Le Château des étoiles. 1869 : la conquête de l’espace (vol. I & II) d’Alex Alice

« 1868… Le temps de l’industrie, l’âge du progrès. Des glaciers de l’Antarctique au coeur de l’Afrique, d’intrépides explorateurs repoussent sans cesse les limites de l’inconnu. A présent, c’est au-delà du bleu du ciel, là où le froid glace le souffle, là où l’air disparaît… Que le mystère commence. »

Du côté de Courrières, dans le nord de la France, Séraphin, un adolescent assiste cette année-là à une expérience inédite tentée par sa mère, Claire Dulac : monter en ballon à plus de 11 000 mètres d’altitude pour tenter d’y trouver l’éther, cette mythique énergie théorisée par Socrate et qui enflamme l’imagination de tous les scientifiques depuis. Cette expérience devient tragique : le ballon disparaît à jamais avec sa mère, laissant Séraphin seul avec son père, Archibald.

Un an plus tard, alors qu’ils s’apprêtent tous deux à tourner la page et cherchent à retrouver un semblant de vie normale, Archibald étant ingénieur pour une compagnie minière, Séraphin poursuivant ses études mais étant hanté par l’exploration astronomique et par la disparition de sa mère, une mystérieuse lettre non signée leur arrive : leur correspondant affirme avoir retrouvé le carnet de bord de Claire et leur joint deux billets de train pour la Bavière. Décidant finalement de répondre à cette mystérieuse invitation, le père et le fils sont poursuivis dès la gare de Lille par des Prussiens. Aux périls de l’exploration scientifique, et à l’aventure de la connaissance viennent s’ajouter les redoutables dangers de l’espionnage et de la géopolitique de l’unité nationale allemande…

Disons-le d’emblée : cette BD est une merveille !

Le dessin tout d’abord : il est d’une beauté qui frappe immédiatement par la clarté du style et par cet équilibre nouveau pour moi entre les influences de la bande-dessinée belge et du manga. Les pastels dominent les planches d’où émanent un souffle épique et une fluidité renversante. On sent aussi bien, ainsi que le dit l’auteur lui-même, les influences de Caspar David Friedrich que celles de Miyazaki. Et bien sûr, l’ombre de Jules Verne plane sur toute l’histoire.  Certaines planches sont ainsi de purs bijoux. Mes images préférées sont probablement celles qui montrent la verrière dans laquelle l’atelier d’Archibald est installé, surplombant le château et à laquelle on accède par téléphérique.

Quant à l’histoire, elle est un savant mélange de merveilleux scientifique, de l’industrialisation steampunk, de romantisme allemand et d’espionnage. Tous ses ingrédient se mêlent parfaitement grâce à un récit mené tambour battant — produit du format initial de parution sous forme de feuilleton dans une version journal — par le biais du héros, Séraphin, et de sa quête d’absolu guidée par l’espoir de suivre les pas voire de retrouver sa mère.

Le cadre historique est bien présent avec les personnages de Bismarck et son rêve d’unité par la puissance, le roi Ludwig II de Bavière et sa cousine la plus que célèbre princesse Sissi qui apparaissent d’ailleurs davantage dans leur version viscontienne qu’historique. Ce cadre n’est jamais écrasant mais permet au récit et à la vision de l’auteur de se déployer dans une fresque entre uchronie et utopie : l’utopie est réelle, en cette année 1869 et encore possible, et l’uchronie s’annonce, puisque tous les protagonistes de cette histoire sont prêts à tout pour se saisir de l’éther et de sa puissance inégalée, ce qui changerait le cours de l’Histoire.

De fait, ce premier tome se dévore et, après une attente fébrile le second ne déçoit pas : l’histoire se poursuit et est menée toujours tambour battant. La focale change quelque peu : avec le départ des Chevaliers de l’Ether pour leur voyage intersidéral à bord de l’ethernef, l’espionnage et la géopolitique laissent quelque peu la place au récit d’aventures steampunk et éthérite dans lequel le personnage de Ludwig gagne en importance. D’ailleurs entre lui et sa soif d’idéal et Séraphin et sa quête pour retrouver sa mère, ce second tome prend une tonalité nettement plus romantique. La thématique arthurienne devient une constante et est particulièrement bien vue quand on sait à quel point elle a guidé les rêves du dix-neuvième siècle.

Les planches de la face cachée de la Lune évoquent avec sublime le merveilleux scientifique, et ce second tome poursuit avec brio le récit entamé dans le premier. L’éditeur, Rue de Sèvres, a d’ailleurs toujours aussi bien soigné l’objet lui-même qui, dans son édition grand format, est agrémenté d’un carnet, celui de l’architecte conservateur de l’ethernef, ce qui est un vrai plaisir pour prolonger l’histoire.

Et ce second tome, s’il se clôt sur une fin presque anti-climax tout à fait logique et bien vue, non seulement fait de cette première partie du Château des étoiles l’une des meilleures séries de bande dessinée imaginaire des dix dernières années, mais en plus relance l’excitation en annonçant une suite…

Vers Mars.

Alex Alice annonce également une version animée… On a déjà des étoiles dans les yeux.

P1400286

 

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