007 Spectre de Sam Mendes

Le problème avec les reboots, c’est qu’ils prennent les spectateurs pour des buses, tôt (en général) ou tard.

Dans le cas de la franchise James Bond, nous aurons eu une petite dizaine d’années de répit, depuis le nouveau départ avec Daniel Craig dans Casino Royale en 2006 . Bon, c’est déjà pas mal, mais là, avec Spectre, les producteurs ont décidé de se rattraper et de se petit-suicider dans une apothéose de connerie abyssale. Mais je m’emporte. Reprenons.

Coulant de paisibles vacances au Mexique où il profite des festivités de la fête des Morts pour maraver la gueule à un type visiblement méchant en manquant de s’écraser en hélico, James se dit que, décidément, il ferait mieux de retourner à Londres, ce qu’il fait illico (ah, ah), le temps pour nous de découvrir un générique hideux et une chanson qui fait saigner des oreilles.

Une fois à Londres, M (maintenant c’est Ralph Fiennes puisque dans le précédent opus Judi Dench a été tuée, ce qui est censé nous remplir de nostalgie tristoune, mais comme je ne m’en souviens pas, je m’en fous un peu) explique à Bond que, décidément, trop, c’est trop, vu qu’il a encore mis le dawa dans un pays exotique dont tout le monde se préoccupe comme de sa première chaussette, mais là, cette fois-ci, attention hein ! c’est la mise à pied, parce que voilà, Moriarty a été engagé pour être le nouveau méchant… euh, enfin… le nouveau méchant « from the inside » c’est Moriarty… Parce qu’en fait la DST et les RG fusionnent… ah non, ça c’est en France… enfin le truc est le même : y’a plus d’sous à cause des baisses d’impôt et donc il faut faire des économies, et puis vous êtes un dinosaure, Bond, une relique de la guerre froide (euh, nan, a envie de la ramener le spectateur : lui il n’est apparu qu’en 2006), blablabla… on fusionne le MI5 et le MI6 et donc, Bond  va devoir travailler avec Tom Cruise.

De quoi ?

« En même temps, c’est pas comme si t’étais pas au courant que tu avais de la concurrence, le prolo de service : tu as vu comment on a pillé ta franchise ? ! ? Et sinon, tu as vu ma mèche ? »

« Ca devient n’importe quoi ces mash-up de tous les films qui recyclent la coolattitude brit« , tempête James Bond, qui boude et se barre picoler tranquille chez lui pour oublier Tom Cruise qui voyage plus que lui et ne vieillit pas (donc pas besoin de remplaçant, cf. plus bas), Matt Damon qui se bat mieux et les gars d’U.N.C.L.E qui sont plus classes.

Débarque alors Moneypenny à qui Bond se confie : en fait, il exécute le testament de M (la précédente, il faut suivre un peu) en exécutant des gens. En même temps, bon, c’est pas nouveau pour lui, alors, hein, un de plus, un de moins… Et puis là il devait zigouiller un type nommé Marco Sciarra, et avec un nom comme ça, il ne pouvait être qu’un mafieux italien (d’ailleurs, c’est un pléonasme !). Et donc comme il l’a canné, il va pouvoir aller à ses funérailles, car c’est ce que lui avait demandé de faire M. Mais par contre, oh pas d’bol !, il a été capable de trouver un puissant mafieux (qui appartient, apprendrons-nous plus tard à une organisation des plus terribles au monde), de le suivre, de l’éliminer, mais ralala, il ne sait pas où auront lieu ses funérailles. Zut de crotte. Et donc il demande à Moneypenny si elle ne peut pas le rencarder.

Petit tour chez Q (Ben Whishaw, qu’allais-tu donc faire dans cette galère ?) qui, par ordre de M, lui implante des nano-robots pour le suivre à la trace, présentation de la nouvelle voiture, d’un stylo plume explosif — la séance équipement traditionnel — et hop ! direction l’Italie pour aller retrouver U.N.C.LE… euh non, S.P.E.C.T.R.E !

Car voilà : lors des funérailles, Bond comprend qu’il doit aborder la seule femme de l’assemblée funéraire (Monica Bellucci), ce qu’il fait ni une ni deux avant de la prendre sauvagement un peu plus tard après l’avoir saut… sauVEE de tueurs envoyés par l’organisation de son défunt mari pour ne pas qu’elle parle… Bond il est comme ça : il te tue, et il se farcit ta femme.

Arrêtons-nous un instant sur l’ensemble de cette séquence, sorte d’hommage émouvant au cinéma fellinien, tant dans sa subversion profonde des valeurs du mariage que dans la manière de filmer, tout en élégance, ou dans le jeu subtil et en retenu des acteurs, notamment Monica Bellucci qui, comme à son accoutumée, nous émeut  : « Oh James ! Prends-moi là tout de suite maintenant tellement j’en peux plus que j’ai mis un disque d’opéra italien et préparé du Champagne avant d’aller dehors dans le jardin pour mieux me faire tuer par les méchants ! »

Et comme dirait Monica elle-même dans son rôle inoubliable dans Matrix, émue par ce grand blond avec un manteau noir : « elle est amoureuse ».

Pouf, pouf.

S’ensuit une autre scène d’anthologie : la réunion des méchants. Aaaaaaah, la réunion des méchants. L’Italie, une villa romaine, des bagnoles classes, un bijou en guise d’invitation, une grande table en bois précieux, avec une musique oppressante. Il y a alors un petit côté : en fait on va voir une réunion baisodrome comme dans Eyes Wide Shut. Mais que nenni, bande de petits fripons : la seule chose ouverte ici, et à tous les vents, est la grande salle avec une galerie pour que tout un chacun puisse observer à sa guise la réunion ultra secrète de la plus grande organisation criminelle du monde.

