtout au Maroc), et les méchants sont démasqués. Que voulaient-ils en fait ? Euh… changer le monde en tuant des dirigeants. Parce que tuer des dirigeants quand tu es un méchant n’a rien à voir avec tuer des dirigeants quand tu obéis à des dirigeants, tu vois ? OK, d’accord, c’est limpide.

Le Maroc vous offrira d’excellentes opportunités de vous essayer aux sports mécaniques extrêmes : à peine sorti d’une séance de plongée en apnée, vous pourrez faire de la moto sans casque pour bénéficier au maximum de l’option selfie intégrée afin de vous la péter sur Facebook en postant de photos de oufs !

Au-delà donc d’un scénario totalement abscons qui recycle les topoi du genre jusqu’à plus soif (attention… je commence à filer), que reste-t-il de cette cascade de péripéties, de ce déluge d’actions ?

Et bien c’est assez sec. Alors certes, il ne faut pas négliger le grand apport de M: I – NR au genre du film d’espionnage, une révélation qui changera pour toujours la manière de concevoir les blagues sexistes sur les jolies espionnes dans les scènes d’opéra, à savoir que celles-ci doivent pouvoir jouer de la clarinette (ou est-ce une flûte traversière ? bizarrement je n’ai pas gardé de souvenir précis) pour tirer juste tout en montrant leurs jolies gambettes. De quoi mettre l’eau à la bouche :

Et voilà ! (In French in the text.) Prenons un instant pour admirer la pose, très pratique pour amortir le recul de l’arme.

D’ailleurs, il faut le souligner : remercions Tom Cruise (et J. J. Abramas qui est co-producteur) de nous rappeler nos classiques en ayant fait une longue bande-annonce du prochain James Bond : la scène de torture (par un Allemand), la scène d’opéra, la scène d’avion, l’agence secrète qui recrute des agents secrets, London is so sexy, etc.

Mais, malgré ces indéniables atouts (préparer ses vacances tout en révisant son James Bond), pour tout dire, j’ai une confession à faire : je suis déçu.

Car si M: I – RN confirme ma théorie sur Tom Cruise, elle le fait de manière un peu plate (ouh elle est subtile celle-là). Pour rappel : Tom Cruise n’existe pas. Ou plutôt : Tom Cruise n’existe qu’au cinéma. Les personnages de Tom Cruise, qu’ils s’appellent — en règle générale — Jack ou John (ce qui revient au même) ou même ici Ethan, ne sont que des entités qui désincarnent Tom Cruise à l’écran lui permettant ainsi d’être immortel. Et c’est pour cela que Tom Cruise ne vieillit plus, est toujours aussi beau gosse et de plus en plus costaud, et séduit les filles sans même le vouloir. (Que c’est dur d’être Tom Cruise.) La quintessence de cette théorie a été dévoilée dans Oblivion. Donc, chaque nouveau film avec Tom Cruise est une nouvelle illustration de cette idée.

Ici, Tom Cruise nous montre que, tel Jésus ou Dionysos, il ressuscite. Dans son cas, c’est après être mort par noyade (lui ne marche pas (encore ?) sur l’eau). Mais cet épisode n’est, pour le coup, qu’une petite goutte de symbole noyée au milieu d’un océan de cascades plus spectaculaires les unes que les autres — et donc plus ennuyantes les unes que les autres.

Dès lors, le fond (le Syndicat n’apparaît que comme un prétexte et la vague esquisse de soupçon d’idée qu’il incarnait n’est jamais véritablement développée au profit de simplistes retournement de situations aussi attendus qu’un serveur d’un restaurant de Nuits-Saint-Georges — souvenirs, souvenirs) ne permettant pas de rester attentifs à ce qu’il se passe, le film devient vite une débauche de moyens à la gloriolle de Tom Cruise, sans aucun recul ni même un véritable méta-propos qui aurait sauvé l’ensemble. Et du coup, ça fait plouf. A l’instar de cette critique.

Tu disais ? Pourquoi est-ce que je suis torse poil après avoir subi une scène de torture dans un plagiat foireux de James Bond ? J’ai vraiment besoin de répondre ? Tu ne vois pas ma super mèche devant les yeux ?

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