L’image manquante de Rithy Panh

Film documentaire de Rithy Panh sur le Cambodge avant et après l’arrivée des Khmers rouges, comme souvent chez ce réalisateur, mais cette fois il a décidé de raconter sa propre histoire. Il semble en effet qu’arrivé à l’âge de 50 ans, l’enfant qu’il était vient retoquer à la porte et invite le réalisateur à se pencher sur son enfance sous les Khmers.

Pour rendre compte de ce récit personnel sur une période qu’il a autrefois évoquée sous l’angle du documentaire historique, Rithy Panh imagine un dispositif artistique particulier et, ce faisant, pose la question de l’image (personnelle) et des images (d’archives).  Le film se construit peu à peu par la confrontation entre d’un côté des images d’archives (et en particulier des images de propagande du régime) et des images personnelles de sa famille et de leur survie dans les camps, images représentées sous la forme de tableaux habités par des figurines en terre cuite. Quelques plans dérogent à cette règle : le plan d’ouverture sur la mer et ses vagues qui viennent refluer sur la caméra, ainsi que quelques images de Rithy Panh lui-même, passé et présent. Outre ce travail sur l’image, une attention particulière est portée sur les sons : une voix off fait le lien entre les images et détaille cette histoire personnelle dans l’histoire officielle, mais elle est accompagné par des chants traditionnels, de la musique contemporaine, des bruits naturels, autant de sons qui témoignent d’un passé avant l’arrivée des Khmers.

Le film devient un saisissant témoignage sur cette période à partir du récit personnel de Rithy Panh. Mais pas seulement. Il devient également le support d’une réflexion sur l’image qu’elle soit image de propagande ou image personnelle, sur la construction visuelle d’une mémoire, et sur la mémoire elle-même qui comme une vague reflue pour venir hanter la vie d’adulte du réalisateur.

L’image manquante peut devenir alors (à la libre appréciation du spectateur) celle de cette enfance retrouvée, reconstruite et probablement imparfaite. Elle peut être également l’image manquante dans les archives, celle qui ne rend pas compte des destins individuels.

Un film difficile et assez austère, probablement parce qu’il n’est pas dans un registre de spectacle ou de divertissement, mais bien dans celui de la réflexion. Un film qui laisse un goût amer, notamment quand l’auteur évoque l’après-Khmers rouges, et l’absence de réflexion mémorielle sur cette période dans le Cambodge actuel (avec l’idée exprimée au détours de quelques images contemporaines que l’esclavage de la population, à l’œuvre sous le régime des Khmers, se perpétue actuellement sous l’œil bienveillant des multinationales (on peut ici citer son documentaire, La Terre des âmes errantes, sur les chantiers d’Alcatel).

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