Agents of S.H.I.E.LD., saison 2, de Joss Whedon

Après la débandade de la première saison (la trahison de l’agent Ward, la dissolution du SHIELD infiltré par Hydra), la team Coulson (Clark Gregg) se reforme tant bien que mal dans cette saison pour chercher les clés d’un mystère encore plus redoutable : les pouvoirs de l’Obélisque et ce que la terrible organisation Hydra sait sur cet artefact. En chemin, ce sont les origines cachées de Skye (Chloe Bennet) qui vont être révélées, ce qui va tout changer, tandis que SHIELD est confronté à des luttes internes faites de soupçons notamment envers Coulson dont la résurrection miracle lors de la précédente saison éveille les soupçons.

Hydra, humains dotés de pouvoirs, Asgardiens et multiples conflits personnels sont au menu de cette deuxième saison. 

Cette deuxième saison, avec toujours aux commandes Joss « team spirit » Whedon, est beaucoup moins enthousiasmante que la première.

Sur le plan scénaristique, tout d’abord, la saison est très bancale : elle part dans de multiples directions, histoire de justifier les deux arcs narratifs du format 21 épisodes, mais sans les explorer véritablement. Ainsi, après une première moitié de saison focalisée sur Hydra et une base alien dans la Caraïbe, la seconde moitié se débarrasse illico d’Hydra — ou ne convoque l’organisation que lorsqu’elle est en a besoin — pour se focaliser sur les « inhumans« , c’est-à-dire les descendants de ceux qui furent touchés par la technologie extra-terrestre et qui sont donc dotés, de manière latente, de pouvoirs. Skye se trouve au centre de ces deux intrigues, ce qui est positif, puisque cela permet d’étoffer un personnage jusqu’alors un peu simplet.

Le problème, comme dirait Sartre version Hollande, c’est les autres : Coulson est à peu près absent, Ward (Brett Dalton) est présenté comme le really bad guy avant d’être repenti mais en fait non, ce qui certes fait de lui un personnage moins lisse mais pas bien plus crédible, et les autres personnages (Bobbi, Mack, etc.) ne parviennent pas à trouver leur place.

Le moment où tout le monde se met en joue pour pouvoir discuter tranquillement : ce passage obligé pénible des séries américaines obsédées du gun-totting.

D’ailleurs, SHIELD, dans cette saison, n’échappe pas au problème récurrent de nombreuses séries ou films de la pop-culture américaine  : les valeurs qu’elle met en avant sont aussi mièvres qu’inconstantes. Les personnages ne se lassent pas de déclamer ce pourquoi ils luttent — au nom de l' »honneur », la « fidélité », l' »honnêteté » ou la « défense des innocents » — mais en réalité ne définissent tous ces idéaux qu’en fonction d’eux-mêmes. Comment Skye sait-elle que Coulson ou que Jiaying sont des « good guys » ? Parce qu’ils ont fait attention à elle… No comment. Quant à l’affrontement final de cette saison, entre le père et la mère de Skye, c’est un peu à qui protège qui contre qui : le père qui protège sa fille, la mère qui protège son « peuple ».

Cela dit, derrière cette idée simpliste, il y a là un vrai atout dans la série, et dans toute l’oeuvre de Joss Whedon, à savoir les motivations des personnages : ceux-ci ne sont jamais ni bons ni méchants mais ne veulent que protéger ceux qu’ils aiment. C’est très bien, car cela permet d’éviter le manichéisme, mais il détruit lui-même cet aspect en le gâchant par d’autres ficelles scénaristiques aussi visibles que fatigantes.  A ce titre, le personnage de Cal (Kyle MacLachlan) perd toute crédibilité en étant transformé en bouffon, à mi-chemin entre Hulk et Krusty le Clown.

Puisqu’on en parle : SHIELD aborde dans cette saison un autre thème, celui de la transmission, et notamment de la génétique. Et là on voit les ravages du discours pseudo-scientifique sur la génétique comme étant un déterminisme absolu. Bien sûr, SHIELD est loin d’être la seule série qui véhicule ce discours pourri, mais le problème vient de ce que dans la saison 1 elle avait de l’humour, et donc prenait de la distance avec ses sujets. Là, l’humour ayant disparu, tout devient sérieux… et navrant.

« Oui, je sais, je comprends, tu es toi aussi déçue de me voir jouer un rôle aussi pourri, mais tu sais, avant j’étais dans Desperate Housewives, alors, bon… « je suis ton père », lol ! »

Un mélange d’individualisme et de déterminisme, donc, sur le fond. Quant à la forme, elle est l’avenant, et c’est là un autre problème, peut-être plus grave encore, car avec cette multiplication de personnages, avec cette intrigue brouillonne, Joss Whedon ne peut plus faire ce qu’il fait de mieux et ce qui était l’atout principal de la première saison, à savoir la dynamique d’équipe mâtinée de second degré salutaire. Du coup, c’est toute la série qui patine largement, ne reposant plus que sur l’intérêt que l’on peut porter à tel ou tel personnage qui est mis en avant, au détriment de la team Coulson dans son ensemble donc, dans tel ou tel épisode.

Et quand vient le tour de l’agent May, là, c’est le drame.

Sérieusement, ici il s’agit d’une mesure de salut publique : il faut arrêter avec May — ou plutôt avec Ming-Na Wen. Rarement il nous aura été donné de voir une actrice aussi mauvaise qui a en tout et pour tout une expression faciale — bouche pincée, petit regard hostile — et un mode d’action — le combat. Quel est l’intérêt de ce personnage ? D’ailleurs, c’est là une critique générale à la série : mais qu’est-ce que les acteurs jouent mal, tous autant qu’ils sont !

« Alors là tu vois, tu vas jouer l’émotion incontrôlable qui te submerge alors que tu retrouves ton ex-mari. » « Ok. J’y suis. » « Euh… coupez ! »

Dès lors,on a droit à une saison qui gesticule, et une telle gesticulation, lorsqu’en plus elle est raccrochée tant mal que bien au reste de l’univers Marvel et notamment, en fin de saison, au dernier Avengers en date (oui, oui, celui-là qui était trop bien !) par le biais de reportages sur la Sekovie à la télé (ouah ! trop fort !), lasse passablement. On perçoit ici de plus en plus la fragilité de cet univers Marvel au cinéma : le fait de tout relier, y compris de la manière la plus artificielle et la plus inutile possible, brouille considérablement l’intrigue de la série ou du film que l’on suit, et, du coup, on retrouve cette immense qualité de la franchise Marvel au cinéma : elle permet de s’endormir.

Et pourtant… il reste ce petit quelque chose, cette étincelle d’humour, cette manière de filmer les scènes de groupes de Whedon qui continue de séduire. Alors, c’est très, très fugace au cours de cette saison. Mais, paraît-il, la prochaine a séduit les téléspectateurs. D’autant que l’on sait, depuis l’épisode finale de la saison 2, que la pêche sur-intensive est vraiment nocive. Aussi continuerons-nous… mais pour combien de temps ?

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s