The Children Act de Ian McEwan

Fiona Maye est juge à la Haute Cour de justice de Londres. Réputée dans son travail, elle a gagné un certain prestige parmi ses pairs en officiant sur quelques affaires familiales ayant eu un retentissement important dans la société anglaise et dans l’opinion. Pourtant, l’auteur de ce roman choisit d’ouvrir son récit sur le portrait de cette juge en femme fatiguée qui, parce qu’elle a probablement délaissé son couple pour sa carrière, est mise en accusation par son mari. Ce dernier lui demande en effet — et cela de manière à peine voilée — à ce qu’elle consente à son désir d’entamer une relation extraconjugale, étant donné qu’ils n’ont plus d’activités sexuelles. Alors qu’elle encaisse à peine la manœuvre de son mari, elle est contactée par son bureau et se voit confier une nouvelle affaire délicate : un adolescent encore mineur — mais pour quelques mois seulement — refuse une transfusion de sang parce qu’il est Témoin de Jéhovah, alors qu’elle est nécessaire à sa survie . Ses parents, comme lui, sont conscients du risque encouru mais ne veulent pas déroger à leurs valeurs.  En quelques jours, Fiona devra déterminer si ou ou non le jeune homme fait un choix libre et n’agit pas uniquement pour faire plaisir à ses parents ou à leur communauté.

Le  précédent roman de Ian McEwan, Sweet Tooth, n’était pas brillant. Celui-ci est peut-être pire, tant l’auteur ne semble pas être lui-même au clair sur ce qu’il veut dire. L’argument de départ me parait d’une faiblesse absolue, le coup des Témoins de Jéhovah pour poser la question des limites du pouvoir judiciaire quand il y a contradiction entre des valeurs familiales et des valeurs sociétales est un peu grossier et pour tout dire trop dramatique pour être éclairant. La question de l’individu face au collectif se pose sans cesse, les tensions entre préceptes familiaux (religieux ou pas) et obligations sociétales sont constantes et ne se posent pas uniquement dans des cas extrêmes. Recommandations médicales (vaccination par exemple), obligations scolaires, identifications administratives, et j’en passe, sont autant de domaines dans lesquels l’Etat, par sa loi, exerce un pouvoir de régulation sur les individus, ce qui pour certains peut s’apparenter à un manquement au principe de liberté et de libre-arbitre.

Toute l’histoire autour du couple parasite l’ensemble du roman, déjà fortement handicapé par une problématique un peu trop tape-à-l’oeil. Les problèmes de relation entre Fiona et son mari, la relation ambiguë que cette dernière va développer avec le jeune garçon (il faut ici mentionner cette scène de baiser hautement naïve, vite oubliée parce qu’assez embarrassante quant à l’intelligence du roman) polluent le récit principal, à tel point qu’à un moment j’en étais presque navrée. J’ai eu l’impression à la fin du roman, que l’affaire du jeune leucémique n’avait servie qu’à une chose : permettre au couple de se reformer, autour de l’idée que Fiona comme son mari avait commis une faute. Cette culpabilité partagée leur permet alors d’avancer, de poursuivre leur relation.

Dès lors, on ne peut que rester coi devant cette question lancinante : quel est l’objet de ce récit ? Une réflexion sur le couple ? Une illustration des limites entre choix individuels et valeurs collectives ? Un énième roman de McEwan sur la culpabilité ?  Je reprochais souvent à McEwan d’ouvrir et de fermer brillamment ses récits, par des scènes d’une force incroyable (je pense à la scène du ballon dans Enduring Love,  celle de l’enterrement dans Amsterdam et surtout à la scène de nuit dans Saturday), mais de laisser un vaste « ventre mou » dans ses romans. Le précédent n’avait pas ce défaut, ici non plus : malheureusement tout est plat du début jusqu’à la fin. Pas de doute, il écrit trop et trop vite.

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