Les Indociles, volume 1 : Lulu, fin des années soixante de Camille Rebetez & Pitch Comment

« J’suis pas bien et la société est à vomir ! Alors je fais le bêta, c’est normal » Ainsi se définit Lulu, lycéen de 17 ans dans une petite ville de Suisse francophone à la fin des années soixante. La vie de Lulu est faite d’ennui et de médiocrité : ses petites sœurs l’exaspèrent, les cours l’ennuient, la petite ville bourgeoise dans laquelle il habite le révulse.  Parce qu’il s’est encore fait punir à l’école, Lulu doit travailler pendant les vacances de Pâques à la fabrique de montres (ça ne s’invente pas) où travaille également son père, et il doit alors supporter les invectives racistes de son chef de service. Alors, pour passer le temps, Lulu et son copain, Joseph, font les pitres, boivent des coups au café local, et bien sûr, pensent aux filles. Pour Lulu, il y a Annie, l’amie de la mère de Joseph, qui passe son temps à écouter les vedettes de la chanson française, qui semble avoir des vues sur lui et qui fait galoper son imagination débordante, et surtout il y a Chiara, la belle italienne qui vient d’arriver avec son père, un ouvrier qui travaille à la fabrique. Alors que Joseph est envoyé par son père en camp de scout en Bourgogne, Lulu cherche à séduire Chiara…

Le charme de cette bande dessinée tient principalement dans le portrait, par touches subtiles, d’un lieu et d’une époque. Tous les éléments sont là : la fin de l’adolescence, le sentiment d’impasse que le modèle parental fait naître, les rêves d’autre chose, de liberté, et de gonzesses !

Les personnages sont attachants, avec leurs faiblesses, leurs complexes, leurs compromissions, leur lâcheté, mais aussi leurs rêves, pas complètement éteints. Par exemple, le père de Lulu, ouvrier à la fabrique de montres, pilier du club de foot local, fait des cachotteries à son épouse pour tenter de poursuivre ses rêves, et même si ce sera en vain, cela permet de comprendre pourquoi il est si colérique face à son idéaliste de fils… Ils sont ainsi profondément humains, et leurs petites aventures sont donc un vrai plaisir de lecture. Le tableau qui ressort, porté par un dessin très simple, qui facilite le récit, est celui d’une petite ville de la campagne suisse francophone où règne étroitesse d’esprit (le ton est posé dès le début avec le cours d’histoire sur les héros de l’histoire suisse), xénophobie et auto-satisfaction.

La période de la fin des années soixante est évoquée, elle aussi, par petites touches : la rencontre entre Joseph et une Anglaise dévergondée, la fugue de Lulu et de Joseph, accompagnés par Chiara, pour aller à un festival en Suisse allemande, leur confrontation avec autant d’esprits butés, xénophobes et nationalistes, leur premier moment de liberté en vivant avec les hippies du festival.

Véritable récit initiatique de déniaisement, sur fond de percussion des temps, entre les sixties et le temps en apparence immobile de ce fin fond de la Suisse, Les Indociles, dans ce premier volume, a beaucoup, beaucoup de charmes, et confirme, après le Linceul du vieux monde, la qualité des BD de cette petite maison d’édition, Les Enfants rouges.

 

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