« Bien, maintenant que nous sommes sûrs que tout le monde peut nous espionner, nous allons pouvoir passer à l’ordre du jour. Ah oui, tout d’abord, nous avons une scène de méchant qui montre qu’il est méchant. »

Et puis, on voit bien que c’est une réunion de grands méchants, car, comme il se doit, le nouveau grand méchant, une sorte d’ersatz de Requin, qui ne veut pas qu’on croit qu’il en a une toute petite parce que lui n’a pas les dents en acier rutilant, fracasse la tronche de celui qu’il remplace, pour ponctuer son discours d’introduction.

Et donc là, comme ça, badaboum-boum me voilà, Christopher Waltz apparaît !

« Surprise ! »

Et là, c’est le drame.

Car — dit enfin le type qui a fait tout un résumé pour en arriver là — moi je veux bien, donc, qu’avec un nouveau visage on ait eu un nouveau James Bond qui repartait au début, puis un nouveau M, et un nouveau Q (pas celui-là, non). Du coup, on en déduisait que le nom « James Bond », à l’image des acteurs qui incarnaient le personnage dans la franchise, était effectivement un nom de code, qui allait avec le 007, idem pour le reste de la petite troupe au service de Sa Majesté. Mais là tout le monde semble avoir abusé de la moquette ou du punch de Noël : Spectre, ça vous dit rien ? Non ? Blofeld ? Toujours pas ? Le chat blanc ? Nan mais faites un effort, quoi, le chat blanc persan avec son collier de diamants ? ! ?

Brou ?

Le film part alors en cacahouètes. Après une course-poursuite dans Rome, le film fait un séjour au ski avant d’aller au Maroc,  nous pondant une sorte d’histoire d’enfance de Bond qu’en fait il aurait connu Blofeld v. 2.0 et que c’est pour ça qu’il est très, très méchant, et que du coup il doit retrouver la fille d’un type qui voulait trahir Spectre pour l’emmener je ne sais plus où et on s’en fout mais c’est dans le désert. Waltz fait son Waltz en faisant mumuse avec une machine à torturer qui ressemble à un fauteuil de dentiste,  comme dans U.N.C.L.E, si ce n’est que dans U.N.C.L.E c’était drôle, puisque second degré alors que là c’est juste pathétique. Et du coup, en bon méchant un peu débilos, il raconte sa life (oui en fait tu sais on a pompé le scénario sur celui de Rogue Nation et donc je suis à la tête d’une organisation qui regroupe toutes les organisations criminelles et infiltre les services secrets, tralalalère-euh !) en faisant assister Léa Seydoux, la nouvelle copine de Bond, à la scène.

Car il y a Léa Seydoux.

Et elle ne meurt même pas.

Même pas contre l’erzatz de Requin.

Pire encore : elle sauve James qui normalement a été totalement lobotomisé par la torture de Waltz, mais pouf, pouf, comme il l’aime, il ne l’oublie pas et donc il est sain et sauf (Monica semble murmurer : « il est amoureux »).

Bande d’incapables !

Quand je disais qu’il aurait dû bosser avec l’équipe de Tom Cruise. Eux sont des pros :

Et, ne sachant alors plus s’il est bien James Bond ou Néo sauvé par le pouvoir de l’amûr, ou Ethan-Tom Cruise contre Ze organisation sehr sehr méchante, Bond pète un plomb et casse la gueule de Waltz (ou plutôt de ses gardes du corps) avant de faire péter tout le bouzin autour de lui.

Quant à la scène de fin, que dire ? Je me contenterais bien d’un « c’est tout pourri », mais je sens qu’il vous en faut plus, bande de petit chenapans.

Mais flûte : c’est tout pourri. Voilà. Rien de neuf : pendant que Q pirate no problemo avec une clé USB le super-ordinateur de Moriarty qui fait une tour (ah, ah !) de haut, une sorte de course-poursuite dans le labyrinthe des ruines du MI6 a lieu entre Bond et Blofeld (mais sans son chat), avec une évocation complètement capillotractée des anciens James Bond avec Craig comme si avec trois graffitis, quatre posters de films et deux pains  de C-4, on pouvait faire oublier les 20 films qui ont précédé le reboot. Nan, faut juste pas déconner, sérieux. Ca se fait pas des coups comme ça. C’est pas bien. Il faut savoir épargner le fan de la saga James Bond, celui qui les a regardés tout petit avant de se faire offrir le coffret intégral pour tous les revoir…

« Tu vois Craig : ça c’est le nom du personnage mythique, oui mythique, au même rang que la DS de Barthes ou que le roi Arthur, qui a façonné l’imaginaire de plusieurs générations, réinventant, que dis-je ?, inventant le genre du film d’espionnage classe (oui toi, tu as un peu de mal avec le concept), et Mendes et toi, hé bien, vous l’avez complètement saccagé. Qu’en dis-tu ? Craig : « euh… de koa ? »

Voilà. Sam Mendes a réussi à faire de ce dernier James Bond le plus nul de tous (y compris Quantum of Solace, oui, je sais, je suis impitoyable) et a totalement bousillé toute la méta-intrigue qui permettait encore un tant soit peu de suspendre son incrédulité. Merci.

Alors que, s’il avait eu le moindre soupçon de jugeote, ou même de culture geek, il aurait su, en lisant Bastet, de Phil Brucato, que le grand méchant, le véritable chef du S.P.E.C.T.R.E, ce n’est pas Blofeld, non, non, c’est…

Le CHAT !

 

